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Regards sur l’engagement européiste dans la Belgique d’entre-deux-guerres (1919-1939)

Regards sur l’engagement européiste
dans la Belgique d’entre-deux-guerres (1919-1939)

Geneviève DUCHENNE

« Comme la Province s’est superposée à la Cité, la Nation à la Province, la Fédération doit se superposer à la Nation. À temps nouveau, État nouveau » [1]. Avec ce slogan percutant, le Bloc d’Action européenne, fondé durant l’hiver 1931-1932 par deux avocats bruxellois, Georges Gérard et Frédéric Bauthier, espère marquer les esprits et surtout « sauver l’Europe par la création d’une fédération européenne ». Pour y parvenir, les chefs du mouvement entendent convoquer une « Constituante européenne ». « Élue au suffrage direct, universel, secret, à répartition proportionnelle », elle aurait « les pleins pouvoirs pour élaborer la Constitution fédérale et déterminer les modalités d’adaptation de l’économie à la situation politique nouvelle » [2].
Ce projet, datant d’octobre 1932, c’est-à-dire d’une époque où, frappée par la grande dépression, l’Europe entre dans une des plus sombres périodes de son histoire, ne manque pas d’interpeller par son actualité l’Union européenne d’aujourd’hui. Celle-ci est en effet à la recherche d’un deuxième souffle à la suite des votes négatifs aux référendums français et néerlandais de 2005 et de l’enlisement du processus de ratification du projet de Traité de Lisbonne de 2007.
Le lien que nous établissons n’est pas forcé.
Il y a près de trente ans déjà que Jean-Luc Chabot a relevé, dans L’idée d’Europe unie de 1919 à 1939 [3], l’intérêt historique de la période d’entre-deux-guerres en tant que matrice pour le projet européen tel qu’il s’est construit après 1945. En s’attachant à recenser les diverses actions, individuelles et collectives, en faveur d’une union européenne, le politologue français a recadré l’idée européenne dans le contexte politique et intellectuel des années vingt et trente. Il a, par ailleurs, mis en exergue la nature de l’idée d’Europe unie qui, en tant qu’« idéologie » ou « simple idée politique », vise à s’accomplir dans une réalisation institutionnelle. La publication, en 2005, de cette thèse de doctorat en sciences politiques prouve que cette étude reste une référence dans le domaine. Cependant, en dépit des éclairages ponctuellement apportés par des recherches plus récentes – et dont Chabot n’a volontairement pas tenu compte –, ce courant polymorphe reste encore largement méconnu, notamment dans les dimensions qu’il a pu revêtir au sein des entités nationales, voire régionales [4]. C’est pourquoi, une thèse de doctorat, soutenue en novembre 2006 à l’Université catholique de Louvain [5], se proposait, d’une part, de recadrer le courant européiste qui surgit dans les années vingt et trente dans sa spécificité belge, d’autre part, de recenser les projets et mouvements porteurs d’un message européiste et, in fine, d’esquisser les contours de ces milieux favorables à l’idée européenne. C’est le fruit de ce travail que nous nous proposons d’exposer brièvement ici, en mettant l’accent sur les spécificités de l’européisme belge et sur l’engagement militant.

