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Axe 1 - Civilisations, relations, constructions en Europe aux XIXe et XXe siècles

Les problématiques de l’axe nouveau

La fusion des deux axes 1 et 5 des précédents contrats dans un nouvel axe 1 intitulé Civilisations, relations, constructions en Europe aux XIXe et XXe siècles est apparue comme totalement nécessaire. La fusion des problématiques des anciens axes 1 et 5 est le résultat convergent des réflexions des historiens et des civilisationnistes de l’UMR.

  • L’apport des historiens de l’UMR IRICE

En effet les deux contrats précédents ont prouvé la validité et la richesse des deux axes 1 et 5 (cf. les rapports d’activités de ces deux axes pour la période 2006-2009). D’autre part, un nombre important de chercheurs post-doctoraux et de doctorants des deux Universités concernées, participe à ces axes qui intéressent incontestablement la génération montante.
Les travaux dans le cadre de l’UMR IRICE ont justement montré les synergies possibles entre ces deux axes : constamment les thèmes se sont croisés, les chercheurs des deux axes se sont retrouvés et il était difficile de continuer de séparer les thématiques de l’Ordre et du Mouvement, du Système européen et des dynamiques de la construction européenne. D’autre part la très importante contribution aux travaux de l’axe 1 des collègues « civilisationnistes » et en particulier germanistes, concernant l’Allemagne et l’histoire des idées, a également contribué à faire prendre conscience de l’unité profonde du champ d’études européen, d’autant plus que, depuis le début, l’UMR IRICE a tenu à faire toute sa place au XIXe siècle, ce qui représente, pour l’historiographie française actuelle dans le domaine des Relations internationales, une véritable résurrection.
En effet, il n’y a pas d’un côté l’Europe selon ses différentes déclinaisons (historiques, civilisationnelles et systémiques) et de l’autre une « construction européenne » qui existerait en soi et sans attaches et relations avec d’autres phénomènes : il y a un ensemble complexe, qui depuis ses débuts vit et expérimente son éventuelle identité, elle-même objet d’interrogation (s), et dont l’affirmation même paraît à certains extra-scientifique. Et cette expérience se fait sous différents modes, pluriels et changeants. L’approche doit être souple et globalisante, à partir du balisage indispensable intervenu au sein des deux axes précédents.
Ce balisage en effet a montré que l’Europe est à la fois système international et civilisation, et aussi que la construction européenne (comme le montrent par exemple les préambules de la plupart des traités européens ou encore la Déclaration sur l’identité européenne du Sommet de Copenhague en 1973) n’a jamais renié et les valeurs de civilisation, et l’acquis historique des méthodes et concepts des systèmes d’organisation de l’Europe antérieure à la construction européenne proprement dite, à partir de 1950.
Pour les uns, l’Europe repose sur une personnalité historique, des racines communes, une civilisation. Pour les autres (actuellement les plus nombreux dans les milieux politiques et intellectuels) elle repose sur des valeurs universelles (démocratie, État de droit, droits de l’homme). On ne réconciliera pas nécessairement ces deux visions, qui renvoient à des options politiques et même philosophiques divergentes, et aucun des deux camps (politiques mais aussi, reconnaissons-le, universitaires) ne convaincra l’autre. Il n’en est pas moins nécessaire de travailler sur ces deux conceptions en même temps.
Par ailleurs, même au sein de l’Union européenne, les pratiques et réflexes de l’ancien Concert européen n’ont pas totalement disparu. De nombreux historiens ne manquent pas de souligner que les intérêts nationaux subsistent, même dans le cadre de la construction européenne. Question connexe : la construction européenne n’oblitère pas en son sein le maintien de mécanismes d’équilibre plus classiques. Le Concert européen traditionnel n’a pas encore disparu, certes pour les questions qui ne font pas partie du domaine communautaire (politique extérieure, sécurité, défense) mais aussi au sein même des Communautés et ensuite de l’Union, comme le montre la pondération subtile des majorités de vote au Conseil des ministres européen.
La réalité de l’Union européenne est désormais telle que l’on est conduit, parallèlement et tout en évitant soigneusement toute dérive téléologique, de mesurer l’évolution du système européen à partir des années 1950 aussi à partir du point de vue de la construction européenne. On se propose donc de souligner et de développer une dialectique apparue en pleine lumière au cours du dernier contrat, entre le système paneuropéen traditionnel, qui ne disparaît pas, et la moderne construction européenne, qui l’a enrichi et transformé.
À ce moment de la réflexion, et dans la suite de travaux déjà menés, avec de nombreux collègues étrangers, par certains des membres de l’UMR IRICE, se pose évidemment la question de savoir si l’Europe a toujours une signification dans le cadre de la mondialisation en cours [1]. Une réflexion préliminaire montre qu’il n’y a pas contradiction entre Europe, ou régionalisme européen, et mondialisation, malgré certainement des périodes de forte polarisation, mais sur le long terme il y a une dialectique entre une spécificité européenne régionale (à la fois réelle et voulue) et une mondialisation dont l’Europe a été un acteur essentiel depuis le XVe siècle. D’où l’urgence d’une parole d’historiens sur un thème actuellement traité surtout par les économistes et les politologues, d’où la décision d’en faire l’un des programmes structurants du nouvel axe unifié (cf. ci-dessous le projet structurant A).

En même temps, même si, comme on vient de le voir, l’évolution récente des Sciences sociales aboutit souvent à remettre en question ou à relativiser la notion même d’Europe, le continent conserve sa spécificité, et les historiens et les civilisationnistes ont là tout leur rôle à jouer : il s’agit de rappeler, à côté des tendances généralisantes et universalisantes des sciences politiques et sociales actuelles, les particularités et les spécificités du continent.

  • L’apport des germanistes « civilisationnistes » et historiens des idées

C’est ce qu’a fait et continuera à faire dans le cadre de l’UMR IRICE le domaine « Civilisation et histoire », qui représente l’un des principaux apports des historiens germanistes de Paris IV.
C’est également ce que fait le Groupe de recherche sur la culture de Weimar qui s’est affilié à l’UMR IRICE lors du précédent quadriennal. Ses travaux ont porté, depuis les années 1980, sur les courants de pensée germanophones aux XIXe et XXe siècles dans leurs rapports avec les autres pensées politiques européennes. Comme le signale son appellation historique (« Groupe de recherche sur la culture de Weimar »), il a pour centre de gravité la pensée politique de l’entre-deux-guerres. La conception du programme de recherche du « Groupe de recherche sur la culture de Weimar » l’a conduit dans les années 1980 et 1990 à s’impliquer dans les grands débats politico-idéologiques contemporains – tout d’abord, à l’époque, le débat « modernité/post-modernité » dans lequel il a joué un rôle important. En effet, il n’étudie pas la culture de la République de Weimar uniquement pour elle-même – tout en espérant néanmoins contribuer efficacement à un renouvellement des études sur cette époque. Il la considère avant tout comme une période-clef pour la compréhension de ce qu’on appelle « la modernité ». La République de Weimar est l’une des périodes à partir desquelles il s’efforce d’en dégager les paradigmes idéologiques. Cette réflexion devrait aussi contribuer à éclairer les mécanismes propres aux périodes de « crise de la culture » : son « archéologie de la modernité » entend également être une archéologie de la « post-modernité ».
La contribution de ces deux groupes de recherche a été, et sera dans le cadre du nouvel axe unifié, essentielle : en effet l’Allemagne n’est pas seulement au cœur géographique et politique de l’Europe, ses penseurs et hommes politiques ont pensé l’Europe (bien sûr selon de multiples modalités) depuis le XIXe siècle, probablement avec une continuité et une vigueur plus marquée encore qu’ailleurs. D’autre part ces deux groupes de recherche lancent une nouvelle réflexion sur la notion de citoyenneté européenne, de façon à élargir le concept d’Europe à la mesure de l’ensemble des sciences sociales et des pratiques sociales à l’heure actuelle, au-delà des thèmes relevant plus strictement de l’histoire des relations internationales (système européen et construction européenne).
Les lignes de recherche les plus fructueuses à l’avenir seront celles qui feront converger dix projets structurants de ce nouvel axe 1 :

  • ➢ L’histoire de la construction de l’Europe à travers la problématique du régionalisme européen dans la mondialisation de la fin du XIXe au début du XXIe siècle
  • ➢ L’histoire du blocus dans le système international (XIXe-XXIe siècles)
  • ➢ L’information, le renseignement et les réseaux de décision dans les relations internationales au XXe siècle
  • ➢ L’observation des pratiques diplomatiques en Europe (XIXe – XXe siècles) et leurs évolutions
  • ➢ Acteurs non étatiques, diplomatie humanitaire et relations internationales
  • ➢ Un renouvellement de la recherche sur la citoyenneté européenne
  • ➢ Une histoire des idées politiques et des systèmes de savoirs
  • ➢ Une histoire comparée des civilisations, des pays et des sociétés, avec une insistance particulière sur l’Allemagne
  • ➢ Une réflexion sur les frontières du bloc de l’Est (1955-1991)
  • ➢ La poursuite du programme sur les Balkans (1908-1914/2008-2014)
    Il est clair que ces problématiques sont convergentes et innovantes, avec tout un ensemble de synergies voulues et de manifestations scientifiques communes dans le cadre de cet axe rénové pour la période du contrat 2010-2013.

