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Conclusion

Robert FRANK



Albert Thomas présente de trop nombreuses facettes, un parcours trop varié pour qu’une recherche individuelle suffise à rendre compte de la richesse du personnage. On l’a dit et répété dans les pages qui précèdent, de nombreux historiens l’ont croisé dans leurs travaux, ont écrit sur tel ou tel aspect de son action. Malgré les belles publications pionnières déjà citées de Madeleine Rebérioux, Patrick Fridenson, Christophe Prochasson, Christophe Charle, l’historiographie reste bien incomplète sur des dimensions essentielles de cet homme célèbre, qui reste ainsi méconnu. Sur Albert Thomas, la recherche collective est donc plus que nécessaire. Le Centre d’histoire politique et religieuse de la France contemporaine de l’Université de Paris 10-Nanterre, l’IDHE (CNRS, Paris 1, Paris 10, ENS Cachan) et l’UMR IRICE (CNRS, Paris 1, Paris 4) ont décidé de l’amorcer ensemble dans le cadre de ces deux journées d’études.
La collaboration de ces trois centres sur un tel sujet n’est pas, à la réflexion, un pur hasard. Pour le premier cité, dans la tradition de Philippe Vigier, il ne peut y avoir d’histoire politique sans histoire sociale, et vice-versa. Au sein du deuxième, beaucoup se souviennent des enseignements de Jean Bouvier et de Maurice Lévy-Leboyer, qui, tout à la fois en désaccord idéologique total et en profond respect mutuel, scientifique et amical, s’accordaient sur un point : il n’est pas de bonne histoire économique sans histoire sociale. Enfin, les chercheurs de la troisième unité nommée sont imprégnés des leçons de René Girault qui, lui-même inspiré par Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, a toujours prôné une histoire à la fois économique, sociale et politique des relations internationales. Il n’est pas inutile de rappeler que Philippe Vigier, Maurice Lévy-Leboyer et René Girault ont, avec un quatrième partenaire, et non le moindre, René Rémond, étroitement travaillé ensemble pendant les années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, comme professeurs à l’Université de Paris 10-Nanterre, où ils ont eu à cœur de croiser sans cesse leurs approches et leurs disciplines historiques. Or, Albert Thomas est un des acteurs de l’histoire qui a le mieux compris la nécessité de penser ensemble et organiquement l’économique, le social, le politique et l’international, de les considérer comme quatre points indissociables du carré magique qui rend possible l’action. Il revenait à ces trois laboratoires, habitués au décloisonnement des disciplines historiques, de lancer une recherche collective sur l’homme qui refusait le cloisonnement des domaines d’intervention publique.
Ces deux demi-journées ont livré un propos d’étape et leur conclusion ne peut être que provisoire, nourrie tant par les communications que par les débats très fructueux qui ont suivi chacune d’entre elles. Au cours de ces discussions, trois questions ont surgi, révélant des nuances, voire des désaccords entre les historiens : Albert Thomas était-il un « réformiste » ou un « réformateur » ? un « homme mondial » ou un « Européen » ? un homme à succès ou l’homme des échecs. D’où les trois axes autour desquels tourneront ces remarques finales : quelle culture politique fait de lui un réformiste ? quelles représentations de l’espace et du temps mêlent chez lui références à l’Europe et au monde ? quels types de réseaux, quelles formes de sociabilités et d’action font de lui finalement un réformateur sachant réussir, mais pleinement conscient des limites de sa réussite ?

