Partenaires

CNRS
Logo Paris 1 Logo Paris 4

Rechercher

sur ce site

sur web cnrs

Nos coordonnées

à partir du 20 mars 2017

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

UMR SIRICE

Bureau F 628

17 rue de la Sorbonne

75231 Paris cedex 05

mail : sirice@univ-paris1.fr


Accueil du site ::  Publications ::  Les Cahiers Sirice ::  Cahiers n° 4 :: 

Les oppositions socialistes à la CED : les acteurs du débat

Gilles MORIN

Un parallèle entre le vote des parlementaires socialistes qui a contribué au rejet de la Communauté européenne de défense (CED) et le vote des électeurs du PS qui contribuèrent massivement à l’échec du référendum sur le traité européen de 2005 est possible mais s’épuise rapidement. Trois points communs peuvent être relevés. D’une part, le rôle des socialistes a été déterminant dans le double rejet. D’autre part, les militants et la direction ont été bafoués lors de ces deux crises, dans le premier cas par leurs parlementaires, dans l’autre par leurs électeurs. Enfin, dans les deux circonstances, le parti s’est difficilement remis d’une blessure profonde qui a rejoué ensuite dans les conflits internes au parti. Ce parallèle a surtout pour intérêt de souligner la place stratégique des socialistes dans les difficultés de la construction européenne – alors que l’on insiste généralement sur leur place positive dans ce processus – et de voir, en retour, à quel point les débats européens ont compté dans la vie d’un parti pourtant obsessionnellement tourné sur lui-même et sur l’univers hexagonal. Mais il faut se garder de pousser plus loin la comparaison : les circonstances, les hommes, le parti lui-même ont profondément changé entre 1954 et 2005. En fait, ce qui frappe lorsque l’on travaille sur les socialistes et la CED c’est de voir combien cette querelle fut ancrée dans son temps. Surtout, on peut s’interroger pour savoir si, au moins dans la crise des années cinquante, la question européenne est bien l’enjeu du débat. Durant trois années, de 1952 à 1954, la CED a été une pomme de discorde majeure entre socialistes, mais aussi l’enjeu d’un débat inédit et réel entre militants et cadres du parti. Il faut souligner deux éléments au préalable. Premièrement, l’exceptionnalité de la crise : elle se manifeste par des infractions répétées au principe de l’unanimité du vote du groupe parlementaire socialiste, avec deux scrutins où les indisciplines furent massives : multiples en commissions, elles sont confirmées en séance publique le 16 février 1952 (20 indisciplinés), puis le 30 août 1954 (53 indisciplinés), sans oublier, quelques mois plus tard, les votes sur les accords de Paris. Deuxièmement, dans la crise de la CED, la forme même de parti unitaire et discipliné a été remise en cause, avec la revendication récurrente de la liberté de vote des élus. L’événement a menacé de briser l’appareil – des dirigeants historiques, Daniel Mayer, Jules Moch et Max Lejeune, ont été exclus bruyamment avant d’être réintégrés, alors que d’autres moins connus furent écartés plus discrètement [1] –, mais il a contribué néanmoins à clarifier les positions de l’organisation et il a parachevé la construction d’une culture politique européiste d’une partie des dirigeants. Il a été aussi, à l’opposé, l’occasion d’exprimer une véritable résistance à la construction d’une Europe unie, tout au moins sur la base militaire qui était celle de la CED. De 1952 à août 1954, les votes internes des militants ont donné en continuité un tiers des mandats (35 %) à l’opposition au traité et celle-ci n’a cessé de se renforcer dans les groupes parlementaires socialistes. Ici se sont nouées des solides complicités, se sont brisées des fraternités, sont nées des oppositions qui éclateront durant la guerre d’Algérie ou dans les années soixante. La première partie de l’étude repose sur l’observation de la dimension territoriale de l’opposition à la CED en s’efforçant de relier cette répartition des partisans et des opposants à la ratification du traité aux caractéristiques propres des fédérations. Ensuite est abordée la question de la diversité des opposants, en s’interrogeant pour savoir quelle est la part de l’opposition personnelle et celle d’un refus collectif, de la cohérence de l’opposition. La dernière partie enfin s’efforce d’interroger le sens de cette opposition à la CED, sachant que cet affrontement, comme la plupart des luttes politiques, ne peut être réduit à un débat idéologique. Dans quelle mesure cette opposition était-elle antieuropéenne ? Mais surtout, dans quelle mesure les enjeux propres à la construction européenne et les compromis qu’ils imposent et qui obligent à reformuler autrement des enjeux politiques nationaux et internationaux ont-ils eux-mêmes suscité des rejets spécifiques ?