Les dix projets structurants

Le premier projet structurant (« Le régionalisme européen dans la mondialisation, de la fin du XIXe au début du XXIe siècle ») est le projet central, avec sa logique propre : les neuf autres projets déclinent une série d’opérations précises en synergie directe ou indirecte avec lui.

  • 1. Le régionalisme européen dans la mondialisation de la fin du XIXe au début du XXIe siècle

    Responsables : Éric Bussière, Gérard Bossuat, Georges-Henri Soutou

  • ➢ Régionalisme et mondialisation

Le projet d’unification européenne est consubstantiel au dialogue entre universalisme et régionalisme économiques même si le débat régionaliste, d’abord européen, s’est peu à peu étendu à d’autres régions du monde puis installé comme modèle d’organisation des relations économiques internationales. Entre les nations et le monde, l’échelon régional occupe les réflexions européennes depuis la fin du XIXe siècle. Il est concomitant de l’émergence de grands concurrents pour une Europe peu à peu consciente de son déclin relatif — d’abord par rapport au États-Unis — de la croyance en une plus grande efficacité d’espaces économiques à la dimension d’un continent si on les compare aux espaces nationaux. Les liens avec le projet d’Europe politique sont nettement établis depuis que la puissance économique, dès avant la Première Guerre mondiale a été vue comme l’une des composantes de la puissance globale mais aussi depuis que les milieux pacifistes du début du siècle ont établi le lien entre tensions économiques, conflits armés et perspective d’un déclin durable voire définitif de l’Europe.

De plus apparaît, dans les mêmes milieux et dans celui de juristes et d’experts du droit public (que l’on retrouve en particulier lors des deux conférences de La Haye de 1899 et 1907) l’idée que le « concert européen », qui est en fait le concert des grandes puissances européennes, est dépassé et injuste, car inégalitaire et niant la souveraineté des petites puissances, et dangereux, car il a évolué depuis les années 1890 vers l’opposition structurelle permanente de deux groupes de puissances. Dans ces milieux, mais en particulier aux États-Unis et dans les petits États européens, comme la Belgique, se développe dès cette époque le concept d’une Société des Nations internationale, qui ne serait pas spécifiquement et uniquement européenne, mais qui évidemment permettrait aussi et même d’abord de régler les problèmes de l’Europe. On est là au cœur de la relation dialectique entre régionalisme européen et mondialisation, dans une Europe qui est à la fois plus européenne qu’elle ne le sera jamais par la suite et qui en même temps projette sa puissance et ses valeurs dans le monde entier, plus qu’elle ne pourra le faire après 1919.

La dimension régionaliste apparaît ainsi comme un positionnement défensif visant à préserver la place et le rôle de la civilisation européenne dans le monde. Mais elle apparaît également comme porteuse de contenu et non comme un simple cadre. Si ce modèle ne renie pas les apports du libéralisme universel, il s’en distingue cependant à travers une approche régulée des relations économiques valable tant à l’échelle du monde qu’au sein même du continent. Au plan international il s’agit d’une voie tendant à ménager les intérêts nationaux selon des modalités et des articulations négociées. À l’échelon régional il s’agit d’un rapprochement progressif et contrôlé des identités économiques et sociales nationales à travers une démarche négociée qui ménage les transitions pour des raisons politiques, sociales voire culturelles. Une telle démarche n’est cependant considérée comme crédible que parce qu’elle repose sur la conscience d’une communauté de civilisation qui rend un tel projet possible.

  • Le tournant du siècle
    Les bases du régionalisme économique européen sont posées au tournant du XXe siècle. Elles résultent des inquiétudes nées de la montée en puissance de nouveaux concurrents extra-européens (États-Unis), de la crainte des conséquences économiques d’un éventuel conflit majeur en Europe, de la remise en cause du libre-échange universel fondé sur la clause de la nation la plus favorisée de plus en plus considérée comme fauteur de guerres douanières sur le continent. La réponse à ces difficultés réside dans la promotion de régimes douaniers de type conventionnel fondés sur l’échange de concessions négociées entre les parties. Ce modèle qui tend à s’installer sur le continent au début des années 1900 est considéré par l’économiste Charles Gide comme relevant d’une forme coopérative d’organisation des relations internationales à l’image de ce que doit être la société elle-même. Se greffent ainsi sur ce modèle les premières réflexions relatives à la mise en place d’une législation sociale en Europe ; Bismarck lui-même s’y intéresse, afin que sa législation sociale coûteuse ne se traduise pas par des charges portant de façon unilatérale sur la seule économie allemande, réduisant ainsi sa compétitivité. L’émergence du projet économique européen à la « Belle époque » est celle d’un modèle contractuel. Ajoutons que le libéralisme à l’anglaise suscite de fortes réactions négatives dans certains pays européens continentaux : la conception prussienne d’un État impartial qui n’hésite pas à imposer au patronat un minimum de protection sociale des employés rejoint l’éthique luthérienne d’un État protecteur ; même la très libérale IIIe République prolonge de vieilles tendances corporatistes. Sur le plan international, en 1914 seules la Belgique et la Grande-Bretagne restent fidèles aux principes d’Adam Smith et de Cobden. Cependant la Grande-Bretagne elle-même évolue : elle se dote d’une législation sociale à partir de la fin du XIXe siècle et encore plus à partir de 1906, avec la « révolution » de Lloyd George. Pendant la Grande Guerre, elle est sur le point d’abandonner le libre-échange, pour le conserver malgré tout, avant de lui substituer finalement la « préférence impériale » en 1932. Mais la voie britannique n’est pas celle de l’Europe : c’est celle du Commonwealth, c’est-à-dire d’une autre forme de mondialisation ambiguë. Comme on le sait cette divergence entre la Grande-Bretagne et l’Europe continentale jouera un rôle majeur par la suite.
  • La première reconstruction
    En 1919 triomphe en théorie l’universalisme wilsonien (les Quatorze points étaient aussi un rejet du Concert européen traditionnel). Mais à côté du nouveau système international à vocation mondiale représenté par la SDN, et derrière le paravent du wilsonisme, continue en fait le Concert européen des grandes puissances : les principales décisions sont prises par elles, en fonction certes parfois des principes wilsoniens, mais aussi souvent en fonction de considérations d’équilibre et d’intérêts géopolitiques très classiques. En outre la conférence de la paix de 1919 est organisée exactement sur le modèle des grandes conférences européennes depuis Vienne et surtout Paris en 1856. La dialectique et l’ambiguïté entre le monde et l’Europe se poursuivent.
    Sur le plan économique international, trois conceptions s’affrontent en 1919 : le retour au libéralisme pur et simple, prôné par Washington et Londres, le libéralisme international organisé soutenu par le gouvernement français à la suite de Clémentel, et une conception qui apparaît dès 1919, nourrie par la déception face à l’absence de compréhension de la part des Britanniques et des Américains à l’égard des besoins de l’économie française : celle d’un accord économique franco-allemand reposant sur des cartels industriels par branches et emmenant un espace économique européen continental.

