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Albert Thomas, historien du temps présent

Alya AGLAN

Sous la rubrique « La vie scientifique » « Économistes, historiens, hommes d’action », Lucien Febvre rend hommage à Albert Thomas dans le numéro de la revue Annales d’histoire économique et sociale de juillet 1932 [1]. Pour Lucien Febvre, Albert Thomas appartient à « un groupe d’hommes mêlés au maniement des choses contemporaines » [2]. « Historien, Albert Thomas l’était profondément et comme d’instinct » dit-il, avant d’ajouter
« plus enthousiaste qu’analyste peut-être, plus faustien, si l’on veut, qu’apollinien ; il me faisait toujours rêver d’une œuvre où se serait donnée libre cours, avec les meilleurs de ses dons, cette espèce d’ivresse panthéiste qui semblait parfois bouillonner en lui : une histoire de la Grande Guerre des Paysans, j’imagine, placée sous le triple signe de Michelet, de Marx et de Jean Jaurès » [3].
Par ses origines sociales, il aurait hérité, affirme Lucien Febvre, d’une tradition prestigieuse : celle du peuple de Paris. À propos du père d’Albert Thomas, boulanger à Champigny-sur-Marne, républicain et socialiste, Lucien Febvre note :
« Bien plus qu’un père, si fier fût-il des succès de son fils : une tradition vivante. Celle du peuple de Paris. De la vieille France artisane, frondeuse et cocardière, révolutionnaire et sentimentale, laborieuse, avisée et narquoise » [4].
Si Albert Thomas peut se définir comme historien, ce n’est pas dans le sens académique du terme. Disons d’emblée que l’histoire et l’engagement politique chez lui sont inséparables. Historien du temps présent conviendrait mieux à qualifier son investissement intellectuel dans la discipline comme si l’histoire se trouvait être le moyen le plus à même de répondre aux questionnements du contemporain.
Albert Thomas est l’auteur de plusieurs ouvrages d’histoire : Le syndicalisme allemand. Résumé historique (1848-1903), publié en 1903 dans la Bibliothèque socialiste (n° 20), Le Second Empire (1852-1870), tome X d’Histoire socialiste (1789-1900), illustré de documents iconographiques d’archives et publié sous la direction de Jean Jaurès [5], paru en 1907 et Histoire anecdotique du travail, écrit et illustré pour les enfants des écoles [6], publié en 1913 [7]. En 1906, il a également fait paraître, dans la Bibliothèque socialiste, des extraits de La doctrine des Égaux de Babeuf, introduits par un bref avant-propos. Sa thèse de droit peut également intéresser les historiens ; sous le titre La liberté de l’enseignement en France de 1789 à nos jours, elle est publiée en 1911 chez Sirey.