Un socialiste réformiste par la culture politique

Albert Thomas, nous rappelle Gilles Candar, fils de boulanger, « qui passe ensuite au commerce de vins », n’oublie jamais la modestie de ses origines. Mais il ne la revendique pas non plus. Il refuse de prendre la posture de « fils du peuple », tout en gardant en tête les bienfaits de la méritocratie républicaine, la valeur du travail dans l’ascension sociale et les distinctions de classes dans la société française et donc européenne. Selon son ami Lucien Febvre, cité par Alya Aglan, il incarne par son père la tradition du « peuple de Paris », « de cette vieille France artisane, frondeuse et cocardière, révolutionnaire et sentimentale, laborieuse, avisée et narquoise ». À gauche il est, et à gauche il restera. À l’École normale supérieure où il entre dans sa vingtième année en 1898, en pleine Affaire Dreyfus, il s’engage dans ce que Christophe Prochasson appelle le « socialisme normalien » de l’époque. Gilles Candar et Alya Aglan nous précisent la chronologie de sa formation politique. En 1902-1903, après avoir obtenu l’agrégation d’histoire, il fait un séjour en Allemagne comme boursier où il fréquente les milieux sociaux-démocrates et fait la connaissance d’Eduard Bernstein, critique « révisionniste » des fondements du marxisme (Emmanuel Jousse). De retour en France, il entre au comité de rédaction de L’Humanité au moment de sa création en 1904 par Jean Jaurès, qui lui confie « la rubrique consacrée au mouvement syndical en France et à l’étranger », et adhère à la SFIO, fondée en 1905. Pendant les années 1903-1913, ses publications comme historien portent principalement sur l’histoire du socialisme, du syndicalisme, du travail, sauf son histoire du Second Empire qui paraît cependant dans l’Histoire socialiste dirigée par Jaurès. Il partage le pacifisme de ce dernier, ainsi que sa sensibilité internationaliste : jusqu’en 1914, il cherche à maintenir le dialogue avec les sociaux-démocrates allemands pour empêcher la guerre. Socialiste il l’est, et socialiste il le restera.
La question est seulement de savoir, et Jean-Jacques Becker a raison de la poser, où est son socialisme, en particulier après 1914 ? La Grande Guerre apparaît en effet comme un tournant. Après l’assassinat de Jaurès, il approuve, comme les socialistes, l’Union sacrée. Au gouvernement, comme sous-secrétaire à l’artillerie et aux munitions en 1915-1916, puis comme ministre des Armements en 1916-1917, il défend un patriotisme jusqu’auboutiste (Jean-Jacques Becker, Jean-Michel Guieu). Sa façon de mettre la défense de la patrie au-dessus de toute autre considération le met en porte-à-faux par rapport à de nombreux militants de la SFIO. Ils ne comprennent pas son hostilité à la rencontre de Stockholm de 1917 entre socialistes en guerre, ni sa préférence pour la collaboration des classes et le maintien de l’union sacrée le plus longtemps possible.
Pourtant, sa culture politique l’ancre bien dans le socialisme de l’époque, à la croisée du socialisme français et de la social-démocratie allemande. Et, cet ancrage dure bien au-delà de la Première Guerre mondiale. Alya Aglan nous suggère une véritable fascination d’Albert Thomas pour Babeuf, pour ses théories des « Égaux » et de l’égalité comme droit naturel qui est la légitimation des revendications « des prolétaires ou des plébéiens ». Du coup, il entend réaliser le « communisme » dans la démocratie, « le bonheur commun au sein de la république ». Dans ses discours, il cite aussi fréquemment Buchez, Fourier, Louis Blanc et Proudhon. En même temps, il a conscience des limites du « socialisme utopique » et de la nécessité de se détacher du « républicanisme bourgeois » (Alya Aglan), faisant confiance aux nouvelles expériences ouvrières fondées sur la grève et le syndicalisme. Albert Thomas lit Marx, mais, comme le rappelle Emmanuel Jousse, il se montre intéressé par la façon dont Bernstein « révise » le marxisme. En fait, il déforme ce révisionnisme et y puise ce qui l’intéresse pour construire un réformisme différent, plus éloigné de Marx (Emmanuel Jousse, Gilles Candar). Pour Albert Thomas, le marxisme n’explique pas tout et la lutte des classes est plus un fait qu’une doctrine. Comme Jaurès, il pense que l’action des individus, la force des idées, les mouvements de la liberté pèsent également sur l’histoire. Alors que Bernstein accepte le principe de la révolution (sans la violence insurrectionnelle), Thomas ne l’utilise que pour justifier « une conception spécifiquement française du réformisme : un socialisme intégré à la République » (Emmanuel Jousse), avec acceptation du principe de la collaboration de classes quand c’est nécessaire à l’intérêt général. Il aspire à un « socialisme organisateur » (Gilles Candar) qu’il met en pratique quand il est ministre en 1916-1917 et auquel il reste fidèle par pragmatisme. Il n’a en effet pas le goût de la gymnastique de la « synthèse doctrinale » pratiquée par ceux qui ont et veulent avoir une place centrale dans le parti, Jean Jaurès, puis Léon Blum.
En 1917-1919, Albert Thomas rejette l’expérience de la violence des bolcheviks, préfère Wilson à Lénine sur le plan international, la réforme à la révolution sur le plan national et transnational. Cela dit, sa culture politique le porte à être réformiste, et non point réformateur. Les réformes ne doivent pas se contenter d’améliorer le système, de le rendre plus humain. Elles doivent avoir pour objectif, par la voie progressive et pacifique, de le changer structurellement, de modifier la condition ouvrière en profondeur. Jean-Jacques Becker insiste aussi sur deux autres points qui l’ancrent dans les idées et les pratiques de sa famille politique : d’une part, le « socialisme de guerre » qu’il prône pendant le conflit, Albert Thomas espère le prolonger en temps de paix après 1918 ; d’autre part, même lorsqu’il est en désaccord avec la SFIO, il reste fidèle à sa formation et la discipline de parti fait partie de sa culture. Néanmoins, son réformisme le pousse plus loin que ses camarades ne le souhaiteraient, et ses chances d’avoir une haute position dans le socialisme français après la guerre sont limitées.
Nul doute que sa nomination à la tête du Bureau international du travail en 1919 lui donne l’occasion d’élargir les horizons de sa pensée et de son action, ce à quoi il aspirait depuis longtemps.