Dès 1919 le refus du Sénat américain de ratifier le traité de Versailles porte un coup mortel au mondialisme wilsonien, tandis que la SDN se révèle très vite incapable de gérer réellement les problèmes internationaux et européens. Du coup les accords de Locarno de 1925 sont aussi l’occasion et l’instrument du rétablissement, silencieux mais évident, du Concert européen des grandes puissances. Parallèlement se développe ce que l’on a pu appeler un « Locarno économique » réaffirmant une personnalité européenne, en particulier face au protectionnisme croissant des États-Unis.
Ce modèle d’Europe organisée se développe durant les années 1920 : création du BIT, cadre des débats autour de la mise en place de normes sociales européennes, premières réflexions sur l’Europe monétaire qui débouchent sur la création de la BRI en 1930, débats de la conférence économique internationale de 1927 où le modèle contractuel proposé par la France associe accords douaniers régionaux et accords de branche entre industriels. Le projet européen présenté par Briand en 1929 apparaît ainsi comme la résultante de cette maturation, aussi bien sur le plan politique qu’économique. La voie régionale s’oppose jusqu’à la fin des années 1920 à l’universalisme économique d’inspiration libérale que défendent nombre de pays européens conduits par l’Angleterre. Elle ne rencontre le succès qu’à partir du moment où les tenants d’un régionalisme économique organisé sont rejoints par une partie des tenants du libre-échange universel à l’occasion de la crise des années trente et de la fermeture des marchés. Ces derniers définissent alors un régionalisme de repli tendant à la mise en place d’unions douanières en Europe. Deux voies pour construire l’Europe, libérale ou contractuelle, mais aussi deux finalités sont ainsi posées : Europe comme fin en soi ou simple étape dans un processus de reconstruction du libéralisme universel.

  • Crise et guerre
    Ce débat atteint son paroxysme dans les années trente et pendant la Seconde Guerre mondiale, avec le développement de la théorie et de la pratique des grands espaces autarciques. Dès le début des années trente les penseurs allemands conservateurs, relayés ensuite par les plus sérieux des nationaux-socialistes, théorisent sur le plan politique et sur le plan économique un grand espace européen destiné certes à favoriser le développement et la puissance du Reich, mais aussi à barrer la route au mondialisme libéral américain. Les travaux récents montrent que Hitler lui-même est très sensible à cette dimension d’opposition entre l’Europe et le mondialisme libéral porté par les États-Unis ; la Seconde Guerre mondiale ne se comprend vraiment que dans ce contexte, et c’est à la lumière de cette opposition qu’il faut relire la Charte de l’Atlantique de 1941.
  • Le second après-guerre
    En apparence triomphent en 1945 l’universalisme politique de Washington (ONU) et son universalisme économique (FMI, plus tard GATT, à défaut de pouvoir créer tout de suite l’OMC). Mais la Guerre froide fait échouer presque tout de suite cette nouvelle relance de la mondialisation. L’Amérique doit revenir au régionalisme (mais les études récentes montrent bien que pour elle ce n’est qu’un second best transitoire) et lancer l’atlantisme, et aussi soutenir (et même largement impulser au départ) une relance du régionalisme économique européen, tout en souhaitant et en cherchant constamment à imposer qu’il s’articule avec l’espace atlantique dirigé par Washington (« Grand design » de Kennedy en 1962, « Année de l’Europe » de Kissinger en 1973) et avec une mondialisation libérale jamais perdue de vue (Kennedy Round et Rounds suivants du GATT). La mondialisation, jusqu’au début du XXIe siècle, est en effet aussi une américanisation.

Dans ce cadre, ces deux voies (Europe comme fin en soi ou simple étape dans un processus de reconstruction du libéralisme universel, sous des formes adaptées et enrichies) déterminent les grandes options des années 1950. Elles s’inscrivent désormais au sein de l’universalisme organisé rappelé plus haut, à travers la mise en place d’institutions économiques à caractère universel regroupées autour de l’ONU et en charge de promouvoir un ordre économique mondial fondé sur le libre-échange universel (GATT, FMI…).
À l’échelle régionale, la méthode contractuelle combinant unification progressive de l’espace européen à travers l’organisation des marchés sur une base sectorielle (CECA) trouve sa contrepartie dans l’approche globale à travers la mise en place d’un marché commun d’inspiration libérale. D’un côté, l’Europe du charbon et de l’acier où la mise en concurrence est tempérée par les possibilités d’actions régulatrices de la Haute autorité, de l’autre la Communauté économique européenne où la logique de la concurrence trouve son équilibre dans la mise en œuvre de politiques communes. Le débat entre les deux voies se poursuit au sein de la CEE durant toutes les années 1960 autour de la politique de « programmation économique », de la politique industrielle ou des autres politiques communes. Les pratiques des acteurs privés et publics s’insèrent également dans cette perspective du fait de la persistance de pratiques contractuelles à travers les accords entre entreprises ou les formes de coopérations pilotées ou inspirées par les États dans les secteurs de pointe (aéronautique, espace, informatique) ou en crise.

Le débat sur la finalité et l’essence du projet européen reste ainsi posé dans les mêmes termes que depuis les années trente : la solution européenne représente pour certains un sas de transition vers la mise en place d’un projet d’essence universel, pour d’autre un but en soi. Les débats autour de la naissance de l’OECE et des finalités de cette dernière, les débats relatifs à la ZLE à la fin des années 1950, ceux relatifs au maintien de l’UEP comme structure européenne dans un cadre monétaire mondial en 1958-1959 ne sont que des épisodes de cette problématique plus large. Les débats provoqués par les candidatures britanniques, les inflexions que Londres commence à faire passer dès la présidence de la Commission par Jenkins en 1976 se comprennent aussi dans le contexte de cette dialectique entre le régionalisme européen et une vision mondiale. Dans ce débat les partisans du libéralisme mondial (Pays-Bas, RFA en fait aussi) rongent leur frein, accusant la France de vouloir transférer au niveau européen son protectionnisme traditionnel. Mais la France, tant qu’elle en a les moyens politiques, impose sa conception régionaliste et force la RFA à faire dans ce domaine concession sur concession, Bonn ne pouvant pas se permettre de perdre l’appui politique de Paris. Après 1968 l’affaiblissement de Paris et la montée de l’importance de la RFA dans le monde commencent à infléchir les choses, malgré les combats de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing pour maintenir le cap.
Les mutations économiques des années 1980 posent à nouveau la question du rapport du projet européen à l’universel dans ce qu’il est bientôt convenu de nommer mondialisation. Les deux processus évoluent de concert. La fin de l’ordre monétaire international né en 1944, les pressions en vue d’une ouverture croissante des marchés, de la liquidation de certaines politiques communes comme la PAC, de la multinationalisation des firmes vont de pair avec la relance du processus d’intégration économique de l’Europe depuis la fin des années 1970. Elle débouche sur une action à deux volets : d’un côté, sur la relance de la politique d’unification du marché (Acte unique), de l’autre sur celle de politiques interventionnistes d’adaptations sectorielles, d’encouragement à l’évolution des structures ou d’appui à la recherche (Esprit) le tout étant prolongé par la mise en place de l’UEM qui ne prend son sens que dans la perspective d’un régionalisme monétaire au plan mondial.
Une inflexion se produit toutefois au tournant des années 1990, époque où la Commission de Bruxelles elle-même est divisée entre partisans de la politique de la concurrence conçue tout à la fois comme interne et externe et partisans de politiques d’accompagnement plus interventionnistes en particulier dans le domaine des nouvelles technologies. L’inflexion est nette au cours des années 1990 époque où la politique communautaire semble abandonner toute action sectorielle et vouloir se limiter à des politiques horizontales illustrées par la stratégie de Lisbonne.
Au plan politique, on retrouve les mêmes débats : après l’europessimisme des années 1970-1980, puis la relance européénne du milieu des années 1980 et le choc de la fin du communisme soviétique et le défi de l’élargissement à l’ancienne Europe communiste, on retrouve la même problématique, la Grande-Bretagne plaidant toujours pour une Europe atlantique et souple (discours de Margaret Thatcher à Bruges en 1988), la France pour une « Europe-puissance » à la personnalité beaucoup plus accusée, la RFA hésitant constamment entre les deux options. Les compromis qui ont marqué les différents traités européens de Maastricht (1992) à Lisbonne (2007) illustrent très bien les vecteurs et les enjeux de cette dialectique Europe/Monde atlantique. Certains éléments de la politique de la CEE puis de l’Union européenne vers le Moyen-Orient, l’Afrique ou l’Asie, plus ou moins fortement encouragés par Londres, Paris et Bonn/Berlin, introduisant la dimension « Tiers-monde » ou après la fin de la Guerre froide « pays émergents » dans cette dialectique entre régionalisme européen et mondialisation.