L’histoire dans laquelle se situe Albert Thomas prend en compte deux impératifs majeurs : l’histoire du socialisme et l’éducation populaire. Dans cette histoire, s’inscrivent les préoccupations du présent. Lucien Febvre évoque « le rêve [d’Albert Thomas], maintes fois caressé, d’une sorte d’Université du Travail qui se développerait à l’ombre du BIT », avant de conclure :
« L’historien, en Thomas, n’est jamais mort. Il n’a jamais voulu séparer, par une cloison étanche, les deux parties de sa vie : sa jeunesse d’études et de recherches savantes, sa pleine maturité d’action et de création » [8].
Albert Thomas se situe volontairement dans la continuité historique du socialisme, partant de l’étude du temps dont il est contemporain pour remonter aux sources du socialisme. « C’était quasiment de l’histoire immédiate, vieille de seulement trente ans, dans une entreprise militante et chez un éditeur populaire » dit Gilles Candar dans son article.
Un premier constat s’impose : pour Albert Thomas, l’écriture de l’histoire est inséparable des choix existentiels qui seront les siens. Né en 1878, à Champigny-sur-Marne, élève au lycée Michelet, il y subit l’influence de Paul Desjardins [9], professeur de lettres de première supérieure, dreyfusard, entré à l’École normale supérieure en même temps que Jaurès et Bergson en 1894, ainsi que de Charles Laffont, professeur d’histoire. Il a vingt ans au moment de l’Affaire Dreyfus. Après son entrée à l’ENS en 1898 et sa rencontre avec Lucien Herr, bibliothécaire et ami de Jean Jaurès, et Charles Andler agrégé d’allemand et fondateur de l’« École socialiste » en 1899 [10], qui enseigne à l’ENS entre 1893 et 1904, Albert Thomas adhère au socialisme dès l’année suivante, en 1899 [11], entre au parti socialiste en 1905. La même année, il participe au mouvement des universités populaires [12] où il rencontre Jean Allemane avec lequel il anime une séance en décembre 1901 [13]. Albert Thomas a également fait partie des premiers adhérents de « La Mission laïque française » créée le 9 juin 1902, association patronnée par Léon Bourgeois, Jean Jaurès et Madame Jules Ferry, qui avait pour but de promouvoir l’enseignement laïc dans les colonies françaises et à l’étranger, liant les impératifs du dreyfusisme, du socialisme et de l’éducation populaire. La même année 1902, Albert Thomas adhère à la Ligue des droits de l’homme (section de Champigny) et est reçu premier à l’agrégation d’histoire devant Lucien Febvre.
L’année de sa licence de lettres, il se tourne d’emblée vers l’étude du socialisme, de ses doctrines et de son histoire, lit Blanqui et Mazzini, le premier tome du Capital de Karl Marx, Babeuf, Louis Blanc, Proudhon [14]. Ses lectures révèlent également un intérêt pour les théories économiques : celles d’Adam Smith, en plus de celles de Marx et d’Engels. Les ouvrages des socialistes allemands lui sont traduits par des camarades germanophones. Lors de son séjour en Allemagne comme boursier, effectué en même temps que Pierre Comert et Maurice Halbwachs, en 1902-1903, il découvre la social-démocratie. De ce séjour peut-être date l’inflexion que prend son parcours, de l’histoire à la politique, puisqu’il déserte les cours de l’université de Berlin pour entrer en relations suivies avec les socialistes allemands, dont il considère l’organisation comme un modèle [15]. Pour l’obtention du diplôme d’études supérieures d’histoire et de géographie, en décembre 1901, il avait rédigé un mémoire consacré aux « idées populaires de réforme sociale de 1832 à 1834 », remontée vers les sources du socialisme « comme s’il cherchait la filiation historique de ce courant » [16]. Pour Albert Thomas, l’histoire est une activité qu’il mène de front avec d’autres, plus ancrées dans le temps présent. En décembre 1902, il s’implique dans la polémique lancée par Vorwärts à propos du « cas Millerand », accusé d’incarner un socialisme bourgeois et revanchard. Dans le même temps, Albert Thomas s’implante dans les milieux réformistes autour des Sozialistische Monatshefte et entame des relations personnelles avec le « révisionniste » Eduard Bernstein, exécuteur testamentaire d’Engels et critique des fondements marxistes du socialisme. Les deux hommes entretiennent une correspondance suivie à partir d’avril 1903. Comme journaliste, il couvre les élections de 1903 pour La Petite République, journal des socialistes du PSF. Son enquête sur le syndicalisme allemand, travail d’érudition mené sur le terrain, doit beaucoup à ses relations avec Bernstein qui lui ouvre les portes des réseaux syndicalistes outre-Rhin, lesquels lui procurent une abondante documentation. En avril 1904, il est appelé par Jean Jaurès à participer au comité de rédaction de L’Humanité, qui vient d’être créé. Albert Thomas y devient responsable de la rubrique consacrée au mouvement syndical en France et à l’étranger tandis que les journaux allemands lui demandent des articles sur les mêmes thèmes. Il tient le même rôle de passeur entre les socialistes européens et français dans La Revue syndicaliste fondée le 15 mai 1905 – et qui paraît jusqu’en 1910 – qu’il anime et qui se révèle largement ouverte à l’actualité des mouvements syndicalistes étrangers. Comme Robert Hertz le souligne dans une lettre à Albert Thomas, il s’agit de « convertir des notions théoriques plus ou moins perdues dans de gros bouquins », afin d’en faire des « aliments substantiels pour la propagande » [17]. Le terme de propagande doit ici être pris au sens de « propager », sans connotation péjorative, puisqu’il s’agit de véritables travaux scientifiques qui ont pour fin d’informer plutôt que manipuler. La Revue syndicaliste fusionne avec La Revue socialiste dont Albert Thomas devient le rédacteur en chef en 1910 [18]. Enfin, dans les mêmes années, après un bref passage dans l’enseignement [19], Albert Thomas entame une carrière politique en intégrant le conseil municipal de Champigny-sur-Marne en 1904, avant d’en devenir le maire en 1912. En 1910, il est élu député de la Seine, réélu en 1914. Ses travaux d’historien doivent donc être resitués dans le cadre de multiples activités entre le journalisme, l’animation de revues et l’engagement politique. De même que l’on pourrait le définir comme un passeur entre les mouvements syndicalistes internationaux, de même ses travaux et ses projets d’historien le désignent comme un passeur entre les idéaux du XIXe siècle et les aspirations ou les réalisations qui doivent être celles du XXe siècle.