Le temps et l’espace dans l’imaginaire d’Albert Thomas : un homme mondial ou un « Européen » ?

Très tôt, Albert Thomas inscrit consciemment sa pensée et son action dans le temps. Alya Aglan décortique le « régime d’historicité » (pour reprendre l’expression de François Hartog) dans lequel il s’insère lui-même, en analysant sa représentation des trois temporalités, le passé, le présent et le futur. Cette problématique, qu’elle a utilisée pour les résistants, fonctionne très bien pour Albert Thomas [1]. Bon historien – il est reçu premier à l’agrégation d’histoire, devançant même Lucien Febvre – , il a évidemment une prédilection pour le passé qu’il a étudié de près à travers de nombreuses publications. Comme son ami Febvre, et dans le même esprit que la future École des Annales, il ne peut pas s’intéresser au passé pour le seul amour du passé et ne consent à l’analyser qu’en fonction du présent, adhérant par avance à la définition – sans la connaître – de Benedetto Croce et de Marc Bloch : « Il n’est d’histoire que contemporaine ». Mais, homme engagé, homme d’action avant tout, il ne peut concevoir l’histoire sans la troisième dimension du temps, sans la projection dans l’avenir. D’un côté, l’expérience du passé lui permet de mieux affiner les stratégies du présent, mais de l’autre, il s’agit pour lui d’échapper au présentisme et de bien voir ce présent comme déjà le passé d’un futur à construire.
D’autres articles confirment que cette projection constante dans l’avenir caractérise cet homme d’action. Jean-Jacques Becker explique pourquoi Thomas ne peut pas faire sienne la formule de Clemenceau : « Je fais la guerre ». Certes, il approuve l’idée que tout doit être fait pour la victoire. Mais il refuse la dictature du présent et l’enfermement du court terme : on ne doit pas attendre la fin du conflit pour s’occuper de l’avenir. Voilà pourquoi il faut faire la guerre tout en se préoccupant des conditions sociales dans l’industrie de l’armement grâce « à la mise en place d’un système d’arbitrage obligatoire pour les revendications salariales et d’un système de délégués représentants les ouvriers » (Jean-Jacques Becker). Voilà pourquoi cette recherche de la solidarité sociale pendant le conflit militaire, cette nouvelle organisation économique où l’État intervient et contrôle davantage, bref ce « socialisme de guerre », doivent préfigurer un socialisme de paix, afin que soit donné un espoir, un horizon d’attente aux ouvriers en guerre.
À la lumière de sa perception des trois temporalités, on comprend mieux le tournant de 1914-1918 dans son parcours, un tournant où le changement ne détruit pas toutes les continuités. En fait, il n’y a pas rupture entre son pacifisme d’avant 1914 et son patriotisme jusqu’auboutiste de l’après 1914. Jean-Michel Guieu donne la clé de ce passage somme toute très logique. Albert Thomas est imprégné du « pacifisme juridique » de l’époque, plus sans doute que les autres socialistes. Comme la plupart de ceux qui incarnent ce courant, Théodore Ruyssen par exemple, il n’y a pas de solution de continuité entre les notions de « paix par le droit » et de « guerre pour le droit ». Il ne fait aucun doute pour la majorité des Français que l’Allemagne est responsable de la guerre : elle l’a déclarée, elle a violé la neutralité de la Belgique, elle a commencé d’envahir la France. Au réflexe de 1792 et de « la patrie en danger » s’ajoute une réflexion sur le droit : il a été bafoué et, comme seule la force peut répondre à la violence, il ne sera rétabli que par la guerre. La paix par le droit ne sera remis à l’ordre du jour qu’après la victoire militaire contre l’agresseur. Il y a « un temps » pour tout et il n’y a donc pas de rupture non plus entre le jusqu’auboutisme de guerre de Thomas et son wilsonisme de paix : la victoire était fortement désirée pour reconstruire le droit et la justice, et non point pour imposer une paix injuste de vainqueur, la paix voulue par Clemenceau, une paix peu résistante à la durée de l’avenir.