La dimension territoriale de la querelle de la CED

La querelle de la CED a été vécue comme un drame par les responsables socialistes, soulevant de violentes passions. Le vocabulaire employé à l’époque et tous les témoignages à notre disposition s’accordent sur ce point [2]. Mais ce qui est valable au sommet ne l’est pas forcément à la base où les rapports de force étaient plus favorables à la ratification. La direction a été mieux suivie par les militants : rappelons que l’opposition à la CED représente de façon constante à peu près un tiers des votes militants dans cette période, alors que plus de la moitié des parlementaires est hostile au traité. L’opposition à la base du parti n’a pas été négligeable donc, mais, semble-t-il, la CED a été vécue à ce niveau avec moins de passion. Un signe majeur en est le fait que les fédérations comprenant des élus indisciplinés se sont longtemps montrées indulgentes vis-à-vis de leurs élus, quelles que soient les positions propres des militants des départements en question [3]. Les discours des représentants fédéraux ne sont pas assez nombreux pour comprendre les ressorts de l’hostilité à la CED, ou ne se distinguent guère de ceux des élus, ce qui ne permet pas de faire avancer les analyses à ce niveau. Mais, on le sait, les fédérations socialistes sont très diverses et ont des caractéristiques propres qui permettent de dégager quelques enseignements. La répartition géographique des votes pour les congrès de 1954 [4] qui précèdent l’enterrement parlementaire du traité le 30 août n’est pas sans poser des questions sur la nature de l’hostilité à la CED. Le vote hostile à la ratification du traité est présent presque partout sur le territoire en 1954 : il s’exprime dans 82 départements sur les 90 que compte alors la métropole [5], et ce alors que d’autres, dont l’Aude, ont choisi de s’abstenir pour ne pas se diviser complètement. Seules trois fédérations ont donné la totalité des mandats à la majorité cédiste (Haute-Vienne, Tarn-et-Garonne et Meuse). L’opposition socialiste à la CED est donc un phénomène national mais aussi très dispersé. La carte, n° 1, construite à partir du pourcentage des votes hostiles à l’intérieur des départements pour le congrès de 1954 permet de voir que l’hostilité l’emporte dans environ 40 départements, avec des blocs majoritaires pour l’opposition dans l’Ouest maritime, le Sud-Est, une partie de l’Est, le grand bassin parisien, une partie de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées et du Languedoc. En valeur absolue, le vote hostile paraît presque un décalque de la carte nationale d’implantation du parti (carte n° 2). Les votes hostiles les plus massifs se concentrent dans une quinzaine de départements, tout d’abord dans les très grosses fédérations socialistes (Seine, Nord, Pas-de-Calais, Bouches-du-Rhône) où les anticédistes sont minoritaires, ensuite ils sont surtout importants dans une part des fédérations moyennes (Somme, Hérault, Haute-Garonne, Gard, Dordogne, Pyrénées-Orientales, Charente-Maritime, Bas-Rhin, Meurthe-et-Moselle, l’Isère et les Ardennes venant ensuite), enfin ils constituent des minorités significatives dans quelques autres fédérations moyennes. Le vote hostile est par ailleurs très dispersé dans une majorité de petites fédérations. Au total, dans 46 départements, l’opposition compte moins de 10 mandats, qui, rassemblées, ne représentent que 20 % des votes totaux de l’opposition (et seulement 6 % du nombre total de mandats, abstentions comprises). C’est dire que cette large présence en terme géographique compte peu en termes politiques dans l’équilibre du parti. Mais, là encore, c’est un reflet de l’implantation de la SFIO dont la présence n’est guère notable sur une bonne partie du territoire national depuis l’effondrement des effectifs à partir de 1947. On voit aussi à rebours sur quoi repose le vote majoritaire : les grosses fédérations du parti sont ralliées à la majorité. L’axe majoritaire a pour piliers essentiels trois fédérations : le Nord, le Pas-de-Calais, les Bouches-du-Rhône. Si on y ajoute le vote de près de la moitié des militants de la Seine, ceux de la Seine-et-Oise et de la Haute-Vienne, ce groupe de six fédérations apporte pratiquement autant de voix à la majorité que n’en compte l’ensemble des votes de l’opposition : la domination majoritaire se fait surtout dans une poignée de grosses fédérations, ce qui est classique pour la SFIO de ces années. Il apparaît enfin que les foyers de l’opposition se concentrent dans quatre types de territoires si l’on considère les votes en pourcentage des mandats fédéraux. Tout d’abord, on les trouve dans une série de régions frontalières particulièrement marquées par les conflits européens passés et surtout par l’Occupation ; à l’exception notable du Nord. Ainsi pour la Picardie, les Ardennes, l’Alsace et la Lorraine, alors que les socialistes sont particulièrement faibles dans ces deux dernières régions. Le tropisme frontalier n’est probablement pas seul en cause ici. Ainsi, le militantisme socialiste dans ces deux derniers territoires est aussi un militantisme laïc hostile au MRP et à la démocratie chrétienne européenne, minoritaire mais de combat, notamment en Alsace-Moselle. Deuxième zone, à l’opposé géographiquement de la précédente, l’essentiel du Grand Ouest, marqué lui aussi par le combat laïque et l’opposition frontale à l’accord avec le MRP, fournit l’essentiel de ses maigres cohortes socialistes aux opposants. Viennent ensuite les bastions socialistes républicains du Midi, avec le pourtour méditerranéen, la vallée du Rhône, mais aussi les Alpes marquées par les combats de la Résistance. Dans un pays de tradition du vote « rouge » contre les « blancs », où les sirènes unitaires sont fortes, ils constituent un troisième ensemble hostile à la CED. Un quatrième foyer d’hostilité se situe dans le pourtour du bassin parisien. Il est plus difficile ici de percevoir les logiques. Résulte-t-il du poids de l’engagement des élus départementaux, ou bien de la pression communiste sur les militants ? Il ne semble pas y avoir ici une explication massive et univoque. À ces régions, il faut rajouter l’outre-mer, craignant un abandon au profit de l’Europe. Cette observation permet de voir que l’hostilité à la CED se concentre, en termes de part des mandats fédéraux, dans les pays de traditions laïque et républicaine, très hostiles à l’alliance avec le centre et surtout les organisations considérées comme cléricales, avec lesquelles justement s’est faite la construction européenne. Par contre, la majorité des fédérations les plus anticommunistes, comme les départements du Nord, les Bouches-du-Rhône, la Haute-Vienne, la Seine-Maritime, par exemple, là où les accords centristes ont été passés pour la gestion des grandes villes ou dans des conseils généraux, sont moins hostiles ou totalement favorables à la CED. Évidemment, il existe des exceptions, comme la Picardie et la Loire-Atlantique, très anticommuniste qui s’opposent pourtant à la CED. Et, insistons sur ce point, presque toutes les fédérations sont divisées. Ces éléments semblent indiquer qu’il y a de grandes logiques certainement, mais pas de causalité univoque. Les mêmes considérants peuvent conduire à des choix opposés. Après avoir considéré les rapports de forces locaux, il faut, désormais, prendre en compte le rôle des leaders et donc distinguer quels sont les principaux opposants et leurs motivations.

