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Compte rendu des débats de l’après-midi

L. Warlouzet — Il faudrait souligner l’impact de la construction européenne sur l’exercice diplomatique avec notamment la création d’un Service diplomatique commun.

A. Colson — S’il s’agit de diplomates nouvellement entrés, ils sont encore imprégnés de culture nationale, dans le cas de diplomates ayant passé dix à quinze ans au sein de la Commission, ils sont en effet régis par une culture commune.

P. Grosser — Il ne faut pas se faire trop d’illusions sur la place de la France au sein du Service diplomatique commun. Les Allemands semblent mieux se préparer. Les Anglais également, qui ont l’habitude d’investir les institutions. La France essaye pourtant de s’adapter à la diplomatie d’influence.

M. Loriol — Si dans certains pays où l’information est rare, l’ambassade continue à tenir une position centrale, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui les grands postes sont les postes multilatéraux ou les postes régionaux.

P. Griset — Je souhaiterais évoquer le cas des négociations lors des fusions d’entreprises. Il y a une cible et plusieurs acteurs possibles. Qu’en est-il alors de la notion de secret ? Quel est le rôle des experts dans la négociation des normes ? Existe-t-il des systèmes experts, des systèmes informatisés d’aide à la négociation ?

A. Colson — Oui, il existe de plus en plus d’outils informatiques, je pense à ceux de Concordia University (Canada). Sur la notion de secret, je dirais qu’elle est au cœur de la tradition de la négociation. La casuistique morale se met en place sous Machiavel : on négocie en secret, tout le processus doit être secret. Avec les Lumières apparaissent la notion de « publicité » et son corollaire, la dénonciation d’une diplomatie « belligène » car secrète. 1792 : les révolutionnaires échouent à la mettre en pratique. 1918 : en dépit de l’affirmation de la nécessaire transparence de la diplomatie dans son « 1er point », Wilson est le premier à négocier en secret. Le début du XXIe siècle voit la réitération de cette « injonction de transparence ». On trouve la même chose dans la négociation d’entreprise : la notion de corporate governance implique l’instillation de la transparence. Rappelons-nous aussi qu’en 2006, Wolfgang Schlüssel, le président autrichien alors à la tête de l’Union européenne, s’était engagé à laisser filmer les débats : il n’y a pas eu de suite à cette proposition. Vous ne négociez évidemment pas de la même façon si vous savez que tout ce que vous direz sera rendu public.

P. Grosser — Quelques mots sur l’évolution de la diplomatie française. Le service public est devenu le service du public et des Français de l’étranger. Autre alourdissement du travail quotidien : les grilles d’évaluation à remplir. En ce qui concerne l’environnement hostile dans lequel peuvent se trouver les services diplomatiques, le service de sécurité diplomatique a pris beaucoup d’ampleur, alors que la question avait été longtemps négligée. Pourtant, le diplomate français reste soucieux de « sortir », de ne pas se « bunkeriser ». La « diplomatie transformationnelle » à l’américaine pousse plus les diplomates américains à sortir, même si les questions de sécurité restent très sensibles.

D. Delfolie — Je suis tout à fait d’accord avec ce qui vient d’être évoqué. Il faut rappeler que la France possède le second réseau diplomatique mondial et que cela induit plusieurs effets. Le premier est de placer mécaniquement les diplomates français au plus près des réalités du terrain. Il existe une dimension d’échelle dans la présence à l’étranger ; plus le maillage diplomatique est dense, plus l’exercice de l’action quotidienne est tourné dans chaque pays vers le tissage de relations étroites. Le second effet est le maintien de postes diplomatiques dans des zones de conflits ou des endroits à hauts risques pour les personnels. À cet égard, les récits biographiques de nombreux agents du MAEE font ressortir des anecdotes ou des remarques significatives sur cette dimension qui s’intègre complètement à leur socialisation, au métier et à leurs processus d’apprentissage professionnel. C’est ainsi une autre spécificité assumée du réseau diplomatique français que d’assurer une continuité de service dans certaines situations complexes, y compris dans des cas extrêmes où peu d’États choisissent alors l’option de rester présents. Cela tient à diverses raisons liées historiquement à la politique d’extraversion de la France, mais également à une doctrine toujours très prégnante soulignée précédemment. En effet, la conception française du travail diplomatique – dans ses missions d’information, de représentation et de promotion des intérêts nationaux – est largement centrée sur la recherche d’un dialogue permanent et de contacts privilégiés avec les élites locales, au sens large, des pays tiers.
Une des traductions concrètes et particulièrement saillantes de cette position est de conserver des liens, plus ou moins solides selon les configurations, avec des acteurs non institutionnels ou considérés comme non conventionnels. La France se distingue notamment en de multiples lieux par sa volonté d’échanger avec des membres de minorités opprimées et des dissidents politiques, mais également avec des organisations extrémistes ou en marge ; c’est le cas par exemple dans les pays musulmans avec les groupes ou associations islamistes. Cette singularité de la France accroît la qualité, reconnue, de la matière empirique récoltée pour l’analyse diplomatique autant qu’elle assoie par ailleurs ses capacités d’action. Cependant, il faut préciser qu’une des conséquences de ce positionnement est d’exposer souvent les diplomates, et plus généralement les membres des postes diplomatiques, à des conditions difficiles d’exercice de leurs activités. Parce qu’ils incarnent dans leurs fonctions la puissance étatique dont ils sont les mandataires, en tant que symboles en prise directe avec des contextes de tensions, ils sont donc amenés à faire l’objet de formes variées de violences malgré les protections que leur octroie le droit international. Les illustrations sont nombreuses et le répertoire des actes de rétorsion visant les diplomates est à large spectre. Toutefois, cet aspect important du travail diplomatique mériterait sans doute un traitement plus approfondi car il reste étonnement peu abordé par la littérature.


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