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Le pacifisme en Allemagne et en France entre les deux guerres mondiales

Gilbert MERLIO

Dans cette contribution, je me propose de mettre en parallèle l’évolution du pacifisme en Allemagne et en France dans la période considérée. Il sera question des organisations et des forces qui sont les vecteurs de ces évolutions (sans que nous entrions par trop dans le détail). Leur sociologie retiendra notre attention. Nous signalerons aussi l’importance des médiations entre les deux pays. La question qui nous guide est la suivante : quelle peut être l’influence des pacifistes dans deux pays qui, depuis des décennies, se considéraient comme des « ennemis héréditaires » ?

« Pacifisme » : le mot fut créé en 1900 par Émile Arnaud, le président de la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté, qui voulait définir par là toute une philosophie et une doctrine d’action. Le pacifisme doit être inséré dans l’ensemble plus large de l’internationalisme. Le 16e congrès universel de la paix à Munich, en septembre 1907, le définit ainsi :

« Le pacifisme est le groupement des hommes et des femmes de toute nationalité qui recherchent les moyens de supprimer la guerre, d’établir l’ère sans violence et de résoudre par le droit les différends internationaux » [1].

Sur le plan franco-allemand, les pacifistes ont été les pionniers de la réconciliation entre les deux pays. Les pacifistes sont loin d’être toujours des antimilitaristes et des défaitistes. Ce sont généralement des patriotes qui croient que le bien de leur patrie ne peut être atteint que dans l’entente avec les autres peuples. Mais le pacifisme transcende les nations. L’idée européenne qui s’est imposée après la Seconde Guerre mondiale est, malgré les déficits de sa réalisation, le fruit d’une pensée pacifiste.

Il faut en fait distinguer plusieurs formes ou degrés de pacifisme : le pacifisme intégral ou radical qui refuse par principe toute guerre et préfère la servitude à la guerre : il prône l’objection de conscience généralisée ; le pacifisme partiel qui voit dans la guerre un moyen irrationnel et inhumain mais parfois nécessaire : il peut y avoir des guerres justes ; le pacifisme de conviction pour lequel la paix est une fin en soi ; ou le pacifisme instrumental qui voit dans la paix un moyen de circonstance pour atteindre un but politique.

Dans les expressions historiques, ces formes idéal-typiques se mêlent la plupart du temps entre elles et avec d’autres mouvements d’opinion tels que l’antimilitarisme, le neutralisme, l’anticolonialisme, le mouvement antinucléaire, etc. Le pacifisme est par ailleurs souvent un mouvement transversal transcendant les groupes sociaux, les niveaux culturels et les générations. Mais il est particulièrement représenté chez les intellectuels, les enseignants, les femmes, les jeunes. De même, il se situe généralement à gauche, dans la mouvance socialiste ou communiste et chez les libéraux de gauche.

Sur le plan chronologique, on peut distinguer trois périodes : 1. La situation est complexe dans l’immédiat après guerre jusqu’à l’occupation de la Ruhr par les Franco-Belges en 1923 (les Allemands parlent parfois, quant à eux, de Ruhrkampf, « combat pour la Ruhr » !) 2. Après 1924 s’installe pour un temps « l’esprit de Locarno » où le climat dominant est au pacifisme. 3. Très rapidement, dès la fin des années vingt, on assiste au retour des égoïsmes nationaux et de la méfiance réciproque. La guerre, de nouveau, se profile à l’horizon. Après 1933, le pacifisme est banni de l’Allemagne hitlérienne et devient problématique en France.

Une difficile et progressive réorganisation
dans un contexte de « guerre froide »

L’hécatombe qu’a été la Première guerre mondiale (25% de la population française masculine entre 18 et 40 ans y a perdu la vie) pouvait faire croire aux pacifistes que la grande majorité de la population des deux côtés du Rhin se rangerait à leurs vues : la guerre est à bannir définitivement, nous venons de vivre la « der des der », « plus jamais ça ». Les choses ne sont pas si simples.
À la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, les Français sont las de la guerre, mais fiers de leur victoire et de leur armée. Les pacifistes ou « défaitistes » ne sont pas en odeur de sainteté. En 1919, le Bloc national a remporté les élections. Les pacifistes se heurtent au nationalisme toujours guerrier. Jusque fin 1923, l’immédiat après-guerre a été à bien des égards une « guerre froide » entre les deux pays. La France victorieuse exige l’application du Traité de Versailles, l’Allemagne vaincue ne s’exécute qu’avec réticence. Clemenceau, qui avait défendu le traité, rappelait qu’il n’excluait pas la vigilance : « La paix, disait-il en parodiant Clausewitz, est une guerre poursuivie par d’autres moyens » [2]. Aristide Briand, redevenu président du Conseil en 1921, avait bien tenté d’assouplir les exigences françaises. Mais il avait dû bientôt céder sa place à Poincaré, « Poincaré la guerre » comme l’appelleront bientôt, après l’invasion de la Ruhr en janvier 1923, les organisations et partis de gauche.

Malgré les oppositions auxquelles ils se heurtent, les pacifistes sont néanmoins portés en France par une tendance lourde de l’opinion publique (un trend comme disent les sociologues). Au lendemain de l’armistice un certain nombre de pièces de théâtre d’inspiration pacifiste sont représentées à Paris : Les chaînes d’Henri Bourdon, L’Animateur d’Henri Bataille, etc [3]. Il faudrait y ajouter tous les récits, romans, essais inspirés par l’expérience horrible de la guerre, ceux de Barbusse, Georges Duhamel, Maurice Genevoix, Roland Dorgelès, Victor Margueritte, etc. Le pacifisme est en France le fait d’une population qui a subi la guerre dans sa chair. Il touche donc toutes les couches de la population et toutes les générations, il est notamment vivace chez les intellectuels. Jean-François Sirinelli [4] voit deux raisons à l’attitude de ces derniers : leur mauvaise conscience d’avoir pris part à la guerre de propagande en faveur de la patrie à laquelle a participé la majorité des grands intellectuels des deux côtés du Rhin (Romain Rolland constituant ici une des rares exceptions) ; leur méfiance depuis lors à l’égard des pouvoirs contre lesquels le philosophe Alain ne cessera de lancer des philippiques (Le Citoyen contre les pouvoirs, 1926). Quant à la jeune génération, elle voit dans l’hécatombe de 14-18 le signe de la faillite de la génération précédente. Tous trouvent néanmoins juste que l’on reconnaisse les dommages infligés à la France et donc que l’Allemagne soit contrainte de payer des réparations [5].