Les opposants à la CED

En 1954, André Philip publie une petite brochure intitulée : CED, contre la peur, pour la sécurité [6]. Il y répond aux arguments « divers et parfois contradictoires » des anticédistes, en privilégiant le rapport de Jules Moch devant la commission des Affaires étrangères [7]. Ce dernier lui semble « réunir en un tout les arguments, même contradictoires, des divers adversaires » dont il dit dans sa conclusion qu’il s’agit « en réalité d’un néo-poincarisme camouflé en pacifisme », visant à maintenir en permanence l’Allemagne en état d’infériorité, alors que pour lui le seul choix est « Wehrmacht ou Communauté européenne de défense ». Philip soupçonne encore les adversaires de la CED de savoir que la souveraineté allemande sera reconstituée, mais de préférer que le réarmement allemand nous soit « imposé par nos alliés », les accusant de « véritable immoralité politique », de « lâcheté intellectuelle, signe même d’un pays qui s’abandonne et se refuse à voir la réalité en face ». Outre que cet écrit nous informe sur le niveau de polémique atteint, Philip met l’accent assez justement sur la diversité des positionnements des adversaires de la CED. Il souligne leur caractère contradictoire, même s’il y eut des essais de synthèse dont les principaux furent ce rapport de Jules Moch et deux brochures signées par plus de cinquante parlementaires, rédigées par trois parlementaires (Alain Savary, de Saint-Pierre-et-Miquelon, Jean Charlot, du Var et Robert Verdier, de la Seine, par ailleurs directeur du Populaire). Par-delà les prises de position collectives et les tentatives de structurer l’opposition à la CED, l’historiographie socialiste unanime [8] s’accorde à considérer que les parcours individuels furent déterminants : il y a eu en fait une somme de refus individuels justifiés comme tels. Nous partageons largement cette analyse, mais il nous semble qu’elle doit être nuancée en distinguant les différentes composantes de l’opposition et en essayant par-delà les choix individuels de dégager des logiques collectives. Il ne saurait être question ici de résumer les débats qui ont opposé entre eux les socialistes durant cette période, ni même d’analyser l’argumentation des opposants. Leur expression fut foisonnante sur les trois années essentielles, occupant plusieurs milliers de pages de rapports de congrès et de conseils nationaux, une série de bulletins intérieurs socialistes et des milliers, pour le moins, d’articles de presse, sans évoquer les motions fédérales, courriers, journaux intimes, mémoires, etc. Dans cette profusion d’écrits et de discours, on distingue quelques grandes composantes dans l’opposition. Tout d’abord, on rencontre une opposition de type nationaliste ou patriote. Ses tenants considèrent que la souveraineté nationale est menacée par le traité, ils n’acceptent pas que la France soit obligée de demander au commissariat à la CED, en cas de crise grave outre-mer, l’autorisation de prélever des troupes métropolitaines si elle a besoin de renforts, et surtout ils ne font pas confiance aux Allemands. Elle est incarnée par trois hommes déjà très présents dans cette affaire et que l’on retrouvera hostiles à l’indépendance de l’Algérie – ce n’est pas un hasard. Max Lejeune, député de la Somme et ancien secrétaire d’État aux Forces armées, a joué un rôle important dans la reconstitution de l’armée française. Selon son biographe, pour lui « choisir les “boches” contre les Russes revient à embrasser le choléra pour éviter la peste » [9]. Robert Lacoste, patriote intransigeant, grand résistant, dont le père fut fusillé par les Allemands, ancien ministre du général de Gaulle, défend des positions proches de ce dernier. Marcel-Edmond Naegelen, homme des frontières, de l’Alsace aux Basses-Alpes, privilégie la défense nationale et l’intérêt des régions martyres des deux guerres : « Il faut que l’on comprenne, outre-Rhin, que pèsent sur les Français les souvenirs de trois guerres, de trois invasions et de la tyrannie abjecte du nazisme » [10], dit-il en 1952. Il se fait particulièrement remarquer lors de l’élection présidentielle, en décembre 1953, en rassemblant sur son nom des suffrages qui n’étaient pas tant favorables aux socialistes qu’hostiles à la CED [11]. On notera qu’une partie des fédérations les plus anticommunistes les suit, car leur anticommunisme est subordonné à leur nationalisme et à leur antigermanisme. L’anticommunisme peut donc mener à des attitudes opposées. À l’opposé se trouve un courant internationaliste et pacifiste dont les amis de Marceau Pivert – incarnation d’une tendance très à gauche – représentent la pointe la plus avancée. Favorable à la construction européenne, cette fraction mène depuis plusieurs années une campagne constante pour les « États-Unis socialistes d’Europe » [12]. Mais, ils se montrent hostiles à ce que l’aspect militaire soit premier. Au congrès national de la SFIO de 1954, Pivert pose la question de la réunification allemande, du droit du peuple allemand à son unité, faute de quoi, si la formation de l’armée européenne est imposée, on renforcera la partition du pays et, partant, le nationalisme allemand qui pourra être utilisé par l’URSS. Ces positions, peu ou prou, sont partagées par l’ancienne secrétaire d’État Andrée Viénot, des Ardennes, ou le député Antoine Mazier, des Côtes-du-Nord, qui entraînent derrière eux leurs fédérations. Ces derniers sont par ailleurs plus « unitaires » que ne l’est Marceau Pivert, fondamentalement anticommuniste pour sa part. Ces internationalistes ne se confondent pas avec les tenants de la sécurité collective qui entendent rester dans le cadre atlantiste, sans accepter le réarmement de l’Allemagne, tel Jules Moch