Plus que ses écrits eux-mêmes, ses projets historiques révèlent l’imbrication étroite entre action et histoire. S’il semble s’inscrire, dans un premier temps, dans le sillage académique de son maître, le germaniste Charles Andler, dont il entend continuer l’œuvre dans le domaine historique, Albert Thomas investit à la fois le passé de l’histoire socialiste et le présent des structures. Sa méthode, comme son sujet, lient l’étude du passé au présent : « il ne m’a pas été sans profit de pouvoir causer, au cours d’un voyage récent, avec Legien, avec von Elm et avec Timm » dit-il, après la présentation de sa bibliographie et de ses sources, en conclusion de l’introduction de l’ouvrage [20]. Il considère qu’un syndicalisme fort constitue l’instrument le plus efficace de l’éducation et de la défense du prolétariat. Le syndicat doit être l’outil de la révolution sociale, en France comme en Europe. À l’occasion de son étude sur le syndicalisme allemand, Albert Thomas entrevoit des solutions applicables au syndicalisme français, notamment dans la relation avec le politique :
« pas de syndicalisme antiparlementaire, ni de parlementarisme réduit au souci étroit des intérêts syndicaux, mais garantie du rôle spécial du syndicalisme, sans le séparer de la tâche plus vaste de l’émancipation générale de la classe ouvrière »
résume son biographe Bertus Willem Schaper [21].
Nous voudrions ici mettre l’accent sur quelques thèmes qui apparaissent dans son œuvre d’historien. Le premier thème qui me semble central est celui de recherche de la continuité historique, comprise comme transmission d’expériences et de savoirs théoriques.
« Le nom de Babeuf est un des plus populaires de notre histoire socialiste […] C’est par la tentative babouviste que le socialisme est entré dans notre histoire ; c’est aux Égaux que par Buonarroti et Blanqui, les socialistes d’aujourd’hui peuvent faire remonter leurs origines »
affirme d’emblée Albert Thomas dans l’avant-propos [22]. En une phrase, tout est dit. Il s’agit de remonter aux sources du socialisme en établissant la filiation, la chaîne de transmission par laquelle les socialistes contemporains d’Albert Thomas peuvent retrouver une tradition. L’histoire se charge de fournir la conscience de cette tradition. Le projet tient à la mettre à la disposition des « propagandistes » ou « militants »,
« tous ceux qui voudraient, pour mieux convaincre, montrer la continuité de notre pensée ou de notre œuvre, ou qui aimeraient à s’autoriser de vieilles formules, spontanées et vigoureuses, n’ont à leur disposition ni une histoire du babouvisme, ni des extraits commodes et de prix accessible, des œuvres babouvistes » [23].
Albert Thomas cherche dans « les théories des Égaux » des solutions qui pourraient « convenir à notre société industrialisée » [24], car pour lui les critiques adressées par Babeuf à la « société de son temps » restent exactes, et particulièrement « sa théorie du droit naturel » qui fonde les revendications « des prolétaires ou des plébéiens ». « Enfin et surtout, dit-il, que son effet pour réaliser le communisme dans la démocratie politique et par elle, était pour nous encore presque contemporain » [25]. Les écrits de Babeuf lui restent contemporains, même s’il reconnaît que sa théorie du droit naturel n’est ni originale ni mieux formulée qu’ailleurs. « Selon le droit de nature, les hommes sont égaux ; ils ont droit à une part égale des fruits de la terre » [26]. L’histoire que pratique Albert Thomas se veut une « éducation révolutionnaire » [27], meilleur moyen de combattre les « préjugés » (le travail est vil et méprisable) inculqués par quelques-uns, vivant dans « l’oisiveté et le luxe », à la majorité, qui vit « dans le travail et l’indigence » [28]. « Détruisons donc ces préjugés, éclairons les hommes, et ils revendiqueront leurs droits » [29]. Cette vocation à éclairer le peuple, en lui rappelant « ses droits imprescriptibles » [30], Albert Thomas, tout en l’attribuant à Babeuf, s’en fait le continuateur. Dans le terme « communisme », il voit la réalisation du « bonheur commun » au sein de la République. Les extraits de l’œuvre de Babeuf, choisis par Albert Thomas, rassemblent, dans l’ordre chronologique, les écrits de 1785 à 1790, de la période d’avant la Révolution à la Révolution, Le Droit naturel, des extraits du journal de Babeuf, Journal de la liberté de la presse puis Tribun du Peuple, enfin les principaux textes de la Conspiration des Égaux de 1796, même s’ils ne sont pas de la plume de Babeuf. Dénoncés, les membres de la Conspiration avaient été arrêtés puis exécutés le 29 mai 1797. « Mais, ajoute Albert Thomas, leur ami Buonarroti transmit aux révolutionnaires du XIXe siècle leurs pensées et leurs projets » [31]. Cette transmission constitue l’intérêt majeur de ces textes pour Albert Thomas.
Les projets qui suivent, même s’ils ne sont pas réalisés, viennent confirmer l’importance d’une recherche de continuité. « Thomas avait en vue une étude plus vaste sur Babeuf » dit Bertus Willem Schaper [32]. Puis son intérêt se porte sur Blanqui, « grand continuateur de la tradition babouviste, qui fut transmise par Buonarroti, lequel fut aussi le maître des carbonari, et qui, par Vaillant, devait subsister jusqu’à la Première Guerre mondiale » [33]. Sur Blanqui, Albert Thomas avait pris « les notes abondantes qui devaient (lui) servir à fabriquer une savante thèse d’histoire » [34]. Albert Thomas avait également projeté
« une histoire systématique du socialisme français […] : Saint-Simon et les personnages de son école, tels que Buchez et Pecqueur, Fourier et Considérant, Louis Blanc et Proudhon […] fréquemment cités dans les discours de Thomas » [35].