Pour Albert Thomas, la rupture de l’après 1918 est ailleurs. Elle réside dans l’évolution du rapport entre ses représentations du temps et celles de l’espace. Sa perception de l’espace international dans les premières années du XXe siècle, sa conception de l’internationalisme de la Belle Époque restaient plutôt hors du temps et abstraites. Quand elles prenaient un tour plus concret, elles se limitaient à une dimension quelque peu bilatérale, fondée sur le dialogue entre socialistes français et sociaux-démocrates allemands. De même, Albert Thomas avait une vision de l’avenir, mais elle restait relativement floue, fondée sur la foi dans le progrès, dans l’action ouvrière, sans véritable inscription dans un espace précis. La guerre allait ébranler cette foi sans la détruire, en le persuadant d’une part d’élargir au monde, après le conflit, l’espace de son action en vue d’un futur meilleur, mais en l’incitant d’autre part à donner du temps à la réalisation de ses espérances mondialisées. Il y a certes d’abord son repli sur l’espace national, c’est-à-dire son expérience de patriotisme de guerre. Mais, ce repli, conçu comme provisoire, est partiel car il pense et agit avec les Alliés. Puis, nommé à la tête du BIT en 1919 – les circonstances ont leur poids –, il revient complètement à l’espace international, moins dans le cadre de l’internationalisme de l’avant-1914 que dans celui d’un mondialisme plus concret, mieux inscrit dans le temps, parce qu’institutionnel et multilatéral, fondé sur « une paix juridiquement organisée sous les auspices des institutions genevoises » (Jean-Michel Guieu). À travers ce BIT, secrétariat permanent de l’OIT, Albert Thomas entend fonder son action sur une institution, nous rappelle Dzovinar Kevonian, afin de la pérenniser : voilà pour la dimension temporelle, encore celle de la durée et de l’avenir. Et, l’institution sur laquelle il s’appuie est une organisation internationale, dont il veut faire un espace mondial de production de normes en matière d’organisation du travail : voilà pour la dimension spatiale.
Ce besoin d’institutionnalisation (donc de pérennisation) et d’internationalisation est d’autant plus fort chez lui que bien des dimensions de la paix, comme Olivier Feiertag l’a souligné à juste titre, ont été manquées à ses yeux. La paix morale a échoué, car le Traité de Versailles n’est pas juste ; la paix économique aussi, comme le relève très tôt Keynes, puisque le même traité cherche d’une façon absurde à ruiner le pays pivot pour toute l’économie européenne, l’Allemagne, la principale cliente des États du vieux continent ; la paix sociale n’est pas assurée non plus comme le montrent les grands mouvements sociaux de 1919-1920, suivis de la crise mondiale de 1921 qui révèle un chômage massif et dangereux pour la stabilité des sociétés européennes. Or, Albert Thomas espère, par un processus d’institutionnalisation et d’internationalisation, réussir dans la durée là où l’on a échoué dans l’immédiate sortie de guerre. Tenant, on l’a dit, à ne pas séparer, sur le plan international, l’économique, le social et le politique, il entend penser ensemble ces trois paix, la paix économique, la paix sociale et la paix entre les États. Il est encouragé en ceci par le texte fondateur, la partie XIII du Traité de Versailles, qui, annonçant qu’il n’y aura pas de paix sans justice sociale, crée les conférences du travail de l’OIT et le secrétariat permanent de ce dernier, le BIT. L’objectif est « l’amélioration de la condition des travailleurs par la généralisation d’une législation sociale et par l’affirmation de la liberté syndicale », nous précise Dzovinar Kevonian, qui rappelle aussi que le parchemin scellé en 1924 dans la première pierre du bâtiment construit pour abriter le BIT porte la formule suivante : Si vis pacem, cole justitiam. On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec la devise de la revue Les États-Unis d’Europe, publication éditée par la Ligue internationale de la paix et de la liberté à partir de 1867 : si vis pacem, para libertatem et justitiam [2]. Certes la vision d’Albert Thomas est alors plus sociale que celle des pacifistes juridiques de l’avant-guerre. À ses yeux, il n’y a pas de démocratie, pas de liberté réelle sans justice dans l’organisation des sociétés (Dzovinar Kevonian). Il y a cependant une idée importante en commun : la paix ne dépend pas seulement des relations entre ces « monstres froids » que sont les États ; elle est également dépendante, selon une vision kantienne, de la nature des régimes politiques (para libertatem) et de ce qui se passe à l’intérieur des sociétés nationales (para justitiam), avec des mécanismes similaires d’une société à l’autre, des mécanismes que l’on qualifierait aujourd’hui de « transnationaux ». Nous reviendrons sur ce point capital. Bref, pour