qui joue un rôle central tout au long des débats, tant dans la SFIO qu’au Parlement. De leur côté, des hommes comme Alain Savary, et les députés de la Seine Robert Verdier et Édouard Depreux, sans être autant engagés dans la voie de la construction d’une sécurité collective, craignent un durcissement de la Guerre froide, refusent tout obstacle à la réunification allemande en reprenant les arguments du SPD. Ils veulent profiter des ouvertures faites par les Soviétiques après la mort de Staline, car ils ne désespèrent pas de trouver du côté des Russes un accord qui écarte le réarmement allemand. Savary propose au 45e congrès de 1953 une motion de politique étrangère envisageant une réunion des quatre grands pour discuter de l’unité allemande. Durant toute cette période, Savary est nettement un « Européen contre la CED » selon le mot de Robert Frank [13]. Enfin, un important groupe manifeste surtout une méfiance fondamentale vis-à-vis de l’Allemagne, laquelle peut tourner à l’anti-germanisme actif. Sans haine personnelle, l’ancien secrétaire du parti clandestin, Daniel Mayer dès 1950 [14], mais aussi Salomon Grumbach, le spécialiste de la question allemande à la SFIO depuis les années vingt, ou Jean Bouhey, seul socialiste à avoir voté contre les accords de Munich en 1938, affirment leur méfiance envers une Allemagne qu’ils estiment insuffisamment dénazifiée et trop revendicatrice, alors même que tous les deux sont partisans d’un rapprochement à terme avec l’ancien ennemi. Mais ils craignent la renaissance du militarisme prussien et soupçonnent l’Allemagne d’Adenauer de vouloir utiliser le Pacte atlantique et la CED pour réaliser l’unification du pays par les armes. Parmi les opposants socialistes actifs mais soumis à un devoir de réserve jusqu’à la fin de son mandat, on trouve le président de la République, Vincent Auriol qui, partisan de la construction d’une « troisième force internationale », n’est pas un adversaire de principe de la construction européenne. Le président de la République a soutenu la construction de la CECA et lors d’un discours longuement préparé à l’occasion de l’inauguration du barrage de Donzère Mondragon, fait l’apologie de l’engagement de la France dans la voie de la modernité et de la construction européenne. Il y oppose « une Europe de paix et de sécurité, non une Europe de division et de menaces », semblant prendre ses distances publiquement avec le traité et l’atlantisme. En fait, sa critique porte surtout sur les États-Unis qu’il estime ne pas avoir été solidaires avec la France à l’ONU. Mais, de même que l’on ne saurait qualifier Auriol d’hostile au Pacte atlantique pour cela, ses réserves vis-à-vis de la CED ne signifient pas qu’il était anti-européen. Il manifeste tout d’abord des craintes face à la renaissance d’une armée allemande alors qu’il a longtemps espéré une conférence à quatre qui déciderait de la réunification de l’Allemagne neutralisée, désarmée. Obsédé par l’idée que l’Allemagne voudra récupérer ses territoires perdus à l’Est et obtenir sa réunification, au besoin par la force, il redoute une provocation qui entraînerait l’Europe dans un nouveau conflit. La clause d’automaticité qui engage les forces européennes de la CED aux côtés d’un membre de la Communauté victime d’une agression, sans aucun délai, concentre ses angoisses. Il critique aussi l’absence de la Grande-Bretagne et estime le projet contradictoire avec les besoins de défense de l’Union française. Dès l’automne 1952, le président français se fait un des champions de la révision. En effet, il ne souhaite pas l’échec du projet, persuadé que celui-ci débouchera sur le réarmement unilatéral de l’Allemagne par les Américains et une entente directe entre ceux-ci et les Allemands. Si le président de la République ne veut pas s’engager en faveur du traité, il refuse par ailleurs de saisir le Conseil constitutionnel, comme l’en pressent alors les adversaires de la CED. Il cherche une solution de compromis, s’efforce de jouer les conciliateurs, comme le veulent à la fois son caractère et sa fonction, sentant les risques que fait courir à la majorité politique et aux institutions un débat de ratification, alors que tous les partis, à l’exception des communistes et des gaullistes qu’il combat sans relâche depuis 1947, sont divisés sur le sujet. Dominique Boché a pu écrire dans le Journal du septennat : « Dans l’affaire de la CED, les hommes les plus soucieux des nuances se transforment en partisans et réclament de chacun une adhésion inconditionnelle à leurs thèses. Et c’est Vincent Auriol, dont le caractère entier cache une prédilection pour les solutions moyennes, qui se pose en conciliateur […] Mais les défenseurs de l’armée européenne attendaient de lui tout autre chose : un engagement sans réserve en leur faveur » [15]. Alfred Grosser note que le rôle de Vincent Auriol, « moindre que ne l’ont dit les partisans du traité, n’a sans doute pas été négligeable dans le lent décès du projet d’armée européenne » [16]. La diversité des prises de position sur la CED est manifeste, mais on ne saurait en l’affaire prétendre que la querelle entre socialistes ne porte que sur son objet officiel. Comme de coutume, les considérations françaises et internes au Parti socialiste sont très présentes et l’historiographie de la période insiste avec justesse sur ces aspects plus politiques. Avec, en sous-entendu plus ou moins explicite la question suivante : la querelle de la CED n’a-t-elle pas été un simple prétexte ? Pour le dire autrement cet affrontement fratricide n’a-t-il pas été l’occasion de rejouer de vieilles failles essentielles du socialisme français ? Voire, ne se résume-t-il pas tout simplement à un conflit d’appareil ?