Le second thème, tout aussi important, relève de la relation entre le passé et le présent. Albert Thomas travaille deux ans à l’histoire du Second Empire qui paraît, en 1907, dans l’Histoire socialiste (1789-1900) dirigée par Jean Jaurès. L’ouvrage monumental de Jaurès, documenté et rigoureux par sa méthode, récuse l’approche historique strictement marxiste. « Si l’explication des événements par les rapports de classes est un bon guide, “elle n’épuise pas la réalité historique” » [36] soutient Jaurès. Il demeure un « résidu inexpliqué » irréductible qui tient « aux diversités individuelles », au rôle joué par les hommes conscients et volontaires. Il pourrait dire, avec Droysen, « le pouls du mouvement de l’histoire, c’est la LIBERTÉ » [37]. « Isolé, le mouvement économique n’est qu’une abstraction » pour Jaurès s’il ne prend pas en compte les facteurs politiques autonomes et surtout intellectuels, soit le « mouvement des idées » [38]. « La logique inquiète de l’idée », selon le mot de Jaurès, serait « à elle seule un moteur de l’histoire » [39]. « La Révolution, écrit Jean Jaurès, ce n’est pas l’organisation autoritaire et dictatoriale d’une société, c’est la remise en liberté du mouvement humain » [40]. Ces partis pris méthodologiques se lisent dans la structure de l’ouvrage dont le cheminement chronologique est entrecoupé de vastes études transversales consacrées à des tableaux économiques, au mouvement des idées ou à l’étude du contexte européen. Comme le souligne Pierre Bouretz, l’histoire de Jean Jaurès se situe dans un espace à trois dimensions : celle de l’événement, celle du socialisme, « temporalité de longue durée, orientée vers l’avenir » [41], qui donne un paradigme d’analyse, l’horizon de l’événement et son interprétation, et celle de la démocratie, troisième dimension qui lie entre elles les deux premières et leur confère un sens. « Jaurès pense le socialisme dans la continuité de l’œuvre de la Révolution » [42], dans une vision optimiste de l’histoire d’une humanité en marche constante vers le progrès. Il voit l’avenir comme « une pénétration toujours plus profonde de la démocratie et de la science », « une application toujours plus hardie de ces deux forces au perfectionnement social et individuel de tous les hommes » [43]. Dans l’horizon de l’idéal républicain, la science est synonyme de démocratie, dont le socialisme serait l’aboutissement.
Le volume signé par Albert Thomas devait être initialement rédigé par Lucien Herr et Charles Andler, qui lui confient cette tâche. Salué comme travail pionnier, « partiellement impossible » dit Charles Andler dans sa préface, il s’agissait d’entreprendre l’écriture de « l’histoire de la classe ouvrière » en l’intégrant dans « l’histoire économique et sociale tout entière » [44]. L’ouvrage s’appuie sur des sources solides et neuves : rapports des Expositions universelles, travaux d’économistes attachés au régime, statistiques techniques et économiques, rapports des procureurs généraux, manifestes des sociétés secrètes, documents des sociétés de secours mutuels, écrits des théoriciens du socialisme, écrits de Proudhon, collection de journaux « pour établir la filiation des idées qui se sont coordonnées pour former le socialisme de cette génération réaliste » [45]. Charles Andler précise : « La grande nouveauté du livre d’Albert Thomas est d’avoir écrit, d’après des témoignages en grande partie inconnus, les raisons de l’hostilité croissante entre la classe ouvrière et l’Empire » [46]. Ce que vient démontrer le travail d’Albert Thomas se résume ainsi : « Les croyances du prolétariat ne s’établissent plus comme au temps de l’utopisme, par de grands systèmes imaginés par des hommes supérieurs. L’effort collectif de toutes les organisations ouvrières, effort de pensée et effort actif, est seul capable de faire face à des nécessités multiples que ne domine plus une réflexion d’homme, si compréhensible et inventive qu’on la suppose » [47]. Autant dire que le marxisme n’avait pas tout prévu et tout compris. Le principal acquis de ce travail concerne l’histoire de l’Internationale ouvrière, sujet central de l’ouvrage. Albert Thomas s’attache à démontrer que la naissance du mouvement ouvrier organisé est plus liée à sa spontanéité et à son pragmatisme qu’à l’influence de ses théoriciens. « Jamais l’étude de cette constitution tâtonnante du nouveau socialisme expérimental n’a été poussée aussi loin que chez Albert Thomas. Son expérience du syndicalisme l’avertissait. Des documents connus ou inconnus, mais négligés, sont apparus, grâce à lui, avec leur sens véritable, qui montre, entre 1860 et 1870, une classe ouvrière entièrement renouvelée dans son éducation profonde par les nécessités d’une “lutte de classes”, menée désormais avec une intelligence très dégagée d’humanitarisme vague » déclare Charles Andler [48]. Babouvisme, cabétisme et blanquisme ont pu nourrir d’espérances la classe ouvrière en formation mais celle-ci, désormais consciente d’elle-même, a inventé « une méthode et une doctrine nouvelle », nettement détachée du « républicanisme bourgeois », et qui se définit, sur le triple plan économique, politique et militaire par de nouveaux moyens d’action : la grève générale et le « nouveau syndicalisme », celui développé au sein des groupements corporatifs d’atelier ou de secours mutuels, des caisses fédératives de prévoyance ; « l’abstention en masse » ou « la manifestation en masse » sur le plan électoral ; « la grève des peuples contre la guerre » ou la « levée en masse ». Le travail d’Albert Thomas démontre que « cette méthode n’a pas été établie selon une formule doctrinale et préconçue » [49]. Comme Charles Andler le souligne dans sa préface, l’histoire du Second Empire menée par Albert Thomas doit pousser le parti socialiste français à constituer ses Archives, suivant l’exemple du socialisme allemand. « L’enseignement fortifiant » qu’il retire de l’Histoire socialiste vaut aussi bien pour le présent que pour l’avenir : « Il est impossible, conclut-il, que le parti socialiste ne se rende pas compte de tout ce que sa culture historique lui a donné de clairvoyance nouvelle et parmi les caractères qui différencient le socialisme scientifique de l’utopisme ancien, ce sentiment nouveau des nécessités et des possibilités historiques, qui est né de l’étude critique de la tradition révolutionnaire du prolétariat, n’est pas le moins frappant. Les chances mêmes de réaliser les fins dernières du socialisme paraissent singulièrement rapprochées quand on étudie la marche suivie par le prolétariat et il paraît bien évident qu’il s’accélère à mesure qu’il la rectifie. Quand il n’y aurait que le rayonnement de chaleureuse propagande qui émane spontanément de l’exposé impartial des faits et qui traverse de sa vivante espérance le livre d’Albert Thomas, cela seul justifierait l’effort accompli et suffirait de faire de son livre une œuvre non d’érudition stérile, mais de profitable action socialiste » [50]. L’histoire demeure donc inséparable de l’action dans la mesure où les progrès de la classe ouvrière constatés dans le passé, grâce à la méthode d’investigation historique, permettent de situer le présent dans la continuité de ce passé et, du même coup, de projeter de semblables progrès escomptés dans l’avenir. En ce sens, une histoire militante peut être justifiée comme œuvre utile. Les frontières entre histoire et politique sont minces et ne se distinguent que par l’ordre chronologique dans lequel elles opèrent respectivement.