Précisément, après l’armistice, les écrivains pacifistes peuvent faire de nouveau entendre leur voix. Il s’agit de faire le bilan d’une guerre mondiale horriblement destructrice et de préparer la paix. Après la « guerre des esprits » qui avait opposé un grand nombre d’entre eux pendant le conflit, il convient de renouer les contacts et de promouvoir une « internationale des esprits » qui sera le ferment de l’entente entre les peuples. Romain Rolland est le pionnier de cette idée dont il peut espérer enfin la réalisation. Car son appel est maintenant entendu par de nombreux intellectuels de France et d’ailleurs. Il est en contact avec Henri Barbusse qui, après la publication et le succès de son livre Le Feu en 1916, apparaissait comme le chef de file des écrivains pacifistes. Barbusse a fondé au printemps 1919 le mouvement Clarté, d’orientation nettement pacifiste, qui publie la revue du même nom. Il partage l’ambition de Romain Rolland : « former l’embryon d’une Internationale de l’intelligence » [6]. L’initiative de Barbusse a rencontré un écho très favorable chez les intellectuels allemands. Heinrich Mann, qui, avec son ami Andreas Latzko, a lancé dans ce pays un « Manifeste des travailleurs intellectuels », et l’Autrichien Hugo von Hofmannsthal lui manifestent leur soutien dans des lettres publiques. Pourtant, Rolland reproche à Barbusse d’admettre dans son groupe un certain nombre de personnalités aux convictions douteuses. Il décide de faire bande à part. Après en avoir discuté avec le pacifiste allemand Georg Friedrich Nicolai [7], il lance fin juin son « Appel aux Intellectuels du monde, pour une Internationale de l’Esprit » qui deviendra la « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit » [8]. Elle sera cosignée par environ un millier d’intellectuels européens dont beaucoup d’Allemands [9]. Sans doute l’attitude de Rolland est-elle celle d’un aristocrate de l’esprit. Il veut mettre l’esprit au seul service de la vérité et craint son instrumentalisation nationale ou partisane. Dans Clarté, Barbusse, passé au communisme, critiquera bientôt son refus de s’engager dans « l’action positive » [10].

Après la scission du parti socialiste (SFIO) au Congrès de Tours à Noël 1920, un grand nombre de pacifistes ont en effet rejoint le parti communiste qui en émanait. Le parti socialiste traîne comme une mauvaise conscience son adhésion à « l’Union sacrée ». La révolution bolchevique et la création en mars 1919 de la IIIe Internationale suscitent en revanche beaucoup d’espoirs. On allait enfin en finir avec le capitalisme fauteur de guerres. Le poète Georges Pioch chantait avec lyrisme le communisme dans lequel il apercevait « la forme organisée et supérieure de l’amour » [11]. Beaucoup de journalistes ou d’intellectuels sont séduits : Loriot, Amédée Dunois, Pierre Monatte, Henri Fabre, Albert Mathiez, Paul Langevin, Henri Jeanson, etc. Cependant, le pacifisme intégral de nombreux ralliés au communisme est peu compatible avec les visées révolutionnaires du nouveau parti. Pour Lénine, le pacifisme n’est pas un but, mais le moyen d’affaiblir les régimes capitalistes. Une des 21 conditions auxquelles était soumise l’adhésion à la IIIe Internationale condamnait à la fois le social-patriotisme [des socialistes ayant suivi Jaurès] et le « social-pacifisme hypocrite et faux ». La bolchevisation du parti français passera donc par l’élimination des pacifistes intégraux. De fait, la plupart d’entre eux, et notamment les militants du syndicalisme révolutionnaire, les premiers à avoir refusé l’Union sacrée, seront peu à peu exclus du parti.

La SFIO continue à se réclamer de la doctrine de Jaurès que Léon Blum rappelle au Congrès de Tours : « Il y a des circonstances où, même en régime capitaliste, le devoir de défense nationale existe pour les socialistes » [12]. Beaucoup de pacifistes qui n’acceptent pas les oukases de Moscou le rejoignent. La SFIO critique la sévérité du traité de Versailles (sans toutefois remettre en cause l’article 231) et refuse de voter sa ratification. Elle condamne Briand (alors encore partisan d’une politique de sécurité par la force) lorsqu’il fait occuper trois villes rhénanes au printemps 1921, mais le soutient quand il se déclare, un peu plus tard, prêt à des concessions sur la question des réparations. Bref, contrairement au Bloc national, elle poursuit une politique d’entente et de concessions mutuelles avec l’Allemagne, qui lui paraît être la meilleure garantie pour le maintien de la paix. Elle place son espoir dans un système de sécurité collective sous l’égide de la toute nouvelle SDN.

Quant aux pacifistes intégraux qui n’ont rejoint ni le PC ni la SFIO, ils se situent essentiellement dans la mouvance anarchiste autour de personnalités telles que Sébastien Faure et Louis Lecoin. Malgré les poursuites auxquelles ils s’exposent, ils combattent la politique militariste du Bloc national, plaident pour la démobilisation, prennent parti pour les insoumis et les déserteurs. Ils vont bientôt concentrer leurs efforts sur la lutte pour l’objection de conscience et pour le désarmement unilatéral. Leur audience reste limitée.

Sur le plan franco-allemand, la guerre a creusé un fossé entre des organisations pacifistes ayant eu des relations suivies avant 1914. La reconnaissance de la responsabilité de l’Allemagne dans le déclenchement et la conduite de la guerre par les pacifistes allemands est aux yeux de la grande majorité des pacifistes français un préalable à la reprise des contacts. Ludwig Quidde, représentant en 1919 la Société allemande pour la paix (Deutsche Friedensgesellschaft, DFG) à une réunion du Bureau international pour la paix, est accueilli fraîchement par ses « amis » français Gaston Moch et Théodore Ruyssen. De même n’y aura-t-il que trois participants français aux conférences de Vienne (1922) et de Copenhague (1923). Cependant, les plus radicaux des pacifistes français pressentent les dangers que recèlent pour l’avenir le Traité de Versailles et notamment l’article 231 affirmant la responsabilité exclusive de l’Allemagne dans le déclenchement de la guerre. Les dures conditions imposées aux Allemands, qui, pour certaines, bafouent ouvertement les « quatorze points » du Président américain Thomas Woodrow Wilson, sapent leur confiance dans les démocraties occidentales alors que la toute jeune et fragile démocratie allemande aurait besoin de la solidarité internationale. La prise de conscience du regain du nationalisme et du militarisme allemands conduit les pacifistes français à relancer les contacts avec ceux qui ont reconnu la responsabilité allemande et plus généralement avec tous les pacifistes démocrates ou « Républicains de raison » tels que Friedrich Wilhelm Foerster, Hellmut von Gerlach ou Harry Graf Kessler. Les pionniers de cette reprise des relations sont des personnalités comme Marc Sangnier, fondateur du Sillon, ou d’Estournelles de Constant. L’organisation pacifiste internationale, la Dotation Carnegie pour la paix internationale, soutient ces efforts de rapprochement. Mais il faudra trois ans pour que des relations directes et suivies s’instaurent de nouveau réellement entre les organisations pacifistes des deux pays. En décembre 1921, Kessler est invité par Marc Sangnier à Paris au Congrès de l’Internationale démocratique. Peu à peu la confiance se rétablit.

