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La notation dans la prévention des crises de crédit

François DAVID

Jusqu’à présent on a parlé de la COFACE comme étant l’agence de l’assurance-crédit agissant pour le compte de l’État afin de soutenir les grands contrats. C’est effectivement une partie de son activité puisqu’elle agit pour le compte de l’État pour garantir les grands contrats, mais elle a une autre activité, qui est une activité totalement privée, qui est de garantir les entreprises contre le risque de non-paiement par leurs acheteurs.

La COFACE est présente aujourd’hui dans 67 pays. Elle a 130 000 clients qui viennent la trouver à Paris, à Francfort, à Singapour, à Santiago du Chili, à Hong-Kong ou ailleurs, pour lui demander une garantie contre le risque de leur acheteur. Elle suit donc, au jour le jour, la situation financière de ses clients. Et les clients de ces 130 000 clients, ce sont 55 millions d’entreprises. Elle suit donc, au jour le jour, la situation financière de 55 millions d’entreprises. Ceci lui donne une vision micro-économique de la conjoncture mondiale, qui n’a rien à voir avec la vision macro-économique. Ainsi, à titre d’exemple, lorsqu’elle suit 20 000 entreprises en Thaïlande et qu’elle s’aperçoit que ces dernières commencent à avoir des défauts de paiement, elle peut dire, à coup sûr, que, trois mois plus tard, la situation économique de la Thaïlande va se dégrader. Inversement, lorsque la situation économique des 20 000 entreprises en Thaïlande s’améliore, on peut affirmer que, trois mois plus tard, la situation économique du pays va s’améliorer. Il y a une corrélation complète entre défaut de paiement, faillite, défaillance d’entreprises et croissance économique. Ceci permet à la COFACE d’anticiper régulièrement les crises économiques.

Si on regarde les quatre dernières crises économiques qui se sont succédé depuis 35 ans, on s’aperçoit que celle d’aujourd’hui, celle que nous vivons en 2008-2009, est sérieuse, grave, puisque ce qu’on appelle le « choc de croissance » c’est-à-dire le plus haut de la croissance mondiale et le plus bas de la croissance mondiale que l’on observe aujourd’hui est de 6 points, ce qui est énorme, alors que les trois précédentes (celle de 2001, celle de 1992, celle de 1981) c’était 2, 21/2. Or, on l’oublie toujours, le choc de croissance pour la crise de 1973 était de 5 points. Par conséquent, il faut relativiser les comparaisons faites avec la crise de 1929. C’est vrai que la crise actuelle est forte, généralisée et un peu plus grave que celle du premier choc pétrolier. Mais il faut bien se souvenir que de 1929 à 1932, le PIB américain a baissé de 25%. Là, il va baisser de 2%, 3%.

Pour autant la situation est grave et l’on peut pronostiquer une nouvelle crise dans sept ans. Il y aura une autre crise dans sept ans parce que, une fois oubliés les errements d’aujourd’hui, il y aura une nouvelle bulle. Il y a eu la bulle technologique, il y a eu la bulle financière, il y a eu la bulle immobilière, aujourd’hui, on est de nouveau dans une bulle financière, demain ce sera une nouvelle bulle, peut-être une bulle des bourses asiatiques, mais il y en aura une autre parce qu’on recommencera à faire des bêtises. Dès lors, que peut-on faire pour enrayer une telle répétition ? Mon inquiétude, quand je regarde les travaux des G 20 successifs, c’est leur polarisation sur deux sujets qui sont importants et médiatiques, mais qui n’ont pas été à l’origine de la crise, et leur oubli de deux sujets beaucoup moins médiatiques, qui sont à l’origine de la crise. On a traité des paradis fiscaux – il y en a toujours eu et il y en aura encore, de moins en moins certes, mais il y en a encore quelques-uns, notamment au Royaume-Uni, dans les îles anglo-normandes –, et les bonus des traders, autre sujet très médiatisé. En revanche, les deux sujets les plus importants que sont à mes yeux les fonds propres des banques et la notation, ont été apparemment négligés.

Je voudrais par conséquent me concentrer sur la responsabilité des agences de notation dans la crise. Il existe trois agences de notation dans le monde dont Standard & Poor’s et Moody’s & Fitch, qui sont des agences de notation américaines. Leur rôle est de noter une entreprise et cette note permet à celle-ci d’obtenir ou pas des crédits des banques à un taux variant en fonction de la notation. Il est donc très important pour une entreprise d’avoir une note et, de préférence, une bonne note. Or, les agences de notation ont trois défauts majeurs aujourd’hui. Le premier défaut majeur est qu’elles ne savent pas ce qu’elles notent. Juste avant la crise, les agences de notation américaines avaient noté « AAA », c’est-à-dire la note la plus élevée, quatre sociétés industrielles américaines et cinq mille véhicules financiers américains dont elles n’avaient absolument aucune idée du contenu. Un autre exemple, juste avant la crise de Lehman Brothers. Le vendredi, Lehman était noté « A », ce qui est une très bonne note, le lundi, au lendemain de la crise, il était noté « D ». La même banque ! les mêmes fondamentaux ! cela laisse songeur… De fait, quand une entreprise demande à une agence de la noter, celle-ci vient la voir, rencontre le management qui lui donne toutes les assurances sur le bon fonctionnement de l’entreprise, puis regarde le rapport trimestriel qui peut être bon, mais qui peut néanmoins avoir trois mois.