Ce constat du lien entre études historiques et préoccupations du monde contemporain anticipe l’expérience des Annales. Comme le souligne Bertrand Müller [51], il s’agit de « l’une des tâches prioritaires » de la nouvelle revue, annoncée, dès le premier numéro, par Lucien Febvre et Marc Bloch.
« Pour Lucien Febvre et Marc Bloch, investir le présent permettait de doter la recherche historique d’instruments nouveaux d’analyse ; forger pour l’étude du passé des moyens de comparaison empruntés aux analystes du monde actuel ; ouvrir aux historiens la possibilité de mieux penser l’articulation des sociétés et des économies anciennes et contemporaines, ainsi que des sociétés “primitives” et “évoluées”. Enfin, et peut-être surtout, la nécessité pour l’historien d’inscrire son effort dans le monde qui l’entoure – l’histoire est fille de son temps, se plaisait à dire Lucien Febvre – devenait une exigence pour mieux définir le rôle que pouvait et devait jouer l’historien pour agir face aux bouleversements du monde contemporain » [52].
En 1928, Lucien Febvre reprend contact avec Albert Thomas, ancien camarade de promotion de l’ENS, devenu premier directeur du Bureau international du travail. Il lui demande de l’aider à constituer un réseau international de collaborateurs pour la nouvelle revue lui assignant, en quelque sorte, un rôle de « médiateur » comme le souligne avec justesse Bertrand Müller, entre le monde scientifique et le monde politique. Lucien Febvre [53] propose l’établissement de relations suivies entre la revue et le BIT mais jamais de manière formelle. Il ne s’agit pas d’une « alliance » mais d’une « entente cordiale » précise Lucien Febvre [54]. La revue demande des contributions à des experts du BIT tandis que les publications de ce dernier donnent lieu à des recensions [55] dans les Annales. Les relations entre le BIT et les Annales sont placées sous le signe d’intérêts réciproques. Dans la lettre à Albert Thomas du 11 septembre 1928, qui annonce la parution du premier numéro des Annales, prévu pour le mois de janvier 1929, Lucien Febvre écrit :
« Nous serons historiens. Mais nous n’entendons point par là exclure le présent de nos soucis […] Cette revue “nationale” entend bien être “internationale” d’esprit et de collaboration » [56].
Dans une autre lettre, il précise le dessein de la revue : il s’agit de
« faire l’éducation, qui s’impose, des historiens-économistes français. Pour cela, les faire sortir de leur routine nationale, d’abord. Et nous serons largement internationaux, quant à nos collaborateurs. […] Les cours d’économie politique sont sans portée et sans intérêt. Mais montrer dans le présent le prolongement du passé, et faire toucher du doigt aux historiens cette continuité des évolutions dont ils ont à décrire les premiers stades, mais dont l’aboutissement normal est dans les faits présents – voilà qui peut, qui doit secouer les jeunes, ceux qui ne sont pas ankylosés, ceux qui réfléchissent ».
Plus loin, il ajoute :
« Au fond, travaillant à même le passé, nous cherchons à montrer aux historiens comment la connaissance du présent peut l’éclairer. Toi de ton côté, travaillant à même le présent, tu voudrais faire comprendre aux tiens, et à d’autres, combien la connaissance du passé peut le rendre mieux intelligible » [57].
Albert Thomas félicite son ami de cette initiative :
« Je crois qu’une bonne revue d’histoire économique et sociale est indispensable en France. Je n’avais pas formé de projet précis d’une telle revue, mais, bien souvent, j’ai senti le besoin de tout un travail scientifique, et particulièrement historique, pour soutenir le mouvement intellectuel et moral d’où notre institution est issue, et qui doit aider à son développement. […] T’avouerai-je même que j’ai en tête un projet vague, mais auquel je reviens constamment, d’une sorte d’université du travail, à créer à côté de notre Bureau, ou tout au moins d’un séminaire, ou encore d’une association d’études et de documentation sociale, telle que celle que j’avais créée déjà au moment où je suis sorti du ministère de l’Armement » [58].
Entre Albert Thomas et Lucien Febvre, outre les liens d’amitié, se retrouve un souci commun d’articuler l’histoire et l’action politique comme s’il s’agissait d’entreprendre une même démarche que chacun accomplirait en sens inverse. « Il est tout naturel que nous nous rencontrions à mi-chemin, l’un et l’autre » écrit Lucien Febvre à Albert Thomas [59]. Pour J. G. Droysen, dans ses leçons sur la théorie de l’histoire [60] (Historik), le véritable homme politique est un « historien prospectif » tandis que le véritable historien serait un « politicien rétrospectif ». Le premier envisage l’action qu’il mène au présent, du point de vue de l’avenir de ses effets, si bien qu’il le juge en historien comme s’il appartenait déjà au passé. Le second transforme la connaissance qu’il réunit, au présent, des événements du passé, en réflexion sur la nature politique de l’action, qui a engendré le présent tel qu’il est, et qui n’est jamais que l’avenir de ce passé.
« Que de suggestions précieuses, cependant, sur la méthode et sur l’interprétation des faits, quels gains de culture, quels progrès dans l’intuition naîtraient, entre ces divers groupes, d’échanges intellectuels plus fréquents ! L’avenir de l’histoire économique est à ce prix, et aussi la juste intelligence des faits qui demain seront l’histoire » [61]
disent Marc Bloch et Lucien Febvre en préambule du premier numéro des Annales, plaidant autant pour un décloisonnement des spécialités historiques que pour un rapprochement entre historiens du contemporain et historiens du passé. Dans l’œuvre historique d’Albert Thomas, la constante préoccupation du présent tend ainsi à faire se rejoindre histoire et action politique.