Le pacifisme allemand est, quant à lui, partagé entre la même lassitude et le même espoir. Fin 1918, alors même que les organisations traditionnelles (Société allemande pour la paix – Deutsche Friedensgesellschaft – créée en 1892, Ligue nouvelle patrie – Bund Neues Vaterland – fondée en 1914 par réaction à l’attitude trop modérée de la précédente) se manifestent de nouveau, de nombreuses associations pacifistes se créent ici et là. Le pacifisme va-t-il devenir en Allemagne un phénomène de masse ? Un mouvement « Jamais-plus-la-guerre » parvient de 1920 à 1924 à rassembler environ 30 000 membres et à organiser le 1er août, date anniversaire du début de la guerre, des manifestations importantes (jusqu’à 500 000 personnes en 1921 !). Mais ce mouvement s’essouffle rapidement et disparaît complètement au moment de l’invasion de la Ruhr (nous y reviendrons). Dans l’ensemble, le pacifisme reste marginal dans ce pays. Le Diktat de Versailles dont les stipulations sont connues au printemps 1919 crée un sentiment d’injustice et de rancœur. Les forces de gauche qui auraient pu transcrire dans la réalité les objectifs pacifistes, les syndicalistes, les socialistes majoritaires ou « indépendants », les libéraux de gauche, ne peuvent s’installer durablement au pouvoir. La « coalition de Weimar » (social-démocratie, centre catholique, parti libéral démocrate) en est chassée dès les élections au Reichstag de l’été 1920. Dans l’opinion publique, le pacifisme est généralement assimilé au défaitisme et aux « criminels de novembre » qui ont permis l’instauration de la République et à qui l’on reproche maintenant d’avoir planté « un coup de poignard dans le dos » de l’armée. Les pacifistes sont diffamés, souvent défavorisés dans leur carrière, notamment dans l’université (il faut dire qu’ils sont parfois en même temps juifs comme les mathématiciens Albert Einstein à Berlin et Emil Julius Gumbel à Heidelberg ou le philosophe Theodor Lessing à Hanovre). Dans l’atmosphère qui a suivi la défaite et surtout la publication des stipulations du Diktat, certains pacifistes comme Alfred H. Fried, Walter Schüking, Hans Wehberg, Ludwig Quidde, qui, pendant la guerre, n’ont fait preuve que de réserve à l’endroit de la politique du Reich, trouvent injuste le sort réservé à l’Allemagne. Pour eux le déclenchement de la guerre est dû à la structure du système mondial en général. Il ne peut donc être question que de responsabilité partagée, et non de responsabilité exclusive de l’Allemagne.

Du fait de la création de nouvelles associations [13], le paysage pacifiste allemand perd en homogénéité. Certes, la Société allemande pour la paix continue à être la formation la plus puissante. En 1926, elle compte 30 000 adhérents répartis en 300 filiales. La moitié de ses membres adhère à la social-démocratie, un quart vient du libéralisme démocratique, un vingtième du Centre catholique. Ici comme en France – mais sans doute moins qu’en France – l’action pacifiste s’efforce de trouver des relais dans les partis politiques. Mais la DFG est aussi traversée par des conflits générationnels. L’ancienne génération représentée par Ludwig Quidde y est contestée par la génération montante représentée entre autres par Fritz Küster. Un pacifisme modéré, d’inspiration libérale, celui de Quidde, s’y oppose à un pacifisme radical représenté notamment par Kurt Hiller qui, bien que non marxiste, créera en 1926 le Groupe des pacifistes révolutionnaires. Au congrès de 1920, la proposition de Kurt Hiller de déclarer la Reichswehr hors la loi, soumet la Société à des tensions dangereuses pour son existence même. Carl von Ossietzki, rédacteur en chef de la Weltbühne, pacifiste lui-même, se moquera de la capacité des pacifistes à se faire la guerre entre eux ! Le Cartel allemand pour la paix (Deutsche Friedenskartell), créé fin 1921 pour mettre fin à la parcellisation du mouvement, comptera en 1928, juste avant sa dissolution, 27 associations comprenant en tout 100 000 membres, ce qui n’était pas grand chose comparé aux organisations de masse des partis politiques de droite comme de gauche [14].

Dès le congrès pacifiste de Braunschweig à l’automne 1920 les principales organisations pacifistes se mettent cependant d’accord sur un programme. La DFG, organisatrice du congrès, la Ligue allemande pour la Société des nations (Deutsche Liga für Völkerbund), l’Association pour l’entente internationale (Verband für internationale Verständigung), la Ligue pour la paix des anciens combattants (Friedensbund der Kriegsteilnehmer) et la Ligue nouvelle patrie (Bund Neues Vaterland) signent une déclaration commune fixant leurs objectifs : 1. Droit pour l’Allemagne à intégrer une SDN transformée en une communauté de travail et de paix, ce qui implique un désarmement général afin d’éviter qu’elle ne devienne un instrument aux mains des vainqueurs. 2. Révision du traité de Versailles uniquement par le biais d’une entente pacifique et non d’une guerre de revanche. Des pacifistes plus radicaux comme Friedrich Wilhelm Foerster estiment cependant que la paix ne sera vraiment possible que si l’Allemagne fait son mea culpa et examine d’un œil critique sa tradition militaro-prussienne.

Le mouvement pacifiste est sensible aux menaces auxquelles est exposée la République, notamment de la part de la droite nationaliste. En effet, alors que dans les rangs des anciens combattants français se répand un pacifisme raisonné, la figure du soldat du front, mythifié par l’extrême droite allemande et restant la référence idéologique dans les organisations plus ou moins secrètes des corps francs ou de la « Reichswehr noire », devient le symbole d’une Allemagne qui veut recouvrer sa puissance nationale, croit avoir été trahie par la « révolution de novembre » de 1918 et a pour objectif la revanche sur la France. Alors que la littérature d’inspiration pacifiste trouve son public en France dans l’immédiat après-guerre, il faut attendre 1928 pour voir en Allemagne deux œuvres pacifistes, à savoir À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque et Guerre de Ludwig Renn (auxquelles il faudrait ajouter Le sort du Sergent Grischa d’Arnold Zweig), connaître un succès important. L’immédiat après-guerre avait vu au contraire paraître les récits nationalistes et « guerriers » d’Ernst Jünger ou de Franz Schauwecker. Le militarisme et la politique de puissance de la tradition prusso-allemande ont survécu à la Première Guerre mondiale. Von Seeckt, le chef de la Reichswehr réduite à 100 000 hommes par Versailles, trouvait « idiot » le slogan « Plus jamais ça ! ». L’idéologie conservatrice et nationaliste restera dominante sous la République de Weimar. La « culture de Weimar » avec ses brillantes avant-gardes et son progressisme, reste un phénomène élitaire et minoritaire.