Les rythmes de l’européisme en Belgique
Avant de porter un regard sur les résultats marquants de cette étude, il faut rappeler, même si c’est un truisme, que la période d’entre-deux-guerres n’est évidemment pas monolithique. La première décennie s’ouvre sur un climat international très tendu et il faut attendre le tournant des Accords de Locarno (1925-1926) pour que s’amorce, en Europe, une période de détente. La seconde décennie est, quant à elle, dominée par les effets de la crise économique et les replis nationalistes. Tributaire, pour des raisons évidentes, de « ces temps d’espérances et ces temps de désillusions » [6], l’européisme adopte un rythme analogue auquel se superpose cependant un autre tempo.
En Belgique, où le souvenir de la violence de l’occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale reste particulièrement vivace, il faut attendre le tournant de Locarno (1925-1926) pour que l’idée d’Europe s’impose véritablement dans le débat public. « Ainsi les Accords de Locarno tendent à créer une Europe […] », note le socialiste Louis de Brouckère dans L’Avenir social du 31 octobre 1925,
« ils lui donnent la consistance indispensable dans le cadre d’une association générale des peuples. Et c’est pour cette raison qu’il faut les saluer comme un grand événement, comme une victoire de la paix qui, si elle n’est pas encore décisive, ouvre pourtant la voie à des victoires nouvelles » [7].
Aussi les perspectives de rapprochement franco-allemand ouvertes en 1926 par Briand et Stresemann, avant d’être brutalement refermées par Hitler dix ans plus tard, incitent plusieurs commentateurs belges à considérer, d’une part, le rôle du pays dans l’unification européenne, et à réfléchir, d’autre part, sur les modalités de cette unification. La réflexion est aussi stimulée par l’apparition sur la scène belge de diverses associations européistes – dont la Paneuropa viennoise du Comte Richard Coudenhove-Kalergi – qui posent la réconciliation franco-allemande comme préalable au rétablissement de la paix en Europe. Par ailleurs, la conférence économique internationale (CEI) de Genève de mai 1927 qui cherche à réguler les échanges économiques européens, et plus encore, la proposition du ministre français des Affaires étrangères, le socialiste Aristide Briand qui suggère, deux ans plus tard, devant la Xe Assemblée de la Société des Nations de « créer une sorte de lien fédéral » entre les pays européens, propulsent l’idée d’Europe unie sous les feux de la rampe.
A contrario, dans les années 1930, les coups de force de l’Italie mussolinienne et de l’Allemagne hitlérienne, mettent en péril les projets d’unification du continent, contraignant les européistes, dès 1936, à des repositionnements parfois douloureux. Si l’européisme profite donc bel et bien, en Belgique, de la « démobilisation des esprits » relative au souvenir de la Grande Guerre [8], il ne s’éteint pas. Il rejaillit même, après la capitulation du 28 mai 1940, avec une telle vigueur que cette étude ne pouvait faire l’économie d’une réflexion sur les postérités. Dès lors, si par-delà des moments clés, ce sont aussi des lieux qui incarnent l’histoire de l’européisme – après Genève, il y aura Vienne, Paris et Bruxelles, puis Berlin – il s’agit de dépasser le cadre de l’entre-deux-guerres pour tenter de détecter les mécanismes qui président au dévoiement de l’idée d’Europe unie.

Les spécificités belges du courant européiste
Comme le notait Robert Frank « on n’est pas, on ne se sent pas Européen de la même façon en 1900, en 1950 et en 1990, ni tout à fait de la même manière selon le lieu d’Europe où l’on se trouve » [9]. Il convient donc au préalable de souligner que le courant européiste revêt en Belgique des caractéristiques propres. Or, quelles sont-elles ?

La Belgique au cœur de l’espace européen
Tout d’abord, l’européisme belge est par essence tributaire de la position qu’occupe le pays au centre de l’espace européen, du traumatisme causé par la Grande Guerre sur les mentalités et de la nature même de la Belgique, « nation sans nationalité » [10] située au carrefour de la latinité et de la germanité.
Dès lors, plusieurs intellectuels vont recourir à l’idée d’Europe unie pour reconfigurer la place du pays sur la scène internationale et pour repenser l’idée nationale. Ces discours apparaissent dès avant 1914, et sont sensiblement amplifiés dans l’entre-deux-guerres, lorsque la Belgique prend conscience de son rôle de « trait d’union » dans la réalisation d’une Europe qui devient le moyen par excellence de garantir la paix. « La culture bilingue de la Belgique la prépare tout naturellement à servir de trait d’union entre les puissances voisines et elle s’honore à remplir cette mission », explique l’ambassadeur Raymond Le Ghait dans un discours qu’il prononce lors du premier Congrès paneuropéen de Vienne en octobre 1926. « Le peuple belge est travailleur et pacifique », poursuit-il.
« Malheureusement, la Belgique a été à différentes reprises le champ de batailles de l’Europe, elle connaît toutes les horreurs de la guerre. Aujourd’hui, le peuple belge conscient et jaloux de sa liberté, désire vivre et prospérer par son travail et dans la paix » [11].
« Pourquoi la Belgique, terre de rencontre entre latinité et germanisme, ne pourrait-elle pas jouer un rôle actif dans l’œuvre de rapprochement de ces deux génies qui, unis et rénovés par le christianisme, sont le fondement même de notre civilisation occidentale ? » [12]
renchérit encore l’équipe de La Cité chrétienne dix ans plus tard.

Dès le milieu des années vingt, l’européisme épouse ainsi curieusement la cause nationaliste. « Trait d’union » entre la France et l’Allemagne, la Belgique, « garante de l’équilibre européen », doit, « dans son propre intérêt », comme « dans l’intérêt de la paix européenne », présider à l’union du continent car c’est là que réside « sa mission » et, par-delà, « son salut ». S’il est observable partout en Europe, ce chauvinisme européiste revêt toutefois en Belgique des accents particuliers car, au-delà de l’unification du continent, il s’agit aussi de repenser l’existence d’un petit État menacé, à l’intérieur, par les régionalismes flamand et wallon et, à l’extérieur, par une rivalité franco-allemande qu’exacerbe le « mauvais » traité de Versailles.