La querelle de la CED porte-t-elle sur l’Europe ?

Il a été démontré que des enjeux de pouvoirs internes existent dans cet affrontement et aussi que Guy Mollet a profité de ce conflit pour affirmer son leadership sur le parti [17]. L’autonomie du groupe parlementaire – question politique interne majeure depuis les origines de la SFIO – s’est trouvée très affaiblie. Pour autant, avec le biographe de Guy Mollet, nous pensons que celui-ci n’a pas cherché cette épreuve de force, mais qu’il a su l’exploiter, son autorité encore fragile étant remise en cause. J’ai, pour ma part montré par ailleurs que la querelle de la CED a contribué à renforcer et à faire accepter la discipline du parti [18]. La thèse de Noëlline Castagnez a précisé l’importance de l’événement dans l’histoire des groupes parlementaires socialistes durant la IVe République. Pour aller à l’essentiel, disons que ces questions d’appareil sont importantes, mais qu’on ne saurait réduire la crise de la CED à cela pour les socialistes. Les enjeux de politique intérieure française restent essentiels : le parti est séparé entre ceux qui souhaitent le retour à la Troisième Force et ceux qui escomptent un retour à l’opposition droite-gauche, celle des bleus contre les blancs comme on dit dans l’Ouest, ou des rouges contre les blancs dans le Midi. La direction de la SFIO autour de Guy Mollet cherche en ces années à reconstruire la Troisième Force, ou tout au moins à renouer l’alliance avec le centre, qui a été abandonnée sur le plan gouvernemental depuis 1951. Les alliances centristes, allant parfois à droite jusqu’aux gaullistes, sont encore très courantes sur le plan local, comme à Arras, ville de Guy Mollet, gérée avec des adjoints MRP. La reprise de Marseille, contre les communistes en 1953, grâce à l’entente de Gaston Defferre, des gaullistes et du centre, illustre l’actualité de cette configuration au plan local en plein débat sur la CED. Le choix européen se confond en effet largement avec l’espoir de perpétuation de cette configuration. Pour une partie des socialistes, il n’y a pas d’autre issue pour un parti enkysté depuis 1951 entre la droite et le PCF. Pour sortir de sa « solitude », selon le terme de Roger Quilliot [19], la direction de la SFIO lance un projet de Front démocratique et social en juin 1953 intégrant le MRP et les radicaux, en élargissant le projet d’alliance aux milieux coopérateurs, mutualistes et syndicalistes (chrétiens ou non). Les grèves d’août 1953, et l’élection présidentielle de décembre suivant, font avorter le projet également combattu de l’intérieur de la SFIO. À l’opposé, de nombreux parlementaires, mais aussi des cadres et certaines fédérations très laïques, se montrent hostiles à tout rapprochement avec le centre droit. Pour eux, les alliances ne peuvent se situer qu’à gauche, ce qui repose la question du rapport avec le PCF. Mais la question est éminemment sensible : l’anticommunisme est général dans la SFIO qui a choisi nettement son camp durant la Guerre froide et l’a payé très cher en termes d’adhérents. Il est vrai que les militants, mais surtout les cadres socialistes pour la plupart issus de la génération du Front populaire ont vécu de nombreux « virages à 180° » communistes et, depuis la Libération et plus particulièrement depuis 1947, sont sous les attaques constantes – et peu imaginables de nos jours – des staliniens français et de leurs alliés. Ceux-ci ne se sont pas contentés depuis 1947 de critiques politiques, ils ont poursuivi les cadres socialistes de leur haine et par des campagnes systématiques de calomnies. Tous les dossiers de RG des parlementaires fourmillent ainsi de procès et de campagnes de presse caractérisées par des attaques ad hominem qui ont profondément marqué les militants. Cette histoire – essentielle pour qui travaille sur la période – reste à écrire. Mais, si l’anticommunisme est partagé, intégré, devenu identitaire, la question de la stratégie à adopter vis-à-vis des électeurs communistes se pose sur de nouvelles bases. La fin de la guerre en Corée, la mort de Staline et les ouvertures faites par ses successeurs, et enfin le début de l’affaiblissement avéré du Parti communiste français, sont scrutés avec une attention toute particulière par une part des socialistes français, qui espèrent de nouvelles perspectives. Ils souhaitent desserrer l’étau qui les broie entre le PCF et la droite, alors que celle-ci est au pouvoir avec le centre depuis 1951. Le danger communiste reculant, ils entendent renouer avec un discours de gauche, voire avec des pratiques