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Introduction

Alexandre DUPEYRIX

Ce numéro des Cahiers IRICE consacré à la question du pacifisme en Allemagne de 1890 à 1933 a pour point de départ une matinée d’études organisée au Centre Malesherbes de l’université Paris IV-Sorbonne, le 15 janvier 2010. Trois collègues étaient intervenus ce jour-là : Gilbert Merlio, professeur émérite à l’université Paris IV, historien des idées allemandes, Olivier Agard, maître de conférences à l’université Paris IV, également spécialiste d’histoire des idées allemandes et Jean-Michel Guieu, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris I. Les articles publiés dans ce numéro sont les textes, éventuellement modifiés ici ou là par leurs auteurs, de ces interventions. Le thème de la guerre et de la paix entrant parfaitement dans le programme de recherches de l’UMR IRICE, il a paru opportun d’augmenter le nombre des contributions et de proposer une publication étoffée sur ce thème. Se sont donc ajoutées des contributions inédites de Béatrice Zunino (doctorante à Paris IV en civilisation allemande), Landry Charrier (maître de conférences à Clermont-Ferrand II en civilisation allemande) et Alexandre Dupeyrix (maître de conférences à Paris IV en histoire des idées allemandes). Cette matinée d’études avait été organisée dans le cadre de la préparation à l’agrégation d’allemand : la question du « pacifisme allemand de 1890 à 1926 » était, en effet, inscrite au programme du concours en 2009-2010. Les bornes chronologiques correspondaient, d‘un côté, à l’émergence du pacifisme organisé (avec la création en 1892 de la Société allemande pour la paix – Deutsche Friedensgesellschaft) et, de l’autre, à l’entrée de l’Allemagne dans la Société des nations. Nous avons choisi, pour ce numéro, d’étendre légèrement la période d’études jusqu’à la fin de la République de Weimar et l’ascension du nazisme.

L’intérêt pour la question du pacifisme est toutefois plus profond que la seule inscription au concours de l’agrégation : depuis quelques années, en effet, divers travaux ont été menés par des chercheurs français sur la question de la paix dans l’espace germanophone et plus généralement, dans l’espace européen. Ces travaux tentent de combler un manque dans l’historiographie de langue française. Côté allemand, la recherche a été particulièrement active dès les années 1980. Pourquoi précisément à ce moment ? Au rang des raisons probables, mais difficilement vérifiables, on peut faire l’hypothèse d’un retour du refoulé, après une longue période de latence, des questions de guerre et de paix liées au passé nazi de l’Allemagne. La « querelle des historiens » qui éclate en 1986 et où s’affrontent diverses interprétations du national-socialisme témoigne du besoin de problématiser ce passé, de recontextualiser l’émergence du nazisme, de dédiaboliser le peuple allemand, de renouveler les perspectives, de faire même une part aux victimes allemandes de la guerre. L’entreprise était certes délicate, mais elle a été à l’origine, à partir des années 1990 notamment, de nouvelles problématiques de recherches et a contribué à ce que celles-ci soient abordées avec moins de gêne et de retenue : les victimes des bombardements alliés, la question des Vertriebenen (les « rapatriés » ou « déplacés de force » à la fin de la Seconde Guerre mondiale), la résistance au nazisme, le pacifisme sont alors devenus des sujets d’étude autorisés.