Le mouvement européen
Une deuxième particularité concerne le courant européiste en lui-même. Dans le courant de l’année 1926, et le moment est loin d’être fortuit, plusieurs mouvements militant en faveur de l’idée d’Europe unie cherchent à trouver des relais dans le royaume. Il s’agit de la Paneuropa viennoise de Richard Coudenhove-Kalergi, des États-Unis des nations européennes du danois Heerfordt, de l’Union douanière européenne d’Yves Le Trocquer et Lucien Coquet, de la Coopération européenne d’Émile Borel. Toutefois, ce courant exogène peine à trouver de véritables marques d’ancrage dans la société belge.

Dès lors, une série d’initiatives plus locales lui succèderont dans les années trente. Celles-ci, et il s’agit, pour faire bref, du Bloc d’Action européenne, de l’Union Jeune Europe et de l’Institut d’économie européenne, réussiront à mener, parfois pendant plusieurs années, des actions de propagande efficaces. Ce courant endogène doit beaucoup à l’appel retentissant que le Roi Albert lance le 17 juin 1932 pour revenir à une plus grande concertation économique internationale. Il témoigne aussi de l’importance du fait économique en Belgique.

Un européisme économique
Il existe en effet, et c’est ici que réside la dernière caractéristique du courant européiste belge, une volonté de trouver des solutions d’ordre économique pour rétablir l’équilibre européen. Que l’on pense à la position du ministre catholique Georges Theunis qui, se méfiant du mouvement Paneuropa, accepte dans la foulée de la Conférence économique internationale (CEI) de Genève de mai 1927 de prendre la tête de l’Association belge de coopération économique internationale (ABCEI) pour répandre la bonne parole libre-échangiste ; que l’on pense encore à la proposition de Paul Hymans qui suggère, plus pragmatique que Briand, en septembre 1929, de commencer par réduire les obstacles douaniers, il s’agit bien, dans l’esprit des dirigeants belges, de commencer par s’attaquer « aux causes profondes de la guerre », c’est-à-dire « les grands facteurs économiques » [13].
Particulièrement visible à Genève, où depuis 1919 la Belgique entend faire entendre sa voix, cette position amène l’économiste Francis Delaisi à affirmer, dès 1927, que si
« l’Union économique des pays d’Europe devait partir de quelque part, c’était de Belgique, parce qu’elle est vraiment la plaque tournante où viennent converger les activités de la vieille Europe » [14].
Le Français qui exerce une influence surprenante sur les différents cénacles européistes belges, contribue à ériger une section paneuropéenne à Bruxelles à la fin de l’année 1926 pour amorcer une réflexion économique à l’échelle européenne. Mais cette option ne cadre pas avec celle plus « politique » du leader paneuropéen. L’échec de l’organisation d’un second Congrès paneuropéen à Bruxelles, avec un important volet économique, paralyse les activités paneuropéennes belges, en dépit du prosélytisme d’un médecin flamand, Irénée Van der Ghinst, véritable cheville ouvrière de l’européisme en Belgique, et du soutien de Dannie Heineman, patron de la Sofina – grand trust électrique belge. Or, en se coupant de sa base militante, Coudenhove a commis, nous semble-t-il, une grave erreur stratégique puisqu’il privait son organisation d’un financement indispensable à la bonne marche de l’organisation. En effet, dans le cas qui nous occupe, nous savons que pour la seule année 1928, la Sofina d’Heineman a contribué pour un montant de 42 971,16 francs belges aux activités paneuropéistes, non seulement en Belgique, mais aussi indirectement en France. Sous couvert de la section belge paneuropéenne, Heineman subventionne généreusement le travail de recherche de Delaisi qui mènera à la publication de l’ouvrage Les Deux Europes (Payot, 1929) [15]. Ceci étant, l’Institut d’économie européenne que Van der Ghinst érige, en mai 1932, avec l’aide de Delaisi et le soutien d’Heineman, prouve, à tout le moins, la volonté de poursuivre et d’approfondir la réflexion sur les plans de reconstruction économique de l’Europe.

Regards sur l’engagement militant
Il existe une grande disparité entre l’analyse substantielle à laquelle se livre l’Institut d’économie européenne pour comprendre et remédier aux dérégulations économiques du continent et le discours volontairement élémentaire véhiculé par le Bloc d’Action européenne (BAE) ou par l’Union Jeune Europe (UJE). Quelque peu naïvement, et avec des moyens humains et matériels très rudimentaires, ces deux dernières formations espèrent rapidement parvenir à la convocation pure et simple d’une Constituante européenne. Certes, l’urgence du message européiste s’explique aisément par l’atmosphère délétère des années vingt et trente, mais elle pose aussi la question de l’adéquation entre la propagande développée – recrutement des élites et des membres, organisation de conférences, publication de revues, voire d’ouvrages de doctrine, promulgation d’ordres du jour et de manifestes – et l’objectif poursuivi : organiser institutionnellement l’Europe.
S’il s’agit bien de recruter le plus grand nombre d