Albert Thomas, la répartition des tâches pour la gestion des trois paix est simple. Aux institutions centrales de la SDN revient la gestion de la paix interétatique, c’est-à-dire la paix politique ou internationale. Quant au BIT, il doit devenir un poste d’observation privilégié et un bon tremplin pour l’action en faveur des deux autres paix, la paix économique et la paix sociale, dont la première paix est complètement dépendante. Cela ne se fait pas sans bataille, car la prétention d’une institution, considérée comme étant à vocation sociale, à vouloir investir et accaparer le champ économique est l’objet de nombreuses critiques. Mais Albert Thomas sait jouer de ses atouts, ainsi que des échelles du temps et de l’espace.
Dzovinar Kevonian décrit le combat d’Albert Thomas pour obtenir la reconnaissance de l’expertise de son organisation en matière de statistiques mondiales. De même qu’il ne voulait pas faire de l’histoire pour l’histoire, il ne fait pas de la statistique pour la statistique. Il ne produit pas des chiffres pour la beauté des chiffres : la science doit être mise au service de l’action. Ce qu’il veut pour les sciences sociales, d’autres, comme Paul Painlevé ou Émile Borel, deux mathématiciens entrés en politique, l’ont voulu pour les sciences exactes [3]. Alors que l’Institut international des statistiques, vieille institution datant de 1885, souhaite une science indépendante, les hommes du BIT se battent pour que les statistiques des salaires, de la durée du travail, des conditions de travail, du coût de la vie, du chômage soient au service de la « politique sociale » en faveur d’un futur meilleur. Le combat est également mené pour que la réflexion du BIT ne se limite pas à l’espace social, mais qu’elle s’étende à l’espace économique, ce qui met cette organisation en concurrence avec d’autres institutions. La question du chômage est une obsession pour Albert Thomas à partir de cette crise de 1921, considérée à juste titre comme fondatrice par Olivier Feiertag, et elle légitime ce lien dramatique entre l’économique et le social, cette volonté du BIT de se doter de baromètres économiques afin de mieux prévoir les orages, de « bien faire apparaître, à l’échelle du monde, “chacun des centres de dépression et de pression“ ». Isabelle Lespinet-Moret et Ingrid Liebeskind-Sauthier montrent également comment « l’observation du chômage et la conception de solutions représentent un véritable enjeu scientifique et politique pour le BIT ».
Observer statistiquement le passé et le présent, tenter de prévoir les scénarios de l’avenir en vue de proposer une action, voilà les fils du temps qui tissent une méthode qu’Albert Thomas insère dans un jeu subtil d’espaces hiérarchisés. De même qu’il veut penser ensemble l’économique, le social et le politique, de même il compte jouer sur les échelons nationaux, internationaux (qui englobent les relations et les actions interétatiques) et transnationaux (qui ne dépendent pas des relations entre États). Olivier Feiertag note qu’il a très tôt conscience du caractère « transnational » – le terme n’est évidemment pas employé à l’époque – des facteurs de diffusion de la crise, qu’il s’agisse de celle de 1921 ou de celle de 1929. Ces dynamiques passent les frontières sans avoir nécessairement pour origine des décisions étatiques : les migrations humaines, les flux de capitaux, le montant des importations et des exportations de biens, les taux d’intérêt ou de change. Certes, les questions monétaires relèvent des États mais, une fois les décisions prises, les effets sur l’économie mondiale échappent aux acteurs étatiques sur une durée plus ou moins longue. Les solutions nationales ne peuvent donc suffire, face à ces forces qui traversent les territoires nationaux. C’est une régulation – le mot n’existe pas non plus alors – à la fois internationale et transnationale qui est nécessaire. Yann Decorzant en décrit les prémisses dans sa thèse [4] et montre l’importance de la Conférence de Bruxelles en 1920 à cet égard dans l’article écrit dans le présent volume. Albert Thomas préconise cette régulation et s’en fait le champion grâce à certaines cartes qu’il a en main. Dzovinar Kevonian insiste sur l’originalité structurelle de l’OIT et du BIT qui lui permet de jouer sur deux leviers : grâce au paritarisme tripartite de sa représentation (délégués des États, délégués ouvriers et délégués patronaux), son organisation peut agir à la fois sur le plan étatique et sur le plan infra-étatique, c’est-à-dire sur le plan international et transnational. À propos de cette internationalisation de la question du travail (Dzovinar Kevonian), voire de cette internationalisation de l’action économique et sociale, Olivier Feiertag va jusqu’à suggérer qu’est ainsi préfigurée par Albert Thomas, d’une façon extrêmement moderne, ce qu’on appelle aujourd’hui la « gouvernance » mondiale.