Certes, l’Allemagne a eu aussi pendant la République de Weimar ses écrivains et intellectuels pacifistes ou proches du pacifisme. Citons, en dehors des trois auteurs déjà mentionnés plus haut [15], des écrivains appartenant à la gauche non communiste comme Ernst Toller, l’anarchiste Erich Mühsam, Carl von Ossietzky et Kurt Tucholsky (tous deux collaborant à la Weltbühne), Heinrich Mann ; d’autres qui n’appartiennent à aucun courant politique et avec lesquels Romain Rolland entretiendra des relations suivies, Stefan Zweig et Hermann Hesse [16] ; enfin des personnalités comme la franco-allemande Annette Kolb, qui écrira une biographie de Briand (1929), ou l’Alsacien René Schickele qui veut surmonter l’antagonisme des cultures française et allemande. Schickele et Stefan Zweig s’occuperont pendant un temps de la section allemande du mouvement « Clarté » avant de s’en séparer –suivis par beaucoup d’autres Allemands – quand ils s’apercevront que Barbusse en fait un instrument du communisme. Mais le pacifisme de ces auteurs s’accompagne la plupart du temps de la critique acerbe de la mentalité et des structures militaro-prussiennes qui caractérisent encore après 1918 la société allemande. Si bien qu’ils en viennent à être par trop sévères à l’égard d’une République à laquelle ils resteront en quelque sorte étrangers. Par ailleurs des peintres, expressionnistes ou « véristes », comme Otto Dix, Georg Grosz ou Käthe Kollwitz dépeignent les horreurs ou les victimes de la guerre. Mais Otto Dix, qui avait fait la guerre, disait de lui-même qu’il n’était pas pacifiste. En tout cas, dans les sciences, les lettres et les arts allemands, jamais le pacifisme n’a eu la place qu’il a occupée chez les intellectuels français. L’Allemagne n’a pas eu son Romain Rolland. Même si les partis politiques de la « Coalition de Weimar » se montrent ouverts aux idées du mouvement pacifiste, celui-ci reste dans l’ensemble confiné au rôle d’opposition extraparlementaire. Son rêve de devenir partie intégrante de la culture politique de la jeune République est mort-né. Une hypothèque pesait sur lui, comme sur les relations entre la France et l’Allemagne : le Traité de Versailles, dont la révision ou l’assouplissement ont été sans doute la préoccupation principale sinon obsessionnelle des gouvernements allemands de l’époque. Et cela même au temps où la réconciliation franco-allemande a pu sembler acquise.

De nouveaux espoirs, annonciateurs de nouvelles désillusions

Des deux côtés du Rhin, les pacifistes ont été les pionniers du rapprochement franco-allemand qui aboutira à la signature en 1925 des traités de Locarno dont les principaux artisans ont été Aristide Briand et Gustav Stresemann.
En janvier 1922, des pacifistes allemands de la Ligue nouvelle patrie, Hellmut Gerlach, Georg Friedrich Nicolaï, Heinrich Wilhelm Foerster, Otto Lehman-Rußbüldt rendent une visite officielle à la Ligue des droits de l’homme française. 1922 est une date charnière. La Ligue nouvelle patrie prend le nom de Ligue allemande des droits de l’homme. Dorénavant, les Ligues des droits de l’homme jouent un rôle moteur dans le rapprochement franco-allemand. Elles publient un manifeste commun « Aux démocraties allemande et française », qui prône la normalisation des relations entre les deux pays. L’Allemagne doit reconnaître ses obligations non seulement juridiques mais aussi morales, elle doit accepter son désarmement, mais un désarmement parallèle est exigé de la France dont on attend qu’elle donne l’exemple au monde entier ; une commission non partisane doit examiner de façon objective les responsabilités de la guerre ; l’Allemagne doit être admise dans la Société des nations. Les pacifistes des deux pays exercent ainsi une fonction critique à l’égard de la politique officielle de leur pays réciproque : les Allemands plaident pour une politique d’exécution du traité, les Français pour une politique d’entente et de compréhension qui s’éloigne de la politique stricte de Poincaré.

En juin de la même année, une délégation de la Ligue des droits de l’homme française conduite par Victor Basch est reçue en visite officielle par ses homologues allemands. La rencontre a lieu au Reichstag ; elle est inaugurée par le Président Paul Löbe qui salue les participants et souligne l’importance de leur rôle. Les pacifistes français expriment de nouveau leurs objectifs : « Renforcer l’autorité des gouvernements de bonne volonté par d’équitables concessions ; travailler au désarmement et à l’affermissement de la Société des nations » [17]. Pourtant le climat général n’est pas encore à la détente : la ligue allemande se verra parfois reprocher un engagement trop francophile à l’intérieur même de la mouvance pacifiste allemande. Les conférenciers ou orateurs français voient souvent leurs interventions troublées par des nationalistes allemands [18].

Le lancement de la revue Europe en février 1923 sous le signe de l’« Indépendance de l’esprit » et du refus du communisme et sous l’égide de Romain Rolland illustre aussi ce travail de pionnier des pacifistes. Ce groupe d’écrivains et d’intellectuels qui forment, selon Nicole Racine, un « foyer d’idées et d’action pacifistes » [19], va s’interroger sur la reconstruction de l’Europe, le dépassement des frontières et la réconciliation franco-allemande. Romain Rolland donne à la revue, en trois livraisons, son Mahâtmâ Gandhi (mars, avril, mai 1923). Heinrich Mann, signataire de la Déclaration d’Indépendance de l’Esprit, collaborera à la revue jusqu’à la fin des années trente. L’arrivée de Jean Guéhenno à la tête de la rédaction en 1929 coïncidera avec la fin du locarnisme. Europe sera la première revue française à attirer l’attention sur les dangers de la politique allemande avant même l’arrivée de Hitler au pouvoir. Guéhenno prendra bientôt ses distances avec Romain Rolland devenu compagnon de route du communisme et qui, en 1936, rompt avec les pacifistes. À l’instigation de Romain Rolland, la revue Europe elle-même passera au printemps 1936 dans la mouvance communiste.

Mais nous anticipons. Pour l’instant, un épisode douloureux risque d’approfondir le fossé : l’occupation de la Ruhr en janvier 1923 [20]. Dès 1922, la Ligue des droits de l’homme française avait mis en garde contre toute nouvelle occupation, contraire à l’esprit de Versailles et qui ne ferait que discréditer la France à l’étranger. Des deux côtés, le droit aux réparations et à la sécurité de la France est reconnu, peut-être dans un esprit différent. Pour les pacifistes français, la sécurité est une condition de la réconciliation, pour les Allemands elle en est la conséquence (et elle implique la révision du traité de Versailles). Mais, en tout état de cause, le recours à la violence, est critiqué. Victor Basch affirme en avril 1923 : « Dans la Ruhr, nous nous sommes conduits comme des Allemands, non, pas comme des Allemands – comme des Boches » [21]. En juin, Romain Rolland essaie de combattre le climat de haine qui se répand en France en plaidant la cause des Allemands dans un article « Sur l’occupation de la Ruhr ». Il y dénonce la politique entêtée de Poincaré. En novembre, il lancera un « Appel aux Français pour venir en aide aux malheureux d’Allemagne ». En août, au moment où la résistance passive est à son apogée, l’Internationale démocratique de Marc Sangnier organise un congrès à Fribourg-en-Brisgau dont les participants français et allemands protestent contre la politique du Bloc national. Les pacifistes allemands critiquent vivement le militarisme français [22]. Au début, Ludwig Quidde et la direction de la DFG soutiennent même la politique de résistance passive du gouvernement allemand. Mais le point de vue de Friedrich Wilhelm Foerster et Fritz Küster, qui, partageant les idéaux de 1789, se refusent à confondre militarisme allemand et militarisme français, finit par l’emporter. Les pacifistes allemands condamnent donc le refus de négocier du gouvernement allemand et la résistance passive, qui dégénère parfois en sabotages et en violences. Il s’agit, dit-on des deux côtés, de faire triompher les forces morales sur la politique de puissance et de parvenir à une solution négociée, notamment au sein de la SDN. Il faut jouer la carte de l’arbitrage international. Il faut que, dans cette affaire, il n’y ait ni vainqueurs ni vaincus. Ces prises de position provoqueront d’ailleurs en Allemagne le départ de la DFG d’un assez grand nombre de militants issus de la bourgeoisie.