unitaires. Beaucoup de cadres et de militants refusent de laisser les communistes incarner seuls la gauche, surtout que les lois Marie et Baranger ont creusé un nouveau fossé droite-gauche qui n’est évidemment pas sans résonance sur le terrain européen [20]. Aussi, la tentation de l’alliance à gauche s’affirme dans la période. Et cela au moment où le PCF fait patte de velours, comme le montrent les épisodes de l’élection du président de la République en décembre 1953 où les communistes appuient l’anticédiste Naegelen, puis la désignation d’André Le Troquer à la présidence de l’Assemblée au début de l’année suivante pour les mêmes motifs, avec des appuis communistes et d’anticédistes de droite [21]. Ces épisodes, comme les élections locales (cantonales de 1951, sénatoriales de 1952 et municipales de 1953), montrent d’une part l’habilité du PCF pour sélectionner ceux des socialistes ou des radicaux dont il peut assurer l’élection, en créant entre les membres de deux partis une émulation qui lui est profitable, et combien la culture unitaire et laïque, ainsi que l’espoir d’obtenir des mandats électifs se combinent pour favoriser des alliances jugées contre nature par la direction mollétiste [22]. Enfin, pour beaucoup de socialistes, alors que la Guerre froide semble s’éloigner dès 1953, le débat européen n’est pas séparable de la question de la paix et surtout de celle du réarmement de l’Allemagne. C’est sur cette question que porte l’essentiel des débats lorsque les militants parlent de la CED, plus que sur les rapports avec les communistes ou la laïcité. Mais ce débat omniprésent sur la sécurité est biaisé par le passé proche : quinze années après Munich et les souvenirs des dérives vichystes ou collaborationnistes des socialistes pacifistes intégraux durant l’Occupation, le pacifisme est pratiquement discrédité. Exceptionnels sont ceux qui comme le député Jean Léon de l’Hérault osent se proclamer explicitement tels [23]. Les discours sont retenus. Le principal projet alternatif à la CED, présenté par Jules Moch, prévoit un désarmement, mais avec une armée internationale et un réarmement limité de l’Allemagne. De plus, le complexe des anciens munichois joue ici, comme il jouera lors de l’affaire de Suez : il pousse la plupart des anciens pacifistes à accepter la ratification. À l’opposé, Jean Bouhey, seul député socialiste à avoir voté contre Munich, Daniel Mayer, antimunichois devenu chef du Parti socialiste clandestin, ou Jules Moch, n’ont pas à se justifier, eux, sur ce terrain et peuvent assumer une position hostile au réarmement de l’Allemagne [24]. Ici, la part des itinéraires personnels et des expériences collectives, du poids du passé proche, surdéterminent partiellement les engagements individuels en faveur ou contre la construction européenne. Par-delà la question de la paix, celle du réarmement de l’Allemagne est essentielle. Noëlline Castagnez dans sa thèse a montré que l’idée de voir ressuscitée la Wehrmacht, moins de dix ans après la fin de la guerre et de l’Occupation, réveillait une part d’irrationnel et d’instinctif. Aussi, toutes les sous-composantes existant parmi les parlementaires socialistes se sont divisées : les déportés, les prisonniers, les résistants, les pacifistes, purent tirer des enseignements opposés des mêmes expériences, des mêmes arguments parfois. Ainsi, écrivait Christian Pineau, parmi les déportés certains « ont conservé dans leur cœur de la haine et, sinon un désir de revanche, du moins une répulsion profonde pour toute collaboration ultérieure avec l’Allemagne » [25]. Le sénateur Charlet allait jusqu’à vouer aux gémonies la « race allemande ». Pour sa part, avec Léon Boutbien, Pineau en tira la volonté de voir effacer la haine entre les deux peuples et de faire que « nous n’ayons plus l’occasion dans notre histoire de connaître de nouveau les camps de déportation ». Cette leçon de tolérance tirée de leur expérience ne suffit pourtant pas à faire voter en faveur de la CED le sénateur Geoffroy qui la partageait [26]. Ainsi, la question de la CED n’est pas un débat autonome au sein du Parti socialiste. Opposant clairement des européistes et des antieuropéens, elle s’inscrit dans un cadre global qui n’exclut pas des conflits d’appareils et surtout fait rejouer des enjeux majeurs pour les socialistes : les alliances politiques en France, la question laïque, la place du parti sur l’échiquier partisan, le rapport au communisme international et aux communistes français en particulier, la question de la paix et celle du rapport avec l’Allemagne.