  • ➢ Programme de travail
    La thématique choisie conduit à proposer une lecture globale en vue de proposer une lecture historique de long terme. Elle est fondée sur un postulat : l’européisme se développe simultanément à la mondialisation depuis la fin du XIXe siècle. La recherche de cadres institutionnels propres aux différentes composantes de l’activité humaine notamment dans le domaine économique s’opère à plusieurs échelles à la fois. Le cadre européen apparaît peu à peu de manière spécifique, avec néanmoins des hauts et des bas marqués face aux réalités de la mondialisation, et selon des formes variables selon les champs d’activité.

Les thèmes principaux seront les suivants  :

  • Europe économique, Europe sociale et mondialisation.
  • Projets économiques, projets politiques et mondialisation : le cas du Troisième Reich, un projet anti-mondialiste ?
  • Espaces publics nationaux et espace public européen.
  • Système européen et mondialisation.
    Quatre colloques aux thématiques croisées sont prévus  :
  • Des années 1900 aux années 1920 : première mondialisation et premières ébauches de la problématique européenne (en 2010)
  • Les régionalismes de la crise des années 1930 aux années de guerre (en 2011)
  • À l’époque de la seconde reconstruction
  • Des années 1970 aux années 1990.
    L’ensemble de ces travaux doit permettre de déboucher sur l’élaboration d’un modèle historique intégrant l’histoire du projet européen dans le cadre universel dont il est lui-même issu. La plupart de ces travaux s’effectueront dans le cadre du GDRE (http://gdreurope.wordpress.com) ETCE, créé en 2008 (voir plus haut dans le « bilan » de l’ancien axe 5).
  • 2. Le blocus dans le système international du XIXe siècle au XXIe siècle

    Responsable : Olivier Forcade, Hélène Miard-Delacroix

Arrimée à l’histoire des relations internationales modernes, l’histoire longue du blocus économique, dont François Crouzet a montré l’intérêt, offre à l’historien un objet d’une intéressante plasticité conceptuelle pour faire jouer des comparaisons. Les blocus affectent par définition des « parties » du monde, souvent l’Europe, et leur étude offre nécessairement une articulation intéressante entre approches « régionales » et approche « globale ». L’objet se prête doublement à des travaux de recherche de niveau master et doctorat comme à un programme de recherche international triennal (tables rondes, colloque, publication papier et électronique, forum internet). Trois dimensions nous semblent probantes.

  • Les précédents historiques et les jurisprudences (Ancien régime et Révolution française-Premier Empire), les formes du blocus continental et maritime au XIXe siècle, le blocus et l’embargo dans le droit international public, incluant les conférences internationales (La Haye 1907).
  • Le blocus européen en 1914-1918 écrit l’expérience de la mobilisation industrielle et de la guerre économique dans les sociétés européennes. Or, l’histoire du blocus est une expérience de la guerre tant publique (les administrations, les États, les doctrines) que privée (les entreprises, les individus). Enfin, des études comparées nationales font changer d’échelle d’analyse (blocus allié sur la Grèce en 1916-1917, sur l’Allemagne et l’Autriche 1915-1919, sur les neutres…), en privilégiant les fronts orientaux et balkaniques.
  • Le blocus dans l’histoire du système international au XXe siècle fait entrer dans les rapports de puissance, entre invasions et occupations. Quatre aspects seront abordés : de 1918 à 1939, la question du blocus en temps de guerre et de paix entre dans les doctrines économiques et les politiques étrangères (France-Allemagne par exemple avec les réponses anticipées des administrations). Puis il constitue un élément majeur de la Seconde Guerre mondiale. Au travers d’études de cas comparées, le blocus est un trait majeur de la politique des blocs dans la guerre froide. Après 1990, le blocus tient une place omniprésente dans les crises internationales et les conflits limités (Irak et ex-Yougoslavie des années 1990, bande de Gaza, Liban en 2006), dans des formes archaïques et modernes tout à la fois (embargo maritime, aérien…, blocage des transports, des flux d’échanges économique et financier…).

En mars 2008, les deux premiers volets du projet sont en cours de définition. Expérimenté par des tables rondes d’une journée, le programme d’un colloque international sur le blocus et la guerre à l’Est en 1914-1918 serait opérationnel en 2009, sur la base d’un réseau de partenaires français (universités de Paris I et IV avec le CHERI, le département d’études germaniques de Paris IV (H. Miard-Delacroix, UMR Irice), la JE 2499 – Centre d’Histoire de l’Europe Centrale et l’UMS 2418 – Histoire et archéologie maritimes attachés à l’UMR Mousnier 8596, l’EA 2093 Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits de l’université de Picardie à Amiens, l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, le Service historique de la Défense) et étrangers (universités de Düsseldorf, Stuttgart, Florence, Manchester, Aberyswyth, Thessalonique…). Les partenaires envisagés ont donné leur accord de principe.

  • 3. L’information, le renseignement et les réseaux de décision dans les relations internationales au XXe siècle

    Responsable : Olivier Forcade

Compris au sens de l’information élaborée dans les diplomaties, les économies et les politiques de défense/sécurité, l’objet du renseignement offre un angle d’étude inédit du système européen et international. L’approche est délibérément comparée, centrée sur le XXe et le XXIe siècles, en liaison étroite avec le projet structurant suivant sur les Pratiques diplomatiques.

Trois perspectives sont, à ce stade, privilégiées.

  • Les coopérations internationales du renseignement sont un premier aspect, à savoir les procédures et les méthodes d’une autre diplomatie, aux marges du secret, d’une infra-diplomatie contrôlée ou tolérée par les appareils diplomatiques traditionnels, plus élaborée que les seules diplomaties secrètes et parallèles. Le premier aspect renvoie à l’étude des partenariats et des instances de coordination internationales du renseignement, dans les cadres européens (1914-2008) et atlantiques (depuis 1943), y compris avec les instances actuelles. La seconde interrogation porte sur la « dynamique du renseignement » dans les politiques étrangères, à savoir les évolutions et les rôles des services secrets, des agences civiles et militaires dans la fabrication de la diplomatie internationale.
  • Les crises internationales du renseignement ont deux visages. Il y a l’étude du renseignement dans les crises internationales avant la Seconde Guerre mondiale. Puis les crises internationales du renseignement que l’histoire américaine récente a illustré depuis les attentats de septembre 2001, justifient l’intérêt d’une analyse du facteur renseignement tant dans les systèmes politiques que dans le système international. Les organisations internationales en sont, par exemple, une cible systématique depuis l’époque de la Société des nations. Si bien qu’une théorisation du renseignement dans le système international peut être tentée, en s’ouvrant aux politistes.
  • Théorie de l’information, du renseignement et des savoirs dans le système international. L’information élaborée est le produit de systèmes d’information dans les politiques de sécurité nationale. On sera attentif à une compréhension des modèles nationaux, sinon des standards internationaux du renseignement (dans le cadre des organisations militaires intégrées, par exemple, après 1945). L’information élaborée intéresse la décision, conduisant à comprendre le cycle du renseignement selon la nature des activités humaines : réseaux d’informations et technologies d’information pris en compte dans le système international, par les États et les entreprises.

Un colloque consacré aux « Dirigeants, information secrète et décision de sécurité internationale en Europe et aux États-Unis de 1918 à aujourd’hui : comment partager une même information en temps de crise ? » est mis à l’étude pour intégrer l’analyse de l’anticipation décisionnelle et managériale (en liaison avec Edouard Husson, UMR Roland Mousnier). Une diffusion ciblée par des revues papier (Intelligence and national Security) ou par le livre (collection « Le grand jeu » sur l’histoire du renseignement lancée par Olivier Forcade et Sébastien Laurent, fin 2007, chez l’éditeur Nouveau monde à Paris) porterait cet effort, en liaison avec les presses universitaires.

  • 4. Pratiques diplomatiques en Europe, XIXe – XXe siècles

    Responsables : Laurence Badel, Stanislas Jeannesson

Ce projet met davantage l’accent sur les formes mêmes et les pratiques de la diplomatie, en liaison étroite avec le projet précédent et le projet sur le régionalisme européen dans la mondialisation depuis la fin du XIXe siècle.