Le deuxième défaut majeur des agences de notation est le suivant. Elles ne peuvent pas être poursuivies en justice. Aux États-Unis, on n’a pas le droit d’attaquer une agence de notation pour fausses informations, parce que cette agence est protégée par le premier amendement de la Constitution américaine qui stipule que l’on n’a pas le droit d’attaquer des gens pour une opinion. Troisième défaut, la notation coûte cher. Aujourd’hui, il y a une réflexion générale sur le thème : « Que faut-il faire pour que les agences de notation fassent bien leur travail ? »

La COFACE entend entrer prochainement sur le marché de la notation. Comment peut-elle éviter ces trois défauts que j’ai dépeints ? Premier défaut : les agences de notation ne savent pas ce qu’elles notent. En ce qui concerne la COFACE, elle dispose non seulement des rapports trimestriels et de l’accès au management de l’entreprise, mais elle a l’expérience de paiement sur l’entreprise. Un exemple, quinze jours avant qu’Enron fasse faillite, elle était notée AAA, la meilleure note. Nous, deux mois avant qu’Enron fasse faillite, les fournisseurs d’Enron nous disaient : « Nous ne sommes plus payés ». La COFACE s’est immédiatement retirée d’Enron, parce qu’elle disposait de la situation financière en temps réel de l’entreprise que n’ont pas les agences parce qu’elles n’ont pas les moyens humains pour le faire. Deuxièmement, je vous ai dit qu’elles ne pouvaient pas être attaquées en justice. Nous, je ne sais pas si nous pouvons être attaqués en justice ou pas mais, si la COFACE fait une erreur de notation, c’est elle qui en paie le coût. Une agence de notation peut se tromper, mais la COFACE ne le peut pas, parce que, si elle se trompe, c’est son bénéfice qui est en cause, elle a donc intérêt à faire son travail sérieusement. En troisième lieu, elle va entrer sur le marché de la notation prochainement, sans doute dans les six mois qui viennent. Or la notation, elle la fait déjà elle-même et ne la fera payer que 5 000 €, 10 000 € ? Disposant déjà de l’information, elle n’a pas besoin d’envoyer une équipe de cinq personnes pour aller examiner les comptes pendant un mois. Au lieu de payer 150 000 €, 100 000 €, chez nous, on paiera 5 ou 10 000 €.

Laissez-moi vous raconter une petite anecdote assez révélatrice. Il y a une dizaine d’années, Standard & Poor’s était venu me voir juste après qu’on se soit mis en bourse en me disant :

« – Est-ce que vous voulez être notés par nous ? Vous seriez la première agence d’assurance-crédit du monde à être ainsi notée.

J’ai répondu :

– Quel en sera le coût ?

– 100 000 dollars.

– C’est un peu cher…

– Certes, mais vous seriez la première notée. C’est quand même une faveur considérable que l’on vous propose ».

Et ils ont ajouté, je n’invente rien : « – Le problème, c’est que comme vous serez le premier assureur-crédit à être noté et que nous ne connaissons pas bien le sujet, est-ce que vous pouvez vous-même rédiger la note ? »

En d’autres termes, cela signifiait que la COFACE acceptait de payer 100 000 dollars pour rédiger elle-même la note !

Aujourd’hui, nous sommes dans la situation suivante. L’année dernière, le commissaire européen chargé du marché intérieur, M. McCreevy, a piqué une colère terrible en pointant la responsabilité des agences de notation dans la crise actuelle : à partir de 2010 n’auront plus le droit d’opérer sur le marché européen que les agences de notation qui auront reçu le tampon de l’Union européenne. La COFACE doit rencontrer très prochainement le successeur de M. McCreevy, Michel Barnier et prendre position pour être la première agence de notation européenne estampillée par Bruxelles. De leur côté, les trois grandes agences de notations dont j’ai parlé sont allées à Bruxelles, y ont reconnu leurs erreurs et proposé toute une série de réformes : mettre des femmes dans les conseils d’administration ; imposer la rotation des administrateurs tous les 3 ans etc. La COFACE à ce moment-là a fait savoir qu’à ses yeux, l’urgence était de créer un corps de contrôle extérieur qui contrôle les agences de notation et qui, en cas de faute avérée, leur impose une amende, et leur interdise d’exercer. Le dossier est en cours d’examen à Bruxelles.


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