L’opposition à la CED est-elle antieuropéenne ?

Avec la Guerre froide et la coupure de l’Europe – qu’ils n’ont jamais acceptée – les socialistes se sont ralliés majoritairement au Pacte atlantique et à l’idée d’une nécessaire construction européenne dans le but d’instituer une « Troisième force internationale ». Léon Blum, qui appartint au Mouvement européen, a porté dans ses dernières années une attention constante aux préludes de l’Europe et aux voies de réconciliation entre la France et l’Allemagne. Cet engagement fut aussi profond du côté de la direction. On sait le rôle de Guy Mollet, celui de Ramadier [27], présent au Congrès de la Haye, d’André Philip [28], de Gérard Jaquet et de nombreux autres. Mais, la forme d’une construction européenne « par le haut », si elle fut efficace pour engager les décideurs, le fut nettement moins pour mobiliser la base et même l’appareil moyen du parti socialiste. Il semble même que les rencontres souvent discrètes au sommet entre leaders européens de différentes sensibilités, bien connues désormais, aient suscité des méfiances parmi les parlementaires et probablement dans une moindre mesure à la base. Il est probable que, comme on l’a constaté sur les questions coloniales, les militants et l’essentiel des cadres furent peu mobilisés par ces questions « extérieures ». Comme la construction européenne s’inscrivait dans un cadre globalement positif pour des socialistes – une référence internationaliste de substitution – et était lointaine, beaucoup de militants se sentaient mal informés et n’avaient guère d’éléments concrets pour fixer leur opposition. De ce fait, le débat sur la CED se mène dans deux milieux distincts. D’une part, entre européistes, entre ceux qui sont favorables au traité et d’autres européistes qui ont une autre vision de l’Europe (Savary, Grumbach et Pivert par exemple). S’il y a une réaction nationaliste chez certains responsables, elle ne va pas jusqu’à une opposition ouverte à la construction européenne. D’autre part, les débats mobilisent une masse d’intervenants qui se prononcent sur des problèmes précis : le réarmement allemand, le risque de guerre, le rapport à l’URSS et au communisme, la laïcité. La plupart ne sont pas antieuropéens, ils craignent les implications françaises du traité et refusent les accords politiques qu’ils impliquent avec la démocratie chrétienne et le centre-droit, voire la droite classique. Parmi les 35 % des militants socialistes qui refusent la CED, la majorité est probablement méfiante vis-à-vis de la construction de l’Europe telle qu’elle est en marche et envers ses incidences supposées, mais exceptionnels sont les opposants affirmés au processus de construction européenne. Ce qui tend enfin à démontrer le caractère exceptionnel d’une crise qui ne reflète pas une opposition majeure à la construction européenne, c’est bien sûr le fait que l’unanimité socialiste fut la règle au Parlement dans les autres grands votes sur l’Europe en ces années. La CECA avait été ratifiée par les parlementaires socialistes à l’unanimité moins une voix. Le traité de Rome a été voté à l’unanimité des groupes parlementaires de la SFIO. Son rapporteur, nommé à la demande de Guy Mollet, a été Alain Savary, l’un des principaux fédérateurs de l’opposition à la CED avec Robert Verdier. Dans le rejet de la CED, se sont exprimés parmi les socialistes, sans que cela soit toujours conscient, un faisceau d’éléments dont seulement une part (minoritaire nous semble-t-il) concerne la construction européenne comme but. Se mêlent des considérations personnelles, des souvenirs de la résistance et un anti-germanisme profond chez la plupart. Mais la question de la paix et de la guerre n’est pas moins importante, avec l’héritage plus ou moins assumé du pacifisme et le réveil de vieilles divisions sur les moyens d’assurer la sécurité collective. Sur fond d’acceptation générale du cadre atlantiste, s’affirment des réserves portant sur la nécessaire indépendance nationale, ou sur les possibilités d’entente avec l’Union soviétique et ses alliés. Avec, aux limites, deux stratégies extrêmes : le containment ou l’accommodement avec le communisme. Plus rares sont ceux comme Savary, Rosenfeld ou Pivert, qui s’efforcent de penser dans un cadre mondial, en incluant les débats sur ce que l’on commence à appeler le Tiers-Monde. A contrario, les questions indigènes ont été non moins importantes, la laïcité et les considérations locales, avec les nouvelles possibilités d’alliances à gauche ont primé pour beaucoup. En ce sens, la crise de la CED est révélatrice aussi d’un rejet du compromis sur lequel a reposé la construction européenne, avec les refus d’accord entre le socialisme démocratique et la démocratie chrétienne, base de la construction européenne.