[1] Cf. Lucien Febvre, « Albert Thomas historien », Annales d’histoire économique et sociale, juillet 1932, tome IV, p. 381-384. Cet article m’a été signalé par Dzovinar Kévonian. Je l’en remercie.

[2] Lucien Febvre, « Albert Thomas historien »…, op. cit., p. 381.

[3] Ibid.

[4] Lucien Febvre, « Albert Thomas historien »…, op. cit., p. 382.

[5] Le monument que constitue l’Histoire socialiste, publiée chez Jules Rouff, éditeur spécialiste de la reproduction à bon marché des grandes figures démocratiques, par fascicules et en souscription, rédigée par une équipe d’« historiens-citoyens », s’adresse à un public populaire sans être purement une œuvre de vulgarisation comme le souligne Daniel Lindenberg, « Jaurès », dans Michel Vovelle (dir.), L’état de la France pendant la Révolution, Paris, La Découverte, 1988, p. 526-531. Voir également Pierre Bouretz, « Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française », dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques, Paris, PUF, 1986, p. 381-394 ; Madeleine Rebérioux, « Sur l’histoire socialiste de la Révolution française », Bulletin de la SEJ, n° 109, avril-juin 1988, p. 11-12 ; Mona Ozouf, « Jaurès », dans François Furet et Mona Ozouf (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1988, p. 998-1006. Voir également Gilles Candar, « L’accueil de l’Histoire socialiste de la Révolution française », Cahiers Jaurès 1, n° 122, Illustrer la Révolution, juillet-septembre 1991, p. 81-97.

[6] Traduite dans de nombreuses langues, l’Histoire anecdotique du travail, Lectures historiques, est un recueil de trente-huit récits, brièvement commentés et illustrés, qui vise à démontrer comment « est marqué à travers les siècles l’effort des travailleurs vers une civilisation supérieure », préface de la 2e édition de 1926 (revue et augmentée, Bibliothèque d’éducation, Paris), citée par Bertus Willem Schaper, Albert Thomas, trente ans de réformisme social, Paris-, PUF, 1960 (1re éd. Assen, Van Gorcum, 1959), p. 46. L’ouvrage rassemble des textes, parus chaque semaine dans la Revue de l’enseignement primaire. La première édition de 1913 fut vendue à 35 000 exemplaires et fut souvent donnée en prix dans les écoles. « À la demande de l’éditeur, une dernière leçon sur un congrès international socialiste fut supprimée, et surtout une description franche d’une grande grève à Fougères provoqua des objections ». Albert Thomas avait en préparation un ouvrage similaire sur « l’histoire de la paix » selon les indications données par Bertus Willem Schaper, Albert Thomas…, op.cit., p. 46-47.

[7] Paul Mantoux, « Albert Thomas historien », dans Un grand citoyen du monde, Albert Thomas vivant, études, témoignages, souvenirs, publié par la Société des Amis d’Albert Thomas, s.l., 1956, archives du BIT, document communiqué par Olivier Feiertag que nous remercions.

[8] Lucien Febvre, « Albert Thomas historien »…, op. cit., p. 383.

[9] En 1892, Paul Desjardins fonde « L’Union pour l’Action morale », « ordre laïc militant du devoir privé et social ». Il présente Albert Thomas à Arthur Fontaine, président de l’OIT (Organisation internationale du travail) en 1920. Cf. Emmanuelle Cohen, « Albert Thomas : jeunesse, amitiés et formation politique (1897-1906) », mémoire de maîtrise, sous la direction de Jean-Marie Mayeur, université de Paris IV, 1993.