L’épisode tragique de l’occupation de la Ruhr renforce la volonté commune des pacifistes de soutenir l’entrée de l’Allemagne dans la SDN. En octobre 1924, un « Protocole de Genève » prévoit des sanctions contre les fauteurs de guerre, ce qui implique que la SDN puisse recourir à la force armée pour faire respecter la règle (ce que des radicaux comme Kurt Hiller n’admettent pas). C’est un échec, notamment à cause de l’indifférence anglaise. Mais les contacts entre pacifistes des deux bords continuent. Et même, la volonté d’entente des pacifistes sort renforcée de ces épreuves. Les rencontres vont se multiplier. Sophie Lorrain peut affirmer que l’année 1924 représente l’apogée des relations entre pacifistes allemands et pacifistes français [23].

Après la fin de l’occupation de la Ruhr, on assiste à une reconfiguration politique générale marquée au coin du pragmatisme et qui va, en fin de compte, dans le sens des revendications pacifistes. En France, le Cartel des gauches remporte les élections législatives de 1924 au détriment du Bloc national. L’Allemagne entre dans une période de stabilisation politique, économique et sociale. En France, un « Appel aux consciences » est lancé en juillet 1925 par Victor Margueritte qui est signé par plus de cent personnalités dont Romain Rolland. Il réclame la révision du traité de Versailles et plaide pour la réconciliation franco-allemande. Les traités de Locarno signés en octobre sont accueillis avec enthousiasme par l’opinion française, avec plus d’indifférence par l’opinion allemande. En France, Aristide Briand passe pour le « pèlerin de la paix ». Certes, Locarno ne règle pas la question du désarmement général. Les forces pacifistes qui plaçaient leurs espoirs dans la recherche d’une paix acquise par l’entente entre les peuples, le désarmement, l’arbitrage international grâce à la SDN se sentent néanmoins plus proches du but. Un certain ordre européen semble instauré. La réconciliation franco-allemande semble acquise et l’Allemagne devient en 1926 membre de la SDN avec l’appui de la France. En 1926 aussi est créée la Ligue internationale des combattants de la paix. D’autres organisations du même type se créent ou sont relancées. L’action pacifiste s’internationalise de plus en plus.

En 1926, Briand et Stresemann reçoivent le prix Nobel de la paix ; l’année suivante, c’est le tour des pacifistes allemand et français, Ludwig Quidde et Ferdinand Buisson. C’est Giraudoux avec sa pièce de théâtre Siegfried (1928), dont le personnage principal incarne la fusion souhaitée entre les deux peuples et les deux cultures, qui reflète le mieux le climat intellectuel de cette époque. Les échanges culturels et intellectuels entre les deux pays, surtout entre les deux jeunesses, s’intensifient.

L’influence du pacifisme est également sensible dans les idées européennes qui se développent alors, notamment dans le mouvement paneuropéen du comte Coudenhove-Kalergi [24] (envers lequel Rolland reste réticent, car le citoyen du monde qu’il est y voit le danger d’un « nationalisme » européen) et dans la politique qui aboutira en 1928 au Pacte Briand-Kellog. Ce pacte signé par quarante-quatre nations vise à empêcher le recours à la guerre comme instrument de politique extérieure et lie cette « mise hors la loi » de la guerre au projet d’un désarmement général radical. Les pacifistes allemands se mobiliseront pour que les stipulations du Pacte, signé par le Reich, soient inscrites dans la constitution de Weimar. Mais il est impossible d’obtenir au Reichstag la majorité requise pour cette modification constitutionnelle.
Les années 1926-1930, qui semblent marquer le triomphe de la pensée et de l’action pacifistes, sont en fait des années d’illusion. À telle enseigne qu’il est licite de se poser des questions. Le « pacifisme » de Stresemann et de la politique allemande en général n’aurait-il été qu’instrumental, c’est-à-dire envisagé comme un moyen de rétablir l’Allemagne dans ses droits et sa puissance sur le plan international ? Inversement, la victoire de Briand et des pacifistes français n’a-t-elle pas constitué une victoire à la Pyrrhus ? [25] En France, le gouvernement continue à consacrer des moyens considérables à la défense « comme s’il ne croyait pas lui-même à la politique de Briand » [26]. Il maintient 500 000 hommes sous les drapeaux. En 1927, une vive campagne est lancée par les pacifistes contre la loi du socialiste Paul-Boncour qui prévoit « l’organisation de la Nation pour le temps de guerre ». Une pétition contre « l’enrôlement forcé des esprits » est signée par plus de trois cents intellectuels dont Romain Rolland, Duhamel, Gide, Jules Romain, etc. L’année suivante, les élèves de l’ENS, pratiquement tous pacifistes, protestent contre l’obligation qui leur était faite de suivre des cours de préparation militaire. Raymond Aron, Jean Guéhenno, Vladimir Jankélévitch, Paul Nizan, etc. signent cette pétition. C’est là que l’on voit à quel point le pacifisme était devenu une « passion française » [27]. Mais bientôt seront prises les premières mesures nécessaires à la construction de la ligne Maginot, qui commence en 1930.

En Allemagne, l’occupation de la Ruhr, l’échec du « Protocole de Genève », ont montré que la Société des nations n’était pas une garantie suffisante pour éviter les conflits. Les pacifistes s’engagent en 1925 dans la campagne électorale pour empêcher l’élection du maréchal Hindenburg à la présidence du Reich (le nom est resté malgré l’instauration de la République). L’élection de Hindenburg marque un glissement vers la droite de la République de Weimar. En 1926, ils participent à la campagne pour l’expropriation sans indemnisation des princes allemands. Le plébiscite d’initiative populaire organisé sur ce sujet n’obtient pas la majorité. En 1928, ils s’associent aux partis de gauche pour susciter un autre référendum d’initiative populaire visant à empêcher la construction, conforme au traité de Versailles, d’un croiseur par la marine allemande. C’est de nouveau un échec. Même à cette époque de stabilisation et de prospérité relatives de la République, la prévention à l’égard des pacifistes demeure. Le Meyers Lexikon de 1928 (un peu notre Larousse) affirme que, « soutenus par les partis de gauche, les pacifistes allemands ont, conformément à leur nature, essayé d’affaiblir la volonté de faire la guerre et de vaincre » [28]. La transcription politique des objectifs pacifistes s’est avérée difficile. La guerre ne pourra donc être évitée, pense-t-on maintenant, que si les peuples la refusent à la base massivement et s’il est procédé à un désarmement général. Le pacifisme se radicalise. En est-il plus efficace ?

Dès la fin des années vingt, les égoïsmes nationaux reprennent vigueur. L’utopie pacifiste a fait long feu. Les pacifistes allemands et français tentent vainement de s’opposer au réarmement qui s’esquisse dans les deux pays. Pour avoir dénoncé le réarmement illégal et secret de l’Allemagne mené de longue date avec la collaboration de l’Armée rouge, Carl von Ossietzky est condamné en 1931 à dix-huit mois de prison pour trahison. Le vent a tourné.

L’aspiration à la paix entre aveuglement et défaitisme

1930 est de fait un « tournant », selon la formule de D. Halévy. À partir de cette date, le pacifisme français change de nature. François-Georges Dreyfus résume ainsi ses inflexions et son extension :
« C’est un mouvement infiniment plus général, s’il est fondamentalement de gauche, il est aussi antifasciste et touche plus encore qu’avant 1914 nombre d’intellectuels attirés par le Mouvement Amsterdam-Pleyel, il atteint aussi et fortement, les milieux de droite traditionnellement nationalistes et militaristes. Il y a naturellement les pacifismes de gauche, le socialiste qui est dans une large part un “pacifisme intégral”, le communiste qui s’approprie le pacifisme pour s’en servir pour préparer la révolution. Il y a aussi le pacifisme paysan, le pacifisme intellectuel traditionnel et, à partir du Front populaire et de la guerre d’Espagne, un pacifisme de droite qui se conjugueront tout au long du second semestre 1938, lors de la capitulation de Munich » [29].

Lorsque Briand, épuisé, quitte le ministère des Affaires étrangères en 1932, son œuvre de paix est déjà largement compromise. La Société des nations a montré son impuissance à plusieurs occasions, et notamment lors des négociations sur le désarmement à Genève en 1932. En Allemagne, le danger national-socialiste se précise. C’est pourquoi Barbusse, à l’initiative du Komintern (relayé par Willi Münzenberg), songe à organiser un congrès mondial contre la guerre. Il obtient le soutien de personnalités comme André Gide, Félicien Challaye ou Paul Langevin. Le congrès se réunit à Amsterdam en août 1932 et à la salle Pleyel de Paris en juin 1933. Dès le début, le parti communiste prend le contrôle de ce mouvement et l’assujettit aux directives du grand frère moscovite. Aussi nombre de pacifistes intégraux gardent leur distance. Quant à Rolland, il ne s’associe pas à la préparation de ce congrès. Il passe son temps à maugréer contre ce qui se trame dans son dos, tout en essayant d’y apposer sa marque. Sur son insistance, le mouvement doit faire place aux objecteurs de conscience et à la non-violence gandhiste. Le parti communiste restera antimilitariste jusqu’en mai 1935 [30]. À cette date, la signature du pacte Laval-Staline le conduit vers une politique de défense plus active. Il fera campagne pour une intervention en Espagne et sera résolument antimunichois. Les communistes quitteront le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes sur des positions « bellicistes ».

À la SFIO, la tendance majoritaire, celle de Blum, se prononce en faveur de la révision des traités, de la sécurité collective, du désarmement simultané et contrôlé. La droite du parti (Déat, Marquet, etc.) est favorable à la défense nationale, aux alliances défensives et à une SDN dotée d’une force armée. La gauche enfin, autour de Marceau Pivert, campe sur les positions du défaitisme révolutionnaire et va bientôt faire sécession. Le pacifisme est généralement si ancré dans l’esprit des socialistes qu’ils peinent à prendre en compte les changements intervenus en Europe. Ils mesurent mal le danger du national-socialisme qu’ils expliquent par les frustrations provoquées par le traité de Versailles, puis par la crise économique et sociale. L’émeute du 6 février 1934 et l’entrée des troupes allemandes en Rhénanie leur ouvrent un peu les yeux. Blum est partagé, mais peu à peu il se détache du pacifisme et se convertit à la politique du Front populaire : défense nationale et consolidation des alliances. Cependant, de nombreux socialistes parient encore, comme Paul Faure, sur les négociations directes avec l’Allemagne hitlérienne et les conférences internationales. La politique de non-intervention devant les entreprises national-socialistes ou fascistes en Rhénanie, en Éthiopie, en Espagne et lors de l’Anschluß, conduira la France directement à Munich.

En France, le phénomène intéressant du milieu des années 1930 est l’émergence d’un pacifisme de droite. Il se nourrit d’antibolchevisme (ravivé par le Front populaire et la guerre d’Espagne) et d’admiration pour le fascisme, notamment mussolinien. Ce néo-pacifisme droitier s’exprime dans le manifeste « Pour la défense de l’Occident » rédigé par Henri Massis et publié dans Le Temps du 4 octobre 1935 :

« À l’heure où l’on menace l’Italie de sanctions propres à déchaîner une guerre sans précédent, nous, intellectuels français, tenons à déclarer, devant l’opinion tout entière, que nous ne voulons ni de ces sanctions ni de cette guerre » [31].
Le chroniqueur politique de Je suis partout écrira : « La Paix est à droite, la Guerre est à gauche ». Même la droite la plus germanophobe comme l’Action française souscrit à ce pacifisme : elle est pour la sauvegarde de la paix derrière la prétendue inexpugnable ligne Maginot. L’état-major de l’Armée mise tout sur la défensive. La crainte d’une Allemagne structurellement supérieure sur les plans économique et militaire conduit une grande partie des élites françaises à vouloir préserver la paix à tout prix.

L’opinion publique française est profondément pacifiste. Dans les années 1930 les thèmes de la paix, mais aussi de la peur de la guerre, de ses horreurs, de la désertion et de la lâcheté envahissent la littérature [32] et les journaux intimes. Les intellectuels français sont, dans leur grande majorité, obsédés par la paix, ce qui les conduit à l’aveuglement. Félicien Challaye disciple de Jaurès, blessé en 1915 et converti au pacifisme intégral qu’il défend au sein de la Ligue des droits de l’homme contre Victor Basch, affirme en 1931 vouloir « plutôt l’occupation étrangère que la guerre » [33] ; et, en 1934, il intitulera un de ses écrits Pour la paix désarmée même face à Hitler. Roger Martin du Gard écrira dans une lettre à Gide le 2 octobre 1938 à propos de Munich : « La force a dû céder à la raison… C’est à la fermeté de la France et de l’Angleterre qu’a cédé Hitler » [34]. Rétrospectivement, on ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Après l’Anschluß, le philosophe Alain avait lancé un appel invitant « plus que jamais à rester soi-même » (c’est-à-dire à ne rien faire), message contresigné par André Breton, Félicien Challaye, Victor Margueritte et Léon Werth [35]. Jean Giono, anticipant sur un slogan célèbre des pacifistes ouest-allemands dans les années 1950 « Plutôt rouges que morts », avait de son côté précisé dès 1937 : « J’aime mieux être Allemand vivant que Français mort » [36]. J. Mathé, représentant du syndicat des postiers, allait bientôt proclamer : « Plutôt la servitude que la guerre, parce que de la servitude on en sort et que de la guerre on n’en revient pas » [37]. Cette mentalité pacifiste-défaitiste est particulièrement répandue chez les instituteurs. Les postiers, les syndicalistes, les instituteurs lancent avant Munich une pétition : « Nous ne voulons pas la guerre » qui recueille 150 000 signatures.

Le pacifisme est intense dans la classe paysanne, qui a payé un tribut particulièrement lourd à la guerre. Daniel Halévy cite une phrase d’un père à son fils : « On te mène à la boucherie. Je me suis laissé faire, j’y ai été. Toi n’y va pas » [38]. Un état d’esprit répandu aussi bien dans les milieux agraires traditionnels que chez les paysans communistes. Le slogan de 1936 « Paix, pain, liberté » était bien représentatif des aspirations de l’opinion française dans sa très grande majorité.

Quelques voix lucides s’élèvent cependant. Jean Prévost dénonce, en août 1939, dans la NRF le « pacifisme étroit et borné » :

« La paix à tout prix reste le plus bel idéal humain […] mais elle veut dire le sacrifice le plus complet, le malheur le plus assuré pour nous et nos enfants. Le reste n’est qu’hypocrisie […] ce qui attend la France, c’est un asservissement complet et l’obligation, au bout du compte, de combattre au profit de Hitler après avoir refusé de se défendre contre lui » [39].

Parmi ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme, les germanistes Edmond Vermeil ou Robert d’Harcourt [40] n’étaient pas les derniers. Mais ces voix ne sont guère écoutées.

L’accord de Munich de septembre 1938 a été approuvé par 57 % des Français. Il faudra attendre mars 1939 pour assister à un reflux du pacifisme. Mais ce ressaisissement ne supprime pas l’aspiration à la paix, cette ambiguïté s’exprimant au mieux dans la « drôle de guerre » qui a duré du 3 septembre 1939 au 10 mai 1940. La guerre est plus subie que souhaitée, la résignation l’emporte, le soulagement éprouvé au moment de l’armistice de juin 1940 est à cet égard significatif. L’aggravation de la situation, puis l’entrée en guerre, conduisent à la répression sévère des pacifistes intégraux qui pourraient porter atteinte au moral de l’armée. Au moment de la déclaration de guerre, l’anarchiste Louis Lecoin a pourtant encore l’idée de lancer un tract : « Paix immédiate » tiré à 100 000 exemplaires. Mais un grand nombre de personnalités sollicitées refusent de le signer.

En Allemagne, la crise économique, sociale et politique qui a marqué la fin de la République de Weimar affaiblit le pacifisme. On assiste en 1929 pratiquement à la dissolution du Cartel allemand pour la paix. Le mouvement pacifiste est miné par des rivalités personnelles sur lesquelles se greffent des différences de conception, notamment entre un pacifisme modéré et un pacifisme radical qui voudrait agir sur les masses. À la DFG, le très ancien président Ludwig Quidde doit laisser la place à Fritz Küster. Mais celui-ci est également critiqué à l’intérieur de son organisation. En novembre 1930, ses adversaires fondent La ligue allemande pour la paix (Deutscher Friedensbund). Les divisions et recompositions ne s’arrêteront pas là. À cette époque de montée des extrêmes et de droitisation des partis libéraux et catholique, se pose la question des relations avec les partis traditionnels mais aussi avec les organisations de masse de la gauche, notamment communiste, qui essaient, dans la rue, de faire pièce aux bandes nazies. Mais on peut dire que plus le pacifisme se radicalise et envisage comme seule action possible l’objection de conscience généralisée, plus il perd en efficacité politique.

Avec l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, le pacifisme allemand est contraint au silence ou à l’exil. Dans son livre Mein Kampf, Hitler a exprimé en toute clarté ce qu’il pense du pacifisme et des pacifistes à l’aide d’arguments sociaux-darwinistes. Les pacifistes fuient l’Allemagne dès 1932 : E.J. Gumbel, Kurt Tucholsky, Heinrich Ströbel, etc. D’autres suivront en 1933 : Quidde, Gerlach (qui a succédé à Carl Ossietzky à la tête de Die Weltbühne), etc. Décidé à rester, Carl von Ossietzky est arrêté, jeté en camp de concentration, il recevra le prix Nobel de la paix en 1935, il ne pourra pas se rendre à Oslo pour le recevoir et mourra des suites de son internement.

Pour les exilés, la solidarité internationale n’est guère au rendez-vous. Installé à Genève, Quidde fonde le Comité de secours aux pacifistes. En exil, les possibilités d’action sont réduites, également freinées par la peur des persécutions de parents restés au pays. La Gestapo parvient à enlever certains pacifistes réfugiés à l’étranger. Grâce à son renom, Hellmut Gerlach réussit à maintenir les activités de la Ligue allemande pour les droits de l’homme à Paris. C’est grâce à l’action de ces pacifistes allemands en exil qu’Ossietzky obtiendra le prix Nobel de la paix. Au début de la guerre, les réfugiés pacifistes feront la plupart du temps, comme beaucoup d’émigrés allemands, notamment juifs, l’expérience des camps d’internement français, Le Vernet, Les Milles, Gurs, St Cyprien et autres. Certains restent en France dans la clandestinité, d’autres s’enfuient par l’Espagne, d’autres s’engagent dans la résistance tels que Paulus Lens ou Ernst Friedrich.
Victor Basch, l’intrépide soutien de l’exil allemand et de « l’autre Allemagne » tombe avec sa femme Ilona au début de 1943 près de Lyon sous les balles de la milice de Vichy.

La guerre marque l’échec incontestable du pacifisme sous toutes ses formes. Faut-il aller plus loin et soutenir, comme l’a fait Heiner Geißler (au Bundestag, en 1983, lors d’un débat sur l’implantation de missiles américains en Allemagne de l’Ouest), que le pacifisme a conduit à Auschwitz ? [41] L’explication est un peu courte, mais il est vrai que la politique d’appeasement et la volonté d’éviter à tout prix la guerre ont favorisé l’essor et le triomphe provisoire mais ô combien catastrophique de Hitler.
Sophie Lorrain note que c’est le traité de l’Élysée de 1963 qui marque la véritable réalisation des objectifs pacifistes, au moins en ce qui concerne la réconciliation entre la France et l’Allemagne [42]. Les chefs d’État français et allemand se disent
« convaincus que la réconciliation des peuples allemand et français, mettant fin à une rivalité séculaire, constitue un événement historique qui transforme profondément les relations entre les deux peuples […]. Conscients de la solidarité qui unit les deux peuples tant au point de vue de leur sécurité que du point de vue de leur développement économique et culturel… [ils] reconnaissent qu’un renforcement de la coopération entre les deux pays constitue une étape indispensable sur la voie de l’Europe unie, qui est le but des deux peuples ».
Mais on voit que sur le plan international, nous ne sommes pas encore au bout du chemin.

[1] Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands, pionniers de l’entente franco-allemande 1871-1925, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 15.

[2] Cité par Jean Defrasne, Le pacifisme en France, Paris, PUF, 1994, p. 155.

[3] François-Georges Dreyfus, « Le pacifisme en France », dans Maurice Vaïsse, Le pacifisme en Europe des années 1920 aux années 1950, Bruxelles, Bruylant, 1993, p.137-144, ici p. 138.

[4] Jean-François Sirinelli, « La France de l’entre-deux-guerres : un trend pacifiste », dans Maurice Vaïsse, op. cit., p. 43-50.

[5] Le Foyer cité par S. Lorrain, Des pacifistes français et allemands…, op. cit., p. 180 : « Le Traité de Versailles n’est pas un traité de paix, mais un traité de guerre. Cependant, il faut que l’Allemagne comprenne que pour les Français l’une des revendications est sacrée, celle de reconstruire ce qui a été détruit ».

[6] Cité par Michael Klepsch, Romain Rolland im Ersten Weltkrieg. Ein Intellektueller auf verlorenem Posten, Stuttgart - Berlin - Köln, Kohlhammer, 2000, p. 263.

[7] Le professeur de médecine Georg Friedrich Nicolai avait lancé en 1914 un « Appel aux Européens » signé également par Albert Einstein et Wilhelm Foerster. Cet appel s’opposait alors à l’« Appel des 93 » professeurs allemands approuvant la guerre afin de sauver la Kultur allemande. En 1917, Nicolai avait publié à Zurich « La biologie de la guerre », un pamphlet où il dénonçait l’absurdité « biologique » de la guerre qui détruit les forces les plus vives des nations. En butte à l’hostilité de ses collègues et aux tracasseries des autorités, Nicolai fuit l’Allemagne en 1918 et se réfugia en Suisse. À partir de 1922, il poursuivit sa carrière en Argentine.

[8] Bernard Duchatelet, Romain Rolland tel qu’en lui-même, Paris, Albin Michel, 2002, p. 214 sq.

[9] Cf. Stephan Reinhardt, Die Schriftsteller und die Weimarer Republik. Ein Lesebuch, Berlin, Wagenbach, 1982. Stephan Reinhardt donne p. 58 une liste des signataires allemands : les pacifistes Albert Einstein, Graf Arco, Friedrich Wilhelm Foerster, Georg Friedrich Nicolai, Ludwig Quidde, Hellmut von Gerlach, Helene Stöcker, Hans Paasche ; les écrivains Max Brod, Martin Buber, Bruno Frank, Leonhard Frank, Ivan Goll, Walter Hasenclever, Wilhelm Herzog, Hermann Hesse, Kurt Hiller, Georg Kaiser, Klabund, Annette Kolb, Heinrich Mann, Gustav Meyrink, René Schickele, Kurt Tucholsky, Fritz von Unruh, Jakob Wassermann, Franz Werfel, Stefan Zweig ; les professeurs d’université Hans Wehberg, Alfred Weber, Max Lehmann, Hans Driesch, Paul Natorp, Hans Vahinger ; les hommes politiques Harry Graf Kessler, Walther Rathenau, Hugo Preuss, Gustav Radbruch, Eduard Bernstein, Karl Kautsky ; des musiciens et des artistes comme Walter Gropius, Lyonel Feininger, Käthe Kollwitz, Julius Meier-Gräfe, etc. Liste confirmée par Michael Klepsch, Romain Rolland im Ersten Weltkrieg…, op. cit. p. 259. En Allemagne, la déclaration a été publiée dans la revue pacifiste de Wilhelm Herzog Das Forum en août 1919, puis dans le Berliner Tageblatt et le Vorwärts.

[10] Voir Bernard Duchatelet, op. cit., p. 238 sq.

[11] Cité par J. Defrasne, Le pacifisme en France…, op. cit., p. 88.

[12] Cité par J. Dufrasne, op. cit., p. 87.

[13] Cf. Karl Holl, Pazifismus in Deutschland, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1988. Holl dresse la liste de ces nouvelles organisations p. 149 sq.

[14] Voir la liste de ces associations dans Wolfgang Benz (dir.), Pazifismus in Deutschland. Dokumente zur Friedensbewegung 1890-1939, Francfort-sur-le-Main, Fischer-Taschenbuch-Verl., 1988, p. 36-37.

[15] On peut également se référer à la liste des intellectuels ayant signé la « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit », cf. note 8.

[16] Cf. Gilbert Merlio, « Die Beziehung zwischen Romain Rolland und Hermann Hesse », dans François Beilecke, Katja Marmetschke (dir.), Der Intellektuelle und der Mandarin, Kassel, Kassel University Press, 2005, p. 643-674.

[17] Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands…, op. cit., p. 197.

[18] Lors d’une manifestation de Nie wieder Krieg, le 29 juillet 1923 à Berlin, Paul Langevin est par exemple empêché de parler par des manifestants nationalistes.

[19] Nicole Racine, « La revue Europe et le pacifisme des années vingt », dans M. Vaïsse, Le pacifisme en Europe…, op. cit., p. 50-69.

[20] Voir Gilbert Merlio, « Die Wahrnehmung des Ruhrkampfes bei französischen Intellektuellen », dans Gert Krumeich, Joachim Schröder, Der Schatten des Weltkrieges. Die Ruhrbesetzung 1923, Essen, Klartext, 2004, p. 119-131.

[21] Cité par S. Lorrain, Des pacifistes français et allemands…, op. cit., p. 199-200.

[22] La « guerre du Rif », dans laquelle la France s’engage en 1925, va bientôt leur donner un motif supplémentaire d’inquiétude.

[23] Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands…, op. cit., p. 205.

[24] Voir à ce sujet Anne-Marie Saint-Gille, La « Paneurope ». Un débat d’idées dans l’entre-deux-guerres, Paris, PU Paris-Sorbonne, 2003.

[25] Cf. Gilbert Merlio, « L’esprit de Locarno », Allemagne d’aujourd’hui, nouvelle série, n° 16, octobre-décembre 2002, p. 8-23.

[26] J. Defrasne, Le pacifisme en France…, op. cit., p. 139.

[27] Yves Santamaria, Le pacifisme, une passion française, Paris, Colin, 2005.

[28] Cité par D. Harth, D. Schubert, R.M. Schmidt (dir.), Pazifismus zwischen den Weltkriegen : deutsche Schriftsteller und Künstler gegen Krieg und Militarismus 1918-1933, Heidelberg, HVA, 1985, p. 17.

[29] F.-G. Dreyfus, « Le pacifisme en France »…, op. cit., p. 139.

[30] En mars 1935, Maurice Thorez s’écrie encore à la Chambre : « Pas un sous pour le service militaire… les communistes ne croient pas au mensonge de la défense nationale » (cité par J. Defrasne, Le pacifisme en France…, op. cit., p. 143).

[31] Cité par J.-F. Sirinelli, « La France de l’entre-deux-guerres… », op. cit. p. 47.

[32] Succès de E. M. Remarque, À l’Ouest rien de nouveau (1929), Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932), Jean Giono, Le grand retour (1931), Jean Guéhenno, Le journal d’un homme de quarante ans (1934), Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu (1935), J.-P. Sartre, La Nausée (1938).

[33] Cité par F.-G. Dreyfus, « Le pacifisme en France »…, op. cit., p. 141.

[34] Ibid.

[35] Ibid.

[36] Cité par J. Defrasne, Le pacifisme en France…, op. cit., p. 149.

[37] Ibid.

[38] Cité par F.-G. Dreyfus, op. cit., p. 142.

[39] Ibid., p. 140-141.

[40] Cf. Gilbert Merlio, « Robert d’Harcourt ou l’esprit de résistance », dans Michel Espagne, Michael Werner, Les études germaniques en France (1900-1970), Paris, CNRS éditions, 1994, p. 445-462.

[41] Cité par Karl Holl, Pazifismus in Deutschland…, op. cit., p. 189.

[42] Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands…, op. cit. p. 244.


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