Rien d’étonnant donc à ce qu’Olivier Feiertag qualifie Thomas d’« homme mondial », idée que Patrick Fridenson a contestée pendant les débats lors de la journée d’études. Les arguments des deux historiens ont leur valeur et les deux positions ne sont d’ailleurs pas inconciliables. Pour Patrick Fridenson, Albert Thomas aspire à être plus mondial qu’il ne l’est en réalité. Le monde est chez lui un objectif, mais l’Europe est la réalité centrale dans son système de représentations et d’action. À quoi il convient d’ajouter sa méconnaissance des langues étrangères et la nécessité pour lui d’accumuler de la documentation et de combler ses ignorances dès qu’il sort d’Europe. Pour l’autre thèse, on vient d’évoquer les fondements du raisonnement d’Olivier Feiertag qui s’appuie sur le fait que Thomas encourage l’analyse de mécanismes mondiaux et propose des instruments de régulation mondiale. D’autres éléments sont ajoutés au dossier : les nombreux voyages de l’homme à travers la planète, sa sensibilité face aux nouvelles dynamiques extra-européennes : le développement de la suprématie économique des États-Unis et l’émergence de certains pays comme l’Inde, le Chili ou l’Afrique du Sud qu’il fait étudier de près. C’est sans doute Paul Painlevé qui, en 1923, a la juste formule, citée par Olivier Feiertag : « M. Albert Thomas est un homme non seulement européen, mais mondial ». Entendons-nous sur les mots. Européen, il l’est, si être « européen » signifie participer de « l’européanité », du sentiment d’appartenance à la culture européenne, de la façon de voir le monde « à l’européenne », y compris la manière dont, à l’époque, l’Europe se prend pour le monde et a tendance à se confondre avec lui. Néanmoins, Thomas a un espace de référence « global », une authentique vision du monde où, si l’Europe y est précisément centrale, elle ne doit pas, à ses yeux, y développer une identité économique ou politique qui la distingue du reste de la planète. Européen, il ne l’est pas en effet au sens de « l’européisme » de l’époque auquel adhère au contraire un Painlevé à partir de 1924. Lorsque le protocole de Genève tendant à donner plus d’efficacité à la SDN échoue, les radicaux, ainsi que les républicains socialistes – dont Paul Painlevé fait partie –, sont incités à adopter une approche moins universelle. Ils se rabattent sur une vision plus régionale, sur un militantisme plus européen, même s’ils continuent à voir dans la SDN l’institution permettant de parrainer l’unité du vieux continent [5]. Cette dynamique les conduit à contribuer au plan Briand d’union fédérale de 1930 et à l’approuver. Ce n’est pas le cas des socialistes qui, ambivalents, hésitent encore entre internationalisme et européisme, donnant encore priorité au premier sur le second. Léon Blum, tout étant un des présidents français de la section française du mouvement paneuropéen de Coudenhove-Kalergi en 1927, se montre critique à l’égard du plan Briand. Albert Thomas a également une réaction négative à l’égard de ce projet, préférant la SDN comme espace essentiel d’action. La mutation connue par les radicaux en 1924 a lieu pour les socialistes français un quart de siècle plus tard seulement : ils européanisent définitivement leur internationalisme en 1948, au début de la guerre froide, lorsque les premiers échecs de la nouvelle organisation mondiale, l’ONU, provoquent chez eux une déception profonde [6], comparable à celle des radicaux en 1924 face à l’insuccès du protocole de Genève qui les a poussés à l’européanisation de leur espace de référence. De ce point de vue, Albert Thomas est un socialiste français typique de son époque, avec un positionnement international bien différent des radicaux et même des républicains socialistes. Culturellement – culture politique comprise –, il est plus Européen que mondial. Politiquement – y compris au plan des politiques économiques et sociales envisagées –, il est plus mondial qu’européen.