[10] En 1898, Jean Jaurès avait tenté en vain d’organiser un cours sur les principes du socialisme à la Sorbonne. En 1899, Charles Andler (1866-1933) crée « l’École socialiste » afin de familiariser les étudiants avec les théories du socialisme. Il est lui-même partisan d’un « socialisme idéaliste et moral non marxiste, l’humanisme travailliste ». « On décida, dit-il [et c’était le plus judicieux] que notre rôle de socialistes non ouvriers était d’abord d’instruire les étudiants ignorants ou indifférents » (Cf. Charles Andler, La vie de Lucien Herr, Paris, Maspero, 1977, p. 193). Après son enseignement à l’ENS, il fait cours à la Sorbonne puis au Collège de France. Il avait adhéré au PSOR (parti socialiste ouvrier révolutionnaire) en même temps que Lucien Herr. En 1897, il avait rédigé une thèse sur « les origines du socialisme d’État en Allemagne » avant de publier, en 1901, une traduction du Manifeste du Parti communiste. À la veille de la guerre de 1914, il est exclu de la SFIO à la suite d’une violente polémique avec Jean Jaurès. Cf. Christophe Charle, Les professeurs de la Faculté des lettres de Paris, dictionnaire biographique, vol. 1, 1809-1908, Paris, CNRS éditions, 1985, p. 17-18. Albert Thomas a assisté au cours d’Andler sur le syndicalisme allemand, ses notes sont conservées aux Archives nationales sous la cote 94 AP/471.

[11] Sur les relations entre normaliens et socialisme, voir Christophe Charle « Les normaliens et le socialisme (1867-1914) », dans Madeleine Rebérioux et Gilles Candar (dir.), Jaurès et les intellectuels, Paris, Les éditions de l’Atelier, 1994, p. 133-168. Christophe Prochasson définit le « socialisme normalien » comme « un socialisme d’État » pour lequel « l’action politique se présentait comme un prolongement de l’activité professionnelle et scientifique ». L’ouvrage de référence de Georges Renard (dir.), Le socialisme à l’œuvre. Ce qu’on a fait. Ce qu’on peut faire, Paris, E. Cornély, 1907, fournit la meilleure expression de cette conception du socialisme qui se veut « moderne ». Cf. Christophe Prochasson, « Entre science et action sociale : le “réseau Albert Thomas” et le socialisme normalien, 1900-1914 », dans Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France 1880-1914, Paris, Éd. de l’EHESS, 1999, p. 150.

[12] Le mouvement des universités populaires avait été initié par Georges Deherme, secrétaire de « L’Union pour l’action morale », créateur de la première université populaire en avril 1898, « La coopération des idées ». Des intellectuels comme Anatole France se joignent aux travaux ainsi que des professeurs, des médecins, des avocats et des étudiants comme Albert Thomas qui y est introduit par l’intermédiaire de Paul Desjardins. Cf. Lucien Mercier, Les universités populaires 1899-1914, Paris, Éditions ouvrières, 1986. Voir Aussi Madeleine Rebérioux sur le lien entre les universités populaires et l’Affaire Dreyfus.

[13] AN, 94 AP/471, cité par Emmanuelle Cohen, « Albert Thomas… », op. cit.

[14] Ses notes de lectures sont conservées aux Archives nationales sous les cotes 94 AP/399 et 400.

[15] AN, 94 AP/399, notes sur le socialisme allemand.

[16] Cf. Emmanuelle Cohen, « Albert Thomas… », op. cit., p. 29.

[17] Extrait d’une lettre de Robert Hertz à Albert Thomas, réaction au premier numéro de La Revue syndicaliste, Londres, juin 1905, AN 94 AP/471, citée par Emmanuelle Cohen, « Albert Thomas… », op. cit., p. 70. Cf. Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle…, op. cit.

[18] La Revue socialiste, née en 1885, se préoccupa beaucoup d’histoire comme le souligne Christophe Prochasson. « Dès 1911, Albert Mathiez, l’historien de la Révolution, avait promis à l’un des responsables, André Lebey, une “chronique historique” : “Mon but est d’atteindre les milieux socialistes qui nous ignorent et qui auraient pourtant grand profit par le temps qui court à se mettre à l’école des hommes de l’an ii. […] Je me propose dans le bulletin trimestriel que vous avez bien voulu me demander de dégager les tendances sociales de la littérature historique, jusqu’à quel point le point de vue social vise à comprendre le passé, jusqu’à quel point l’étude du passé réagit sur les concepts sociaux, that is the question” » (Lettre d’Albert Mathiez à André Lebey, 15 octobre 1910, fonds Lebey, OURS) cité par Christophe Prochasson, Les intellectuels et le socialisme, Paris, Plon, 1997, p. 96. « L’essentiel, dit Lucien Herr dans une lettre du 25 janvier 1910 à Albert Thomas à propos de la Revue socialiste, me paraît être la documentation socialiste, les études économiques, les études historiques et critiques, les enquêtes positives, et les réalisations pratiques » (AN, 94 AP/473), citée par Christophe Prochasson, « Entre science et action sociale : le “réseau Albert Thomas” et le socialisme normalien, 1900-1914 », dans Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle…, op. cit., p. 141-158.

[19] Il se charge de l’éducation d’un arrière petit-fils de Victor Hugo, entre 1902 et 1904, puis, de 1908 à 1909, il enseigne au collège Sévigné, établissement pour jeunes filles.

[20] Cf. Albert Thomas, Le syndicalisme allemand, résumé historique (1848-1903), Paris, Société nouvelle de librairie et d’édition (Librairie Georges Bellais), coll. « Bibliothèque socialiste n° 20 », 1903, p. 6.

[21] Cf. Bertus Willem Schaper, Albert Thomas…, op. cit., p. 35.