  • ➢ Présentation

Les recherches que nous avons entreprises depuis une quinzaine d’années sur l’émergence de nouvelles formes de diplomaties au XXe siècle, sur la restructuration des appareils diplomatiques comme sur la déstabilisation des États face à l’émergence de nouveaux acteurs des relations internationales nous ont conduits à définir un programme de recherches susceptible de mettre en perspective tant la naissance de ces pratiques que d’éclairer les inflexions du début du XXIe siècle. Les pratiques diplomatiques font actuellement l’objet, chez nos collègues étrangers, de synthèses stimulantes ; les internationalistes réfléchissent également à ce thème. Pour nourrir ces débats, pour nuancer certaines propositions et mutualiser les premiers résultats de recherches convergentes sur ces questions, ce programme, qui prolonge la Journée du 3 octobre 2008 Des diplomaties en renouvellement, fait actuellement l’objet d’une première exploration systématique de ses principales directions de recherche dans le cadre du séminaire qui a débuté en octobre 2008 Fonctions, pratiques et représentations de la diplomatie en Europe : continuités et renouvellements.
Inscrit dans le temps long, ce projet se propose de mettre en perspective trois types d’évolution :

  • L’évolution des acteurs diplomatiques (administrations centrales et services extérieurs ; autres acteurs étatiques et parapublics ; acteurs privés).
    Les administrations des affaires étrangères, expression de la souveraineté des États sur les affaires extérieures et garantes de l’unité de l’action diplomatique, sont en effet concurrencées tant par d’autres éléments de la sphère publique (administrations de l’économie, des finances, de la défense, collectivités territoriales etc.) que par des acteurs privés indépendants (entreprises, banques, ONG…). On assiste par ailleurs à la généralisation d’un mouvement d’externalisation des fonctions étatiques dans un certain nombre d’agences. À côté de la diplomatie d’Etat est donc apparu ce que les politologues appellent une multi-track diplomacy (ou « diplomatie multiple ») dont il nous faudra mettre en perspective la complexité.
  • L’évolution du métier de diplomate (formation, recrutement, professionnalisation, féminisation, violences, images et représentations).
    Que reste-t-il de la figure classique du diplomate de la Belle époque ? Les évolutions des relations internationales et des méthodes de la diplomatie au XXe siècle provoquent une profonde remise en question du métier de diplomate : perte d’autonomie, notamment dans la négociation, spécialisation de plus en plus poussée (les experts), concurrence d’autres acteurs, publics ou privés, complexification des missions classiques, extension du champ de la diplomatie impliquant un éclatement du métier en autant de branches plus ou moins autonomes (le multilatéral, l’économique, le culturel…). Tout cela s’accompagne d’une redéfinition de la condition du diplomate : renouvellements des personnels, des formations, des représentations, qui ne vont pas parfois sans de vives résistances culturelles.
  • L’évolution des fonctions traditionnelles de la diplomatie (représentation, information, négociation, promotion, protection).
    Les diplomates ne sont plus les seuls représentants des États dans les négociations internationales, en particuliers financières et commerciales. L’information diplomatique est en train de changer de nature et se resserre sur une dimension « stratégique ». L’on constate un renouveau de l’enseignement des techniques de la négociation aux futurs diplomates en interaction avec le développement généralisé de ce type de pratique en entreprise. La superposition des échelles de la négociation (infra-nationale, bilatérale, multilatérale) comme la fin de la guerre froide remettent en cause les traditions instaurées depuis 1945.

De manière générale, l’Europe a longtemps constitué le modèle d’un art diplomatique forgé dans le cadre de la genèse des États. Aujourd’hui, les pays émergents comme le Brésil ou l’Inde interviennent de manière active sur la scène internationale et proposent d’autres modes d’action. Les codes du système westphalien, au caractère européocentré, apparaissent inadaptés au monde d’aujourd’hui, même si certains observateurs du XVIIe siècle ont pu livrer des réflexions dont l’actualité a été soulignée.

  • ➢ Programme de travail

Un premier atelier sera organisé au printemps 2009.
Plusieurs colloques sont prévus :
1. Regards croisés sur les diplomaties britannique et française au XXe siècle, en partenariat avec Claire Sanderson (Université de Paris VII)
2. Négocier la globalisation : les nouvelles voies de la diplomatie économique depuis les années 1960, en partenariat avec Olivier Feiertag (Université de Rouen)
3. Les écrivains diplomates aux XIXe et XXe siècles, en partenariat avec Renaud Meltz (Université de Polynésie française) et Gilles Ferragu (Université de Paris X)
Ce projet aura pour horizon la préparation d’un grand colloque et d’un ouvrage de synthèse en 2013.

  • 5. Acteurs non étatiques, diplomatie humanitaire et relations internationales

    Responsables : Olivier Forcade, Hélène Miard-Delacroix, Dzovinar Kevonian

Dans le cadre de l’axe 1, notre équipe, comme on vient de le voir avec le projet précédent, entend étudier de près l’évolution des pratiques diplomatiques au XIXe et au XXe siècle. Ce faisant, l’UMR IRICE voudrait transcender les débats en science politique entre les « réalistes » qui privilégient le rôle des États et les « transnationalistes » qui mettent l’accent sur l’action des sociétés civiles et des ONG. Nos chercheurs souhaitent précisément analyser l’articulation entre tous ces types d’acteurs sur la scène internationale. Le présent projet structurant prend les acteurs non étatiques comme point de départ. Les historiens savent qu’ils jouent depuis longtemps un rôle (la CICR est née en 1863), même si leur poids s’est considérablement accru depuis trois ou quatre décennies, soit en relation avec les États et les organisations internationales intergouvernementales, soit en parfaite indépendance. L’importance de ces acteurs peut être mesurée tant dans la diplomatie humanitaire, dans l’aide à la défense des droits de l’homme que dans leurs apports aux opérations de peace keeping, voire de peace making de type onusien.

La problématique étant vaste, l’UMR IRICE entend développer d’abord ses recherches sur une thématique concrète, celle de la figure du réfugié. Il s’agit d’élargir un programme de l’ANR consacré à « l’humanitaire et la force dans les relations internationales », co-piloté à l’Université d’Amiens entre 2004 et 2007 par Olivier Forcade, qui vient d’entrer dans notre laboratoire, et Philippe Nivet.
Le réfugié est désormais un sujet et un objet incontournables des relations internationales au XXe siècle, à la fois acteur non étatique et objet de la sollicitude des autres acteurs, étatiques ou non, à la fois objet du regard des opinions publiques et sujet du droit international public. Aussi est-il devenu, à une échelle démographique et économique nouvelle, un enjeu et un moyen de cristallisation et de résolution des crises internationales. Dans cette optique, par rapport aux réfugiés, l’étude des organisations internationales (SDN, puis OIR et HCR avec l’ONU) et de celles non gouvernementales vaut d’être engagée, par un accès aisé à leurs archives.

  • 6. Citoyenneté européenne. Modèles et théories de formation d’un consensus supranational

    Responsable : Gérard Raulet

Ce projet structurant est lié étroitement au projet sur « Le régionalisme européen dans la mondialisation de la fin du XIXe au début du XXIe siècles ». En effet, ces travaux sur la citoyenneté européenne nourriront la réflexion sur la notion d’espace public européen, sur la notion d’Europe sociale, deux notions qui sont l’objet des travaux du GDRE ETCE et du projet sur « Le régionalisme…. ».
En France, le modèle républicain est confronté au défi de l’intégration. Aux États-Unis les « communautaristes » mènent une réflexion critique sur la société libérale qui, par le biais de sa réception en Allemagne, notamment par Jürgen Habermas, commence à être connue en France mais ne tient pratiquement aucun compte du modèle républicain français. Un des enjeux de ce projet est d’introduire le modèle français dans le débat germano-américain et de le soumettre à un examen critique à la lumière de ce dernier. Son intention est avant tout de dégager de la tradition républicaine une conception de la socialisation et de la raison publique qui ne soit ni moraliste, ni seulement procédurale. Il s’agit donc de mettre à plat les différents modèles théoriques de formation du consensus dans le cadre nouveau de la perspective d’une citoyenneté supranationale. L’urgence de cette problématique résulte de la réalité de plus en plus tangible d’une « communauté de destin » des États-nations qui constituent d’ores et déjà l’Union, des changements à l’Est et enfin, à l’intérieur de chacun des États-nations, du problème de l’immigration et de l’intégration, qui fait fi des frontières de Schengen. Ces tendances sans doute irréversibles interdisent à l’Union de s’enfermer dans son identité provisoire, qui, à moins de faire fond sur des principes pré-modernes — l’ « Europe chrétienne » -, est (et ne peut être que) dynamique. Cela suppose cependant qu’on s’interroge sur la possibilité d’un lien communautaire qui serait plus que l’existence d’une zone de libre-échange.