Un réformateur par ses liens de sociabilité et son action

Chez Albert Thomas, on l’aura compris, le goût de l’action prime sur tout. Socialiste réformiste par sa culture politique, il joue, une fois à la tête du BIT, sur toutes les touches du clavier international, ce qui le conduit peut-être à évoluer vers plus de pragmatisme.
Cette évolution est à noter dans la multiplication des liens de sociabilité qu’il noue tout au long de sa vie. Pour l’avant 1914, Gilles Candar note clairement les trois types de réseaux dans lesquels Albert Thomas s’insère : le réseau normalien qu’il utilise sans en abuser ; le réseau des revues, La Revue syndicaliste qu’il fonde en 1905 et qu’il veut placer à la charnière entre la nouvelle SFIO et la CGT, puis la Revue socialiste, syndicale et coopérative qu’il crée après une opération de fusion en 1910 ; le réseau du parti, la SFIO et le groupe parlementaire socialiste dès qu’il est élu député en 1910. Il noue d’autres liens : la Ligue des droits de l’homme et le salon de la rue de la Faisanderie, tenu par Adeline Ménard-Dorian, « une personnalité de premier plan de la Ligue » (Jean-Michel Guieu), où se côtoient des hommes de gauche, écrivains, artistes ou responsables socialistes, ou socialistes indépendants devenus républicains socialistes, comme Paul Painlevé, ou radicaux.
Après 1919, au temps du BIT, ses réseaux s’internationalisent et s’élargissent à la fois. Il faudra continuer de travailler sur les réseaux qu’il se crée et s’interroger sur les continuités et les changements par rapport à l’avant-guerre. Lors des débats qui ont eu lieu pendant la journée d’études, Ludovic Tournès est intervenu pour donner une indication : à travers ses travaux sur la philanthropie américaine et les fondations Carnegie et Rockefeller pendant les années 1900-1939, il note une continuité entre bien des « nébuleuses » transnationales qui réfléchissent à la paix entre l’avant 1914 et l’après 1918 [7]. Nul doute cependant que la guerre a changé nombre de pratiques et que les nouvelles fonctions de Thomas à Genève l’obligent à utiliser autrement ses réseaux.
Pour obtenir des résultats, il doit composer aussi bien avec les milieux patronaux que syndicaux et genevois. Michel Cointepas, dans sa thèse sur Arthur Fontaine, montre l’influence que ce personnage important, président du conseil d’administration du BIT, exerce sur Albert Thomas, le directeur de l’institution [8]. Les rapports sont complexes entre le républicain de centre-gauche, pondéré et conciliateur, et le bouillant militant socialiste. Le président a d’ailleurs aussi ses réseaux dans lesquels il introduit le directeur. Pendant les discussions de la journée d’études, un échange intéressant a eu lieu. D’un côté, Michel Cointepas explique comment le républicain « réformateur », Fontaine, et le socialiste « réformiste », Thomas, réussissent à s’entendre. De l’autre, Isabelle Lespinet-Moret estime qu’il est réducteur de voir en Arthur Fontaine un bourgeois et un « réformateur ». Même s’il dit qu’il n’est pas socialiste, il se veut sur la même longueur d’ondes qu’Albert Thomas avec lequel il partage plus d’idées et de combats qu’avec les chrétiens-sociaux dont les positions auprès du BIT sont authentiquement « réformatrices ». Ce débat nous inspire une question : et si l’on changeait tout simplement les qualificatifs pour Thomas et non pour Fontaine ? Isabelle Lespinet-Moret a raison de noter les convergences entre les deux hommes et Michel Cointepas a raison de voir en Fontaine un réformateur. Il y a entente entre eux, parce que Thomas est devenu lui-même réformateur, fonctionnellement, sinon culturellement et idéologiquement. Là encore sa conscience du temps joue à plein et lui permet l’ambivalence : le réformisme qui mène au socialisme n’est pas rejeté, mais il est pour plus tard. Après la guerre, il y a des urgences qui le rendent vigilant et des opportunités à saisir. Avec l’OIT et le BIT, la collaboration de classes s’institutionnalise et s’internationalise. Elle n’est plus seulement un levier qui, de pair avec la lutte de classes, vise une société idéale, que les réformistes espèrent obtenir par une suite progressive de luttes et de réformes. Elle devient plus pragmatiquement une méthode pour aboutir le plus vite possible, non point au socialisme, trop lointain, mais à un capitalisme à visage humain, ce dont se contentent les réformateurs. L’objectif est désormais de transformer le système, non plus d’en changer. À l’échelle de l’action d’une vie, du moins. Dès lors, l’avenir très radieux ne devient-il pas un prétexte ou un instrument d’appeasement doctrinal ?
Voilà sans doute posé tout le problème du socialisme démocratique au XXe siècle, du socialisme français en particulier. Pendant que les communistes vont cultiver l’ambivalence entre posture révolutionnaire et praxis réformiste, les socialistes vont difficilement faire coexister, non sans cris ni déchirements, leur attachement à la doctrine réformiste et leur acceptation de l’action réformatrice. Les visions transnationales et internationales d’Albert Thomas ne l’ont-ils pas incité à trancher plus vite ? à accepter de faire sa mue plus tôt, de socialiste réformiste en socialiste réformateur ?
Toute cette mutation pour quel bilan ? Pour Jean-Jacques Becker, celui-ci est plus que positif, car Albert Thomas est à ses yeux, grâce aux résultats obtenus au ministère de l’Armement, « l’homme qui a gagné la guerre », presque plus que n’importe lequel des généraux. Patrick Fridenson, dans les débats lors de la journée d’études, a contesté cette idée et voit plutôt un homme qui a une grande capacité d’échecs, mais qui sait aussitôt rebondir. En tout cas, au BIT, les batailles ont été rudes et n’ont pas toujours été gagnées, y compris les combats pour la reconnaissance des compétences de l’institution dans le champ économique. La concurrence est rude avec l’Institut international de la statistique (Dzovinar Kevonian), avec la SDN et l’Organisation économique et financière que celle-ci met en place après la Conférence de Bruxelles de septembre 1920, bien analysée par Yann Decorzant. Albert Thomas obtient de justesse que le BIT soit représenté à la Conférence de Gênes de 1922, mais il échoue pour la Conférence économique de Genève de 1927 dont son institution est écartée. Le programme inscrit dans son Mémorandum de 1931 où, face à la crise mondiale et à la montée spectaculaire du chômage, il propose « un gigantesque plan de travaux publics européens », n’aboutit pas, car il « rencontre incompréhension et hostilité » (Isabelle Lespinet-Moret et Ingrid Liebeskind-Sauthier).