La concentration remarquable des travaux réalisés par les historiens allemands sur le mouvement pacifiste, spécifiquement dans les années 1980, appelle toutefois une deuxième série d’explications. C’est le contexte politique et culturel de la République fédérale qui semble, ici, décisif. Les années 1980 marquent, en effet, l’apogée du mouvement pacifiste en Allemagne : la forte résistance d’une grande partie de la population à la technologie nucléaire (civile et militaire), qui s’exprime d’ailleurs dès les années 1950, le « pacifisme de conviction », issu de l’expérience traumatique de la Seconde Guerre mondiale et commandé par la position géostratégique extrêmement sensible de l’Allemagne, écartelée entre les deux blocs, la conscience écologique fortement marquée des Allemands – concrétisée par la création d’un grand parti écologique, le parti des Verts, die Grünen, dans ces mêmes années 1980 –, se conjuguent pour déboucher dans un grand mouvement de contestation civique qui culmine lors de la crise des missiles de 1983 – où les manifestants n’hésitent pas alors à en appeler à la désobéissance civile. C’est un mouvement particulièrement prégnant dans les milieux alternatifs de gauche, mais qui touche globalement toutes les couches de la société. Ce sont ces circonstances politiques qui ont poussé plusieurs historiens à remonter aux racines de l’engagement pacifiste moderne, en l’occurrence au temps du Reich de Guillaume II (le « Reich wilhelmien »), à retracer son histoire, à décrire ses formes d’organisation et d’expression ainsi que son idéologie. Citons, entre autres, Karl Holl [1], certainement le plus grand spécialiste allemand de la question, Wolfram Wette [2], Dieter Riesenberger [3], Jost Dülffer [4] ou encore Wolfgang Benz [5], historien bien connu spécialiste du nazisme, qui a édité une anthologie de textes de pacifistes d’une très grande utilité. Ces travaux, riches et détaillés, ne sont pas traduits en français. Plusieurs des contributions rassemblées dans ce numéro en reprennent certaines analyses et les présentent aux lecteurs francophones.
Jusqu’ici, donc, les recherches menées par les historiens français sur la paix dans l’espace germanophone étaient très réduites. C’est, semble-t-il, à partir du début des années 1990 qu’une première vague de travaux a été réalisée. Sophie Lorrain [6], germaniste civilisationniste a, par exemple, consacré ses recherches de doctorat à une comparaison entre pacifistes français et pacifistes allemands au tournant du XXe siècle. C’est également dans une perspective comparatiste, non limitée au couple franco-allemand mais étendue à d’autres pays européens, qu’ont été éditées à la même époque quelques études, souvent collectives, sur le sujet [7]. Il semble que nous soyons entrés depuis peu dans une seconde phase de travaux, la plupart du temps envisagés dans un cadre européen. L’histoire de l’Europe est, en effet, en train de s’écrire, et avec elle les questions de guerre et de paix qui ont jalonné son déroulement. Des germanistes et historiens se sont donc récemment saisi de ces questions et ont proposé de nouvelles analyses et interprétations : citons par exemple les travaux réalisés sous l’impulsion d’Anne-Marie Saint-Gille à l’Université Lyon II – Lumières, en coopération avec le CIERA (Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne) [8] et qui ont donné lieu, ces toutes dernières années, à différents séminaires, colloques et publications [9]. Citons, également, les travaux de Jean-Michel Guieu et Landry Charrier, contributeurs de ce numéro, spécialistes de l’histoire de la construction européenne, du pacifisme juridique et des médiations culturelles dans l’Europe de l’entre-deux-guerres [10].

Quelques mots sur le contenu même de ce numéro des Cahiers IRICE. Les deux premières contributions proposent une vue d’ensemble du mouvement pacifiste en Allemagne, de ses origines, sous le Reich de Guillaume II, à l’arrivée de Hitler au pouvoir. A. Dupeyrix décrit les premières années du pacifisme organisé et met l’accent sur la délicate position des pacifistes dans une société wilhelmienne gagnée par l’idéologie militariste (« Les pacifistes dans le Reich wilhelmien (1890-1918) : ennemis de l’État ou patriotes ? »). G. Merlio brosse le tableau du pacifisme de la fin de la Première Guerre mondiale à l’avènement du national-socialisme : il montre, dans une perspective comparatiste, les succès et les échecs des mouvements français et allemand aux prises avec les événements internationaux et les exigences nationales, il évoque leurs dialogues et leurs incompréhensions (« Le pacifisme en Allemagne et en France entre les deux guerres mondiales »). Le troisième article concerne un aspect plus institutionnel de l’histoire du pacifisme : J.-M. Guieu relate en effet le projet de Société des nations, vu du côté allemand, évoque ses soutiens et ses détracteurs et montre ce que l’entrée de l’Allemagne dans la SDN en 1926, qui pouvait apparaître comme le point d’aboutissement des idées pacifistes, porte d’ambiguïtés (« Les Allemands et la Société des nations, 1914-1926 »). Les deux contributions suivantes mettent en évidence que la cause pacifiste, loin de renvoyer à un mouvement de masse très encadré et structuré, fut avant tout incarnée par des personnalités fortes et originales. L. Charrier livre une étude sur l’écrivain et pacifiste français Romain Rolland et sur les dialogues suivis ou interrompus qu’il a menés, notamment depuis son exil suisse, avec les pacifistes allemands (« Romain Rolland, les relations franco-allemandes et la Suisse, 1914-1919 »). B. Zunino présente une figure singulière du pacifisme allemand : Ernst Friedrich, fondateur d’un « musée de l’anti-guerre » et promoteur d’une véritable « pédagogie de la paix », censée éduquer et convertir les consciences aux idéaux pacifistes (« Pacifisme et violence : femmes et enfants dans la pédagogie de la paix d’Ernst Friedrich »). Enfin, dans une perspective d’histoire des idées, O. Agard propose une analyse de différents textes du philosophe et sociologue allemand Max Scheler relatifs à la guerre et à la paix et les replace dans le contexte philosophique et idéologique des années 1920 et 1930 (« Max Scheler et l’idée de pacifisme »).