On ne peut certainement pas se contenter de la définition de la citoyenneté proposée par le Traité de Maastricht (« Est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un État membre »), car cette définition ne considère comme « citoyens européens » que ceux qui ne sont pas exclus de leurs citoyennetés nationales respectives. Une définition purement statutaire de la citoyenneté est gravement insuffisante. Le projet se propose donc d’étudier les théories et les modèles de formation d’un consensus supranational sous cinq aspects complémentaires qui tentent d’embrasser la dimension à la fois nationale et post-nationale (européenne) du problème.

  • ➢ Consensus et justice sociale

La création d’un espace public européen recouvre le problème d’une reconnaissance à la fois civile, politique et sociale. Il est en effet clair que l’histoire de la citoyenneté n’est pas l’histoire de droits civiques désincarnés mais que ce qui crée et a créé la citoyenneté nationale, notamment en France, c’est fondamentalement la conquête et le bénéfice de droits sociaux inséparables de la citoyenneté politique. Ce problème ne peut être résolu ni par la simple reconnaissance formelle de droits politiques, ni par des politiques sociales (au demeurant de moins en moins possibles — ou jugées telles — dans le contexte de libéralisme mondialisé qui prive l’État social de ses moyens d’action). Sur le plan théorique, l’exigence d’une reconnaissance à la fois civile, politique et sociale conduit à réexaminer de façon critique les approches libérales inspirées par Rawls tout autant que celles des communautaristes. Il faut adresser au libéralisme et au multiculturalisme la même critique : ils répondent aux deux exigences de la liberté et de l’égalité établie comme règle de droit, mais aucune affirmative action, aucune discrimination positive, ne se révèle à la hauteur du principe de la fraternité et de la solidarité parce qu’elle sape le principe de l’État social républicain en même temps qu’elle l’utilise au profit de revendications particularistes. Or, il ne peut y avoir de « redistribution » de la reconnaissance. On s’intéressera donc aux théories qui, notamment en France (Bourdieu, Cassel) et en Allemagne (Honneth), mettent en avant la notion de reconnaissance comme nœud de la formation de consensus.

  • ➢Europe des peuples et Europe des citoyens – L’espace flou du populaire

Le déficit de reconnaissance constitue, en s’ajoutant à celui de justice sociale, un des motifs du recours à des modèles pré-politiques ou anté-démocratiques de formation du consensus – en termes clairs : la résurgence de la référence à l’identité nationale. Le statut du « peuple » dans la théorie politique contemporaine est, à l’échelle européenne, un problème dont l’occultation signale qu’il est urgent d’en entreprendre la clarification. La mise en scène du populisme, la centration de la critique sur un seul de ses versants (le populisme « national », « souverainiste », « anti-européen »), occulte et pour partie révèle la persistance d’un enjeu politique et social, cristallisé autour du peuple. C’est précisément cet enjeu qui nous conduit à interroger la notion de peuple. Car, en régime démocratique, la stigmatisation directe du peuple ne pouvant se présenter comme « politiquement correcte », seul le populisme est dénoncé. Si l’on suit toutefois l’argumentaire, il semble bien que c’est le spectre d’un peuple susceptible de faire retour, qu’une fois de plus il s’agit de conjurer. Une réflexion sur la formation du consensus à l’échelle européenne ne peut faire l’impasse sur « l’espace flou du populaire », c’est-à-dire non seulement sur le complexe de la nation comme cadre de la citoyenneté mais aussi sur la dimension sociale qu’escamote la réduction de la question du Peuple au populisme. Les « nationalismes » et les « populismes » ont, comme volonté d’affirmation, dans le nouvel ordre mondial évidemment un tout autre sens que dans le « siècle des nationalismes » qui connut son point d’orgue avec les traités mettant fin à la Première Guerre mondiale – même si la donne géopolitique actuelle est encore largement déterminée par ces derniers et si les modes d’affirmation des peuples semblent nous ramener plus de cent cinquante ans en arrière. La question consiste désormais à déterminer quelle peut être la place de ces « peuples » (ou de ces nations) dans le Monde globalisé. On ne saurait oublier, sous prétexte de différenciation conceptuelle, que l’histoire affectionne les amalgames et que, sans même parler des fascismes, la naissance de l’État-nation procède de la résolution variable de l’équation complexe, présentant une quasi-infinité de variantes, entre le peuple identifié à une identité ethnique, à une identité communautaire, à un territoire, et l’émergence de quelque chose qui ressemble à une citoyenneté et à une souveraineté démocratique et/ou républicaine.

  • ➢ Les modèles nationaux et l’insuffisance du patriotisme constitutionnel

L’examen des modèles nationaux fait apparaître les divergences entre les façons d’aborder cette problématique et, par là même, les principales pierres d’achoppement de l’idée de « citoyenneté européenne ». Il est facile d’invoquer la « citoyenneté européenne », mais il est manifeste qu’elle doit compter avec des traditions hétérogènes. Toute la question est de savoir, si confrontées globalement aux mêmes défis, ces traditions produisent des réponses non seulement convergentes mais de nature à créer un « espace public » européen qui serait, juridiquement et démocratiquement, le préalable à une concrétisation politique de l’idée à ce jour bien abstraite de citoyenneté européenne. Bien que le « patriotisme constitutionnel » soit présenté comme la résolution de tous les conflits tant par Habermas dans le contexte allemand que par les défenseurs de la conception française de la citoyenneté, il achoppe de toute évidence sur le fait qu’il n’est qu’une variante de la reconnaissance du peuple souverain dans le seul cadre de l’État-nation.
Les modèles théoriques qui sortent de ce cadre doivent cependant être soumis à un examen critique impitoyable.

  • ➢ Le communautarisme ou la présence post-nationale de l’appartenance nationale

Il importe de s’interroger sur la capacité des théories libérales et communautaristes, comme du reste sur celles de la citoyenneté et du patriotisme constitutionnel à maîtriser la formation d’enclaves ethnico-nationales – « communautaires » – au cœur d’entités politiques potentiellement post-nationales, et ce à la faveur du processus de mondialisation et de délocalisation des individus. Malgré l’abondante production dans ce domaine, il y a un déficit criant de réflexion méta-théorique. Tandis que les théories françaises alimentent la réflexion multiculturelle anglo-saxonne et américaine, les positions théoriques du post-colonialisme et les Cultural Studies sont presque totalement absentes dans la philosophie politique et sociale française. Ce décalage a certainement beaucoup à voir avec la prédominance des modèles d’intégration et d’assimilation induits par la conception française de la citoyenneté. Au regard de l’évolution générale des sociétés, et de la société française en particulier, procéder à un état des lieux épistémologique constitue pour la philosophie politique une urgence absolue. Si nos sociétés sont incontestablement devenues multiculturelles, l’absence d’une telle réflexion est une porte ouverte pour toutes les instrumentalisations, tant du reste au nom de la « citoyenneté » qu’au nom des droits des minorités.

  • ➢ Transferts de savoir. Europe du savoir ou Europe des citoyens ?

Étant posé que le savoir est la force productive dominante, peut-on espérer des transferts de savoir un effet unificateur allant dans le sens de la formation d’un « consensus citoyen » dépassant les modèles traditionnels hérités d’identification et de formation de consensus que nous venons de rappeler ? Le problème doit être envisagé à deux niveaux :

1. D’une part au niveau d’une évaluation concrète des politiques de transfert des savoirs et des compétences.

2. D’autre part au niveau « méta » d’une réflexion sur les modèles et les idéologies sur lesquels reposent ces transferts ou que du moins ils promeuvent, c’est-à-dire aussi sur les théories politiques qui, de façon quasi téléologique, constituent l’espace théorique a minima d’une philosophie politique européenne. La finalité du projet consiste à dégager des éléments de réflexion sur l’état, les paradigmes et les potentialités de la philosophie et de la culture politiques qui sont en train de déterminer les contours de l’espace culturel et politique européen. L’Europe du savoir ne nous intéresse pas pour elle-même mais comme composante et sans doute comme force productive d’une culture politique européenne susceptible de contribuer à un espace public européen. Il s’impose non seulement d’évaluer cette contribution mais de la confronter aussi aux véritables enjeux de la citoyenneté. Notre objet n’est pas la formation des élites mais la formation du consensus. Nous ne nous intéressons aux transferts de savoir que dans la mesure où ils diffusent des modèles et font, le cas échéant, ressortir crûment l’unilatéralisme d’un modèle libéral hégémonique qui menace de laminer les cultures politiques et d’annihiler abstraitement les dynamiques complexes qui commandent la souveraineté et la citoyenneté.