[22] Cf. Babeuf, La doctrine des Égaux, extraits des œuvres complètes publiés par Albert Thomas, Paris, E. Cornély, 1906, p. 5.

[23] Ibid.

[24] Babeuf, avant-propos, La doctrine des Égaux…, op.cit., p. 6.

[25] Ibid.

[26] Babeuf, La doctrine des Égaux…, op.cit., p. 7.

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] Babeuf, La doctrine des Égaux…, op.cit., p. 8.

[31] Babeuf, La doctrine des Égaux…, op.cit., p. 9.

[32] Bertus Willem Schaper, Albert Thomas…, op. cit., p. 37.

[33] Ibid.

[34] « Éducation, Travail et Paix », Conférence du 19 avril 1928 à l’Université de Genève (archives du BIT), cité par Bertus Willem Schaper, ibid.

[35] Bertus Willem Schaper, Albert Thomas…, op. cit., p. 38.

[36] Cf. Pierre Bouretz, pour lequel Jaurès historien se trouve plus proche de Tocqueville que de Marx et « étonnamment proche de Marc Bloch ou de Fernand Braudel », « Jean Jaurès », dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier, Dictionnaire des œuvres politiques…, op. cit., p. 382-383.

[37] Cf. J. G. Droysen, Précis de théorie de l’histoire, texte de la troisième édition de 1882, traduit, présenté et annoté par Alexandre Escudier, Paris, Les éditions du Cerf, 2002, §75, p. 86.

[38] Ibid.

[39] Pierre Bouretz, dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques…, op. cit., p. 390.

[40] Jaurès, Préface aux discours parlementaires, Genève, Slatkine Reprints, introduction Madeleine Rebérioux, 1980, p. 50 (Paris : É. Cornély, 1904, 1re éd.), cité par Pierre Bouretz, dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques…, op. cit., p. 392.

[41] Pierre Bouretz, dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques…, op. cit., p. 384.

[42] Pierre Bouretz, dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques…, op. cit., p. 390.

[43] Cité par Pierre Bouretz, dans François Châtelet, Olivier Duhamel, Évelyne Pisier (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques…, op. cit., p. 393.

[44] Albert Thomas, Le Second Empire (1852-1870), Paris, Publications Jules Rouff et Cie, 1907, préface de Charles Andler, p. i. Sur le même thème, Albert Thomas rédige deux chapitres dans The Cambridge Modern History, vol. xi, chapitres x et xvii, « Napoleon and the Rise of Personal Government (1852-1859) » ; « The Liberal Empire (1860-1870) », Londres, 1909.

[45] Albert Thomas, Le Second Empire…, préface, op. cit., p. vii.

[46] Albert Thomas, Le Second Empire…, préface, op. cit., p. iv.

[47] Albert Thomas, Le Second Empire…, préface, op. cit., p. vii.

[48] Albert Thomas, Le Second Empire…, préface, op. cit., p. vi.

[49] Ibid.

[50] Albert Thomas, Le Second Empire…, préface, op. cit., p. viii.

[51] Cf. Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action” à l’origine des Annales. Une correspondance entre Lucien Febvre et Albert Thomas (1928-1930) », Vingtième siècle, n° 35, juillet-septembre 1992, p. 78-91. Neuf lettres échangées entre septembre 1928 et janvier 1930 sont reproduites dans cet article. Cette correspondance, dont il ne subsiste que 17 lettres, est conservée aux Archives du BIT, sous la cote CAT, dossier n° 7-326, cabinet Albert Thomas.

[52] Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 78.

[53] Lors de son voyage à Genève, sur l’invitation d’Albert Thomas, fin octobre 1928, Lucien Febvre retrouve d’autres camarades normaliens comme le géographe Fernand Maurette qui devient le vice-directeur du BIT après la mort d’Albert Thomas. Maurice Baumont, chef de service au secrétariat de la SDN depuis 1927, et Gustave Méquet, membre du service russe du BIT, donneront de nombreuses contributions à la revue des Annales, le premier sur la situation économique de l’Allemagne, le second, sur l’évolution démographique de l’URSS et le système économique soviétique. Les contributions d’autres fonctionnaires du BIT à la revue demeurent peu fréquentes. Cf. Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 80.

[54] Lettre de Lucien Febvre à Albert Thomas, 21 septembre 1928, dans Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 86.

[55] « Je suis très frappé, écrit Lucien Febvre à Albert Thomas, le 8 octobre 1929, que tout ce qui se fait à Genève, en dehors des grandes séances politiques de la SDN, est profondément ignoré du « public cultivé » – je parle du travail matériel d’enquête, de rapports, de projets législatifs », dans Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 88.

[56] Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 81.

[57] Lettre de Lucien Febvre à Albert Thomas, 21 septembre 1928, dans Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 85-86.

[58] Lettre d’Albert Thomas à Lucien Febvre, 17 septembre 1928, dans Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 83.

[59] Lettre de Lucien Febvre à Albert Thomas, 21 septembre 1928, dans Bertrand Müller, « “Problèmes contemporains” et “hommes d’action”… », op. cit., p. 86.

[60] Voir la version abrégée de l’œuvre de Johann Gustav Droysen, Précis de théorie de l’histoire, traduit, présenté et annoté par Alexandre Escudier, Paris, Les Éditions du Cerf, 2002.

[61] Annales d’histoire économique et sociale, n°1, 15 janvier 1929, p. 2.


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