Au total, l’action d’Albert Thomas a eu ses limites. Patrick Fridenson, pendant la journée d’études, a eu raison de dire qu’il ne faut en aucun cas faire une histoire hagiographique de ce personnage et que le bilan de ses échecs doit aussi être dressé. Ce conseil est d’autant plus sage qu’il y a incontestablement chez Thomas une modernité qui fascine l’historien d’aujourd’hui. Raison de plus d’en appeler à la vigilance méthodologique. Sans doute, y a-t-il plus d’idées, plus de pratiques nouvelles et moins de résultats dans la vie politique de cet homme mort à 53 ans. Sans doute, comme l’a rappelé Jean-Jacques Becker, la crise de 1929, l’essor et le succès des totalitarismes pendant les années trente ont rendu le contexte défavorable et cassé la durée nécessaire au développement des liens internationaux qui commençaient à se nouer dans les années vingt. Les idées et les pratiques nouvelles du premier après-guerre sont, après une interruption, une préfiguration de l‘après 1945. De fait, c’est la modernité de nombreux acteurs politiques des années vingt, pas seulement de notre personnage, qu’il convient de souligner.
Une des originalités d’Albert Thomas réside cependant dans les stratégies qu’il a déployées à la tête du BIT pour internationaliser les questions sociales et économiques, pour actionner les réseaux transnationaux, pour tenter de mettre en place une véritable « société mondiale ». Il y a encore beaucoup de travaux à effectuer sur ces problématiques qui peuvent mieux nous faire comprendre, mutatis mutandis, celles de la mondialisation de notre temps présent. Or, il faut profiter de la richesse des archives de l’OIT, qui sont très précieuses à cet égard, comme le montre la description qu’en fait Remo Becci. D’où des programmes de colloques en 2009 qui, à l’occasion du 90e anniversaire de cette organisation, braquent davantage les projecteurs sur cette dernière, dans le cadre d’une période qui va bien au-delà de la mort du premier directeur du BIT, de 1919 jusqu’aux années quatre-vingt.
Albert Thomas ne sera pas oublié pour autant. En cette époque de « crise de l’avenir » qui touche l’Europe – ou notre partie de l’Europe – depuis une trentaine d’années, il n’est ni désagréable ni inutile de travailler sur un optimiste qui croyait pouvoir bâtir le futur.



[1] Alya Aglan, Le temps de la Résistance, Paris, Actes-Sud, 2008.

[2] Marta Petricioli, Donatella Cherubini, Alessandra Anteghini (dir.), Les États-Unis d’Europe, un projet pacifiste, Berne, Peter Lang, 2004 (préface de Robert Frank).

[3] Claudine Fontanon et Robert Frank (dir.), Paul Painlevé (1863-1933). Un savant en politique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Carnot », 2005.

[4] Yann Decorzant, La Société des Nations et la naissance d’une conception de la régulation économique internationale, thèse de doctorat sous la direction de Patrick Verley, Université de Genève, 2008.

[5] Claudine Fontanon et Robert Frank (dir.), Paul Painlevé (1863-1933)…, op. cit. Lire aussi Éric Bussière, « L’organisation économique de la SDN et la naissance du régionalisme économique en Europe », Relations internationales, n° 75, 1993.

[6] Robert Frank, « La gauche et l’Europe », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, volume 2, xxe siècle : à l’épreuve de l’histoire, Paris, La Découverte, 2004, p. 452-471.

[7] Voir le mémoire d’habilitation de Ludovic Tournès, La philanthropie américaine et l’Europe (1900-1939). Contribution à une histoire transnationale de l’américanisation, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, soutenance : 22 novembre 2008.

[8] Michel Cointepas, Arthur Fontaine, 1860-1931, Rennes, PUR, 2008. Avant la guerre, Arthur Fontaine a participé à la création de l’Office du travail, est devenu le premier directeur du Travail, d’abord au ministère du Commerce, puis au ministère du Travail lorsque celui-ci est créé en 1906 : voir aussi Isabelle Lespinet-Moret, L’Office du travail, la République et la réforme sociale, 1891-1914, Rennes, PUR, 2007.


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