L’étude portera tout particulièrement sur la réception des théories libérales et communautaristes et sur la façon dont elle s’articule avec la réappropriation d’outils théoriques critiques. Cette problématique inclut tout à la fois le traitement des philosophies politiques nationales – qui oscille entre réactivation et ostracisation –, le sort réservé à l’héritage marxiste – théoriquement et institutionnellement – et l’utilisation qui est faite des théories libérales et communautaristes pour thématiser les conflits ethniques et nationaux dans l’optique d’une culture politique post-nationale qui demeure, théoriquement et pratiquement, le grand défi que les PECO doivent relever.

  • 7. Histoire des idées politiques et des systèmes de savoir

    Responsable : Gérard Raulet

Les projets développés actuellement sont, dans le même esprit que lors du contrat précédent, en phase avec les débats actuels : sur les « sciences de la culture », sur le « communautarisme », sur la contribution de la pensée allemande contemporaine à la réflexion sur l’organisation de l’ordre européen et de l’ordre international [2].

  • Le programme sur les théories et les philosophies de l’histoire est destiné à demeurer, dans le cadre du conventionnement du Groupe de recherche sur la culture de Weimar avec l’UMR IRICE, le noyau de notre contribution à une histoire des théories de l’histoire. Le séminaire sur la philosophie de l’histoire au XXe siècle sera poursuivi.
    Ce programme se développe en étroite collaboration avec le projet sur la naissance de la science politique, désormais achevé et en cours de publication. Les relations avec l’Université de Chemnitz sont maintenues et un nouveau projet est en cours de gestation. Il portera sur l’histoire de l’histoire des idées politiques au XXe siècle.
  • Le programme sur l’anthropologie philosophique devrait, sous réserve de son financement par l’ANR et la DFG, constituer un axe majeur de l’activité du Groupe Weimar. Dans la mesure où il dispose, grâce à sa collection propre, de possibilités de publications sûres, il constituera, à côté du conventionnement avec l’UMR IRICE, la deuxième composante du Groupe Weimar pour le prochain quadriennal. Ensemble, les deux projets permettent de couvrir, sous deux angles différents (l’histoire des disciplines d’une part, les « idéologies » et leurs rapports avec les sciences de l’autre), la quasi-totalité du spectre philosophique de la culture politique de la République de Weimar. Le projet sur « Éthique et politique » se présente comme un renfort, sous la forme d’une ouverture sur le champ littéraire ; il s’achèvera toutefois avec le quadriennal en cours et il n’est pas prévu de le prolonger.
    Pour la demande ANR/DFG déposée par K.S. Rehberg et G. Raulet le projet a été renommé Die Philosophische Anthropologie im deutsch-französischen Kontext (L’anthropologie philosophique – Tradition et actualité en Allemagne et en France). Il a pour acronyme Philanthrop.
  • ➢ Le programme sur les théories et les sciences de la culture est devenu quant à lui le cœur de la réflexion méthodologique du groupe de recherche (laquelle a toujours été, dans ses différents projets, une préoccupation majeure – voir les publications de G. Raulet sur les principes méthodologiques de l’histoire des idées). La fin du PFR coïncide avec celle du quadriennal en cours. Colloque final (provisoire) les 25-28 juin 2008. Ce projet devra être pérennisé dans la mesure où il permet d’inscrire les travaux historiques sur l’épistémé et la culture politique de Weimar dans l’actualité des mutations contemporaines. Dans l’économie générale du programme de recherche on peut envisager sa fusion partielle avec, d’une part, le projet sur la philosophie de l’histoire au XXe siècle et, d’autre part, les séminaires annuels sur la philosophie politique et sociale contemporaine [3] – lesquels seront l’un comme l’autre poursuivis.
    Avec ce triptyque – auquel pourront s’agréger éventuellement des projets complémentaires – le Groupe Weimar devrait disposer pour le prochain quadriennal d’un cadre cohérent de recherche.
  • ➢ Poursuite du programme éditorial

Ces trois domaines de travail trouvent leur traduction dans les trois collections qu’il édite : la Schriftenreihe zur politischen Kultur der Weimarer Republik (Éditions Peter Lang), exclusivement consacrée à l’entre-deux-guerres, la collection Philia (Éditions de la Maison des sciences de l’homme) et la série Philia-Monde.
Nos collections s’auto-financent, ce qui est une situation a priori saine mais une situation qui ne reflète pas l’investissement scientifique qu’exige le programme. Si nous devions travailler dans des conditions libérales nous ne pourrions pas faire ce que nous avons fait dans la collection Philia (ni le directeur de collection, ni les vacataires ne comptent réellement leur temps). Il est impératif que nous obtenions la création d’un poste d’ingénieur d’étude à temps plein qui permettrait de répondre à la fois à la gestion administrative du Groupe et à son activité éditoriale.

  • 8. Civilisation et Histoire : l’Allemagne au cœur de l’Europe

    Responsable : Jean-Paul Cahn
    Le domaine « Civilisation et histoire » représente l’apport des germanistes civilisationnistes de Paris IV à la réflexion sur la place de l’Allemagne dans le système européen, dans la société et la civilisation européennes, dans la construction de l’Europe. Il s’articule essentiellement autour de trois thèmes :

  • ➢ Société allemande de 1871 à nos jours

La vie politique et les institutions pour l’ensemble de la période, l’histoire culturelle, appréhendée à la fois sous l’angle de l’engagement politique des intellectuels (Béatrice Bonniot : thèse sur Carl Heinrich Becker, ministre prussien des Affaires culturelles à l’époque de la République de Weimar [4]) et à partir de sources iconographiques (domaines de prédilection : les représentations de la violence – en particulier pendant les deux Guerres mondiales ; mémoire du nazisme dans les deux Allemagne après 1945, en particulier à partir de la réception, de 1945 à aujourd’hui, d’artistes qui ont collaboré avec le régime national-socialiste – Claire Aslangul : études sur Andreas Paul Weber, Franz Radziwill) ; histoire de la société allemande après 1990, en particulier dans sa dimension démographique et de politique familiale (Anne Salles).

  • ➢ Question nationale allemande

La question nationale allemande est présente dans l’ensemble des travaux du domaine civilisation allemande – ne serait-ce qu’en raison de l’impact de ce problème sur l’histoire sociale de l’Allemagne ou sur sa politique étrangère ; une attention particulière lui revient dans l’histoire croisée des deux Allemagnes de 1945 à 1989 que Jean-Paul Cahn a entrepris de publier, sous forme d’ouvrage collectif, en collaboration avec Ulrich Pfeil, professeur à l’université de Saint-Etienne et chercheur à l’Institut historique de Paris. Le premier des trois volumes prévus doit paraître début 2009 chez « Septentrion », Presses universitaires de Lille. En outre le mémoire innovant de l’habilitation que Friedrich, dit Fritz Taubert, s’apprête à soutenir dans le cadre de l’ED 4 de l’université Paris IV, porte sur la RDA et la guerre d’Algérie (1954 – 1962) ; ce travail complète l’étude consacrée par Jean-Paul Cahn et Klaus-Jürgen Müller (université de Hambourg) à la République fédérale d’Allemagne et la guerre d’Algérie ; enfin Franz Kühn étudie la question complexe de la mémoire (ambiguë) Est-allemande face à l’engagement de communistes allemands dans la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale.

  • ➢ Politique étrangère de l’Allemagne

Plus particulièrement dans les années cinquante et suivantes (effets de la décolonisation française sur les relations franco-allemandes – Jean-Paul Cahn – ou encore rôle de certains diplomates allemands de haut rang – Wilhelm Grewe, par exemple – Ruth Lambertz).

La formation de jeunes chercheurs de ces trois thèmes du domaine civilisation (s) et histoire allemandes est complétée par l’intégration de Paris IV à un programme de formation-recherche qui regroupe, dans le cadre du Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne les universités de Lyon II et de Toulouse II, ainsi que l’ENS Lyon. Conçus autour des problèmes de sortie de guerre et de construction de la paix, les travaux de ce groupe interuniversitaire se situent pleinement dans la ligne de l’axe 1 de l’UMR IRICE « Civilisations, relations, constructions en Europe aux dix-neuvième et vingtième siècles ». Les questions qui se rapportent à l’expérience de la guerre et à la (re) construction d’une société nouvelle dans un contexte pacifié se rattachent directement aux idées européennes, que ce soit à travers les idées qui se développent dans l’entre-deux-guerres, les projets européens de certains groupes de résistants allemands pendant le Troisième Reich ou l’attitude de la République fédérale face aux divers projets de construction de l’Europe après 1945. Les partenaires allemands privilégiés de ce programme sont les professeurs Bernd Wegner (Université Helmut Schmidt, Hambourg) et Rainer Hudemann (université de la Sarre, Sarrebruck).