Carte n°1



Carte n°2

[1] Par exemple le sénateur Charlet dans la Haute-Vienne ou le député Le Sénéchal dans le Pas-de-Calais, le premier étant exclu, le deuxième écarté de la députation.

[2] La dramatisation est présente dans la plupart des discours lors des réunions nationales du parti, généralement dès les premiers mots des orateurs. Le journal du député de la Seine Robert Verdier, directeur du Populaire, l’un des principaux rédacteurs des brochures des parlementaires hostiles à la CED, récemment déposé à l’OURS en apporte une nouvelle illustration flagrante dans un écrit intime.

[3] Gilles Morin, « La CED : les fédérations SFIO face aux indisciplines », dans Thierry Hohl (dir.), Les socialistes français et l’Europe, documents et analyses, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2008, p. 41-58.

[4] Le congrès national extraordinaire des 29-30 mai 1954 et le 46e congrès des 1er-4 juillet suivant ont affirmé la nécessité de la discipline par 1 969 mandats contre 1 215 et 265 abstentions. La liberté de vote a été refusée par 2 414 mandats contre 972.

[5] Il s’était déjà affirmé en 1952 dans 72 départements.

[6] André Philip, CED, contre la peur, pour la sécurité, Mouvement démocratique et socialiste pour les États-Unis d’Europe, Paris, sd, 16 p.

[7] Rapport n° 8620, fait au nom de la commission des Affaires étrangères sur le traité instituant la Communauté européenne de défense, par Jules Moch, Paris, Imprimerie de l’Assemblée nationale, 2 tomes, 1954, annexe au procès-verbal de la séance du 9 juin 1954.

[8] Roger Quilliot, La SFIO et l’exercice du pouvoir, 1944-1958, Paris, Fayard, 1972 ; François Lafon, Guy Mollet, Paris, Fayard, 2006 ; Noëlline Castagnez, Socialistes en République, Les parlementaires SFIO de la IVe République, Rennes, PUR, 2004.

[9] Jean-Marc Binot, Max Lejeune, l’enfant chéri du socialisme picard, Amiens, Martelle éditions, p. 212.

[10] Roger Quilliot, La SFIO et l’exercice du pouvoir…, op. cit., p. 486.

[11] L’Année politique, 1953.

[12] Pivert était membre du bureau de la Troisième force, du Mouvement européen, fondateur du Comité pour les États-Unis socialistes d’Europe. Voir Jacques Kergoat, Marceau Pivert, socialiste de gauche, Paris, Éditions de l’Atelier, 1994.

[13] Robert Frank, « Alain Savary et l’Europe », dans Alain Savary : politique et honneur, Paris, Presses de Sciences Po, 2002, p. 141-154.

[14] Gérard Bossuat, « La campagne de Daniel Mayer contre la CED », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 51-52, juillet-décembre 1998, p. 33-45.

[15] Vincent Auriol, Journal 1952, Introduction, p. xxxiii-xxxiv.

[16] Alfred Grosser, La ive République et sa politique extérieure, Paris, Librairie A. Colin, 1961, p. 46.

[17] Voir notamment François Lafon, Guy Mollet…, op. cit.

[18] Gilles Morin, « La CED… », op. cit., p. 41-58.

[19] Roger Quilliot, La SFIO et l’exercice du pouvoir…, op. cit., p. 426-440.

[20] Des opposants laïques à la CED dénoncent vertement la « petite Europe cléricale et réactionnaire », selon le titre d’une brochure socialiste parue en 1954, 24 p., archives de l’OURS.

[21] L’Année politique 1953 et 1954.

[22] De 1951 à 1955, plusieurs dizaines de candidats socialistes aux élections cantonales acceptent de signer des engagements, souvent en huit points, parmi lesquels l’opposition aux lois anti-laïques et au réarmement allemand sont sans doute les plus fondamentales.

[23] Gilles Morin, « La CED… », op. cit., p. 41-58.

[24] Voir le discours de Daniel Mayer au congrès de juillet 1953, où il fait explicitement référence à ce passé, face à son camarade Félix Gouin dont il rappelle implicitement les positions paulfauristes au moment de Munich. Jules Moch, lui, à ce congrès reprend pratiquement l’ancien discours paulfauriste : « Je dis, moi, camarades, que l’on n’a pas le droit de négliger une chance de paix, si faible, si minime soit-elle… », 45e congrès national de la SFIO, archives de l’OURS, p. 439.

[25] Noëlline Castagnez, Socialistes en République…, op. cit., p. 300.

[26] Idem.

[27] Serge Berstein (dir.), Paul Ramadier, la République et le socialisme, Bruxelles, Éditions Complexe, 1990.

[28] Pour un résumé sur cette question et la bibliographie, voir Christian Chevandier et Gilles Morin, André Philip, socialiste, patriote, chrétien, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2005.


Liste de diffusion

À noter

Assemblée générale UMR SIRICE 2017

AG UMR SIRICE s’est tenue le Jeudi 19 Janvier 2017 de 10h à 12h30 Maison de la (...)

Séminaire SIRICE 2016-2017

Depuis le 15 septembre 2015, le nom de l’UMR Irice évolue en UMR SIRICE (Sorbonne-IRICE) (...)