Il nous reste à adresser nos sincères et chaleureux remerciements aux différents contributeurs pour leur enthousiasme et leur engagement dans la réalisation de ce numéro, à monsieur le professeur G. Raulet pour l’impulsion qu’il a donnée à ce projet et le soutien qu’il lui a apporté, au laboratoire IRICE pour son adhésion à ce projet de publication et les facilités qu’il nous a accordées, et enfin, à Mme Le Puloch pour son infinie patience et le minutieux travail éditorial qu’elle a effectué et sans lequel ces Cahiers n’auraient pas pu voir le jour.

[1] Voir entre autres ouvrages, Karl Holl, Pazifismus in Deutschland, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1988.

[2] Wolfram Wette, Karl Holl (dir.), Pazifismus in der Weimarer Republik, Paderborn, Schöningh, 1981.

[3] Dieter Riesenberger, Geschichte der Friedensbewegung in Deutschland, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1985.

[4] Jost Dülffer, Im Zeichen der Gewalt, Frieden und Krieg im 19. und 20. Jahrhundert, Cologne, Böhlau Verl., 2003 (recueil d’articles de J. Dülffer parus entre 1976 et 2000).

[5] Wolfgang Benz (dir.), Pazifismus in Deutschland, Dokumente zur Friedensbewegung 1890-1939, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 1988.

[6] Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands, pionniers de l’entente franco-allemande, 1870-1925, Paris, L’Harmattan, 1999 (version remaniée de sa thèse de doctorat soutenue en 1994 à l’Université Paris viii).

[7] Jacques Bariéty, Antoine Fleury (dir.), Mouvements et initiatives de paix dans la politique internationale, 1867-1928, Berne, Peter Lang, 1987 ; Verdiana Grossi, Le pacifisme européen, 1889-1914, Bruxelles, Bruylant, 1994 ; MauriceVaïsse (dir.), Le pacifisme en Europe des années 1920 aux années 1950, Bruxelles, Bruylant, 1993.

[8] Citons par exemple le séminaire de novembre 2007 sur le thème : « Mémoriaux de guerre et éducation à la paix : les exemples de Verdun et Leipzig » ; le colloque de septembre 2008 consacré à : « Penser et construire l’Europe : de la paix éternelle à la sécurité collective » ; le séminaire de 2008-2009 sur le thème « Européisme et pacifisme : points de contact et de conflits » ; le colloque de novembre 2009 (qui s’est tenu à l’université de Toulouse ii) : « Les traités de paix : des tournants historiques ? » ; le séminaire de 2010-2011 sur « Pacifisme et féminisme ». Pour plus d’informations, se reporter au site du CIERA :

[9] Voir Jean-Paul Cahn, Françoise Knopper, Anne-Marie Saint-Gille (dir.), De la guerre juste à la paix juste. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco-allemand (xvie-xxe siècle), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008.

[10] Voir Jean-Michel Guieu & Christophe Le Dréau (dir.), Le « Congrès de l’Europe » à La Haye (1948-2008), Bruxelles, PIE Peter Lang, coll. « Euroclio. Série Études et Documents/Studies and Documents », vol. 49, 2009 ; Landry Charrier, La Revue de Genève (1920-1925), les relations franco-allemandes et l’idée d’Europe unie, Genève, Slatkine, 2009.


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