  • 9. Frontières et circulations internes et externes au bloc de l’Est, 1955-1991

    Responsables : Sabine Dullin (CRHS) et Antoine Marès (CRHECC), membres de l’UMR IRICE. Sophie Cœuré (ENS)

Le système européen est un système de frontières et de circulation de part et d’autre des frontières. La question a été cruciale au temps du communisme et du rideau de fer.

  • ➢ Objectifs scientifiques du programme

En partant de l’expérience acquise et du réseau de recherche constitué lors du programme précédent sur les frontières du communisme (années 1920-années 1950), le nouveau projet se donne désormais comme objectif une étude des frontières et des circulations internes et externes au bloc de l’Est entre 1955 à 1991.

Il s’agira d’étudier dans une perspective comparatiste les pratiques de circulation dans les différents pays de l’Est européen, URSS comprise, en les confrontant aux représentations qui leur sont contemporaines.
Trois configurations seront plus particulièrement étudiées : circulation entre l’URSS et les pays de l’Est, circulation entre les deux blocs Est et Ouest, circulation entre les différents pays de l’Est.
L’analyse sera menée à différentes échelles : cas individuels de passage de frontière, vie quotidienne dans les villages frontaliers, activité d’un consulat, législation nationale au niveau d’une ambassade, directives communes au bloc.
L’étude portera tant sur la mobilité des personnes que sur la circulation des biens lorsque cette circulation n’est pas indépendante des contacts humains et les nourrit (courrier, colis, manuscrits, émissions de radio, objets de consommation, cadeaux).
La comparaison devrait permettre de faire émerger, par-delà l’uniformisation imposée de Moscou et les moments tournants communs à l’ensemble du bloc, la diversité des situations. Il s’agirait de mettre à jour des circulations, des frontières.
Ce projet devrait ainsi contribuer à une compréhension de la transition (subversion du système par les liens tissés dans le cadre de ces circulations) et à une historicisation des modèles de fermeture et d’ouverture des frontières en Europe.

  • ➢ Le programme s’organisera autour de trois directions :
  • Les politiques de surveillance des frontières et les contraintes imposées à la circulation des personnes dans un double contexte : contexte d’assouplissement post-stalinien et détente d’une part, contexte politique qui vise aussi à préserver les citoyens des démocraties populaires et de l’URSS de la contamination capitaliste et génère de nombreux moments de raidissement d’autre part.
    La frontière sera d’abord étudiée dans son aspect physique (évolutions, allégement et modernisation des installations de surveillance, nombre de postes-frontières). Les descriptifs physiques des frontières pourront être confrontés aux représentations idéologiques du rideau de fer de part et d’autre. Les contraintes mises à la circulation seront étudiées sous l’angle diplomatique (législation sur les visas, rôle des consulats et des ambassades, conventions et traités particuliers afin de régler les relations de voisinage et leurs applications sur le terrain, incidents frontaliers et leurs répercussions diplomatiques). Dans les archives policières, les procès pour passage illégal de la frontière pourront également constituer un observatoire pertinent afin d’évaluer le niveau de répression de la liberté de circulation.
  • Les circulations migratoires. Il s’agira de restituer à l’histoire des mobilités en Europe centrale et orientale toute son épaisseur. Histoire du départ des réfugiés et des dissidents, du parcours des demandeurs d’asile politique mais aussi histoire des migrations de travail au sein du bloc (accords entre entreprises, conventions bilatérales, présence de travailleurs frontaliers, rôle du Comecon) et en direction de l’Ouest. Les circulations migratoires autres que dissidentes apparaissent en effet comme un pan essentiel afin de mieux faire la part de la dimension idéologique dans la circulation des personnes.
  • Les circulations culturelles. Celles-ci évoluent à partir des années 1950 dans le double contexte de la diffusion de nouveaux médias qui défient les frontières et d’une contestation du « communisme réel » nourrie aussi bien des contacts internes au bloc (événements polonais, hongrois et tchèques, circulation des littératures contestataires, rôle de la radio, politiques universitaires), que des échanges Est/Ouest (relais de la dissidence, diffusion de modèles de culture et de consommation alternatifs, tourisme, apparition de la question dans les « corbeilles » de la conférence d’Helsinki).

Ce programme de recherche qui fera l’objet d’une demande de financement auprès de l’ANR au printemps 2010 devrait débuter par une journée d’étude pluridisciplinaire afin de dresser un état des lieux de la recherche sur les questions de circulation et de mobilité en Europe à l’heure des blocs. Il devrait se poursuivre par une série de missions de terrain menées parallèlement dans les différents pays de l’Est à partir de questions élaborées en commun, dont les résultats seront discutés dans les séminaires de recherche de l’UMR IRICE et tout particulièrement le séminaire animé par Anne Couderc et Sabine Dullin Circulations, frontières, identités : pratiques et représentations de l’espace, 19e-21e siècles. Des ateliers de travail par axe en 2011-2012 devraient permettre la préparation d’un colloque et d’un ouvrage collectif en 2013.

  • 10. Poursuite du programme international sur les Balkans : de Sarajevo à Sarajevo, 1908-1914 et 1914-2014

    Organisateurs et partenaires français : UMR IRICE (CNRS/Université de Paris I), Université de Paris IV, Service historique de la Défense, École française d’Athènes, INALCO.
    Responsables du projet pour l’UMR IRICE : Catherine Horel (horel.c@orange.fr), avec la collaboration de Vojislav Pavlović (voja.pavlovic@9online.fr)

Depuis longtemps, les Balkans sont au centre des questions européennes dans leurs différentes déclinaisons : la civilisation européenne, les questions nationales en Europe, le système européen, et maintenant la construction de l’Europe. Ce programme, qui prolonge le colloque de septembre 2008 sur la crise de Bosnie en 1908, débouche sur une démarche plus vaste prévue au sein de l’UMR IRICE pour les années 2008-2014, alors que les pays des Balkans – notamment le versant occidental – commencent à intégrer l’Union européenne. La question de fond concerne l’intégration globale des Balkans et la commémoration à venir du centenaire du début de la Première Guerre mondiale. Notre projet pourrait ainsi s’intituler « De Sarajevo à Sarajevo (1914-2014). De la balkanisation à l’intégration des Balkans occidentaux » en prenant comme premier axe de réflexion l’intégration de la Bosnie-Herzégovine à l’Union. En un mot, qu’ont fait l’Europe et les Européens en 2014 des leçons de Sarajevo de 1914, de cette crise balkanique qui a inauguré ce XXe siècle de fer et de violences ?

Plusieurs étapes sont envisagées, après tout d’abord le premier colloque consacré à la crise provoquée par l’annexion de la Bosnie par l’Autriche-Hongrie en 1908 et à sa répercussion dans les relations internationales autour de la question : pourquoi l’annexion de la Bosnie n’a-t-elle pas déclenché un conflit majeur ? Comment fonctionne alors le concert européen ?

La deuxième étape aura pour thématique les guerres balkaniques et se voudra à la fois une interrogation sur leur impact international et dans les sociétés concernées, à cet égard on s’interrogera également sur la mémoire qu’elles y ont laissée et le rôle de celle-ci dans les relations interétatiques (frontières). La troisième et dernière aura pour objet le déclenchement de la Première Guerre mondiale. L’évocation de l’actualité sous la forme de la problématique de l’intégration à l’Union européenne sera l’occasion de réfléchir sur la longue durée des concepts (naissance du concept de « balkanisation » par exemple) concernant la région, apparus précisément entre 1908 et 1914. Un fil conducteur des trois rencontres sera bien entendu la question des minorités, ethniques, linguistiques et confessionnelles et leur appréhension par les puissances (occupantes ou non) et par les pouvoirs locaux selon leur appartenance. On tissera ainsi un lien évident avec la situation actuelle de la région et l’on sera amené à s’interroger sur les phénomènes de permanence dans le temps long des stéréotypes nationaux. Au moment où se discute l’avenir du Kosovo, à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne (second semestre 2008) et au-delà, il nous semble plus que jamais important de faire le point sur l’implication de la France dans les Balkans.


Liste de diffusion

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Visite de l’AERES lundi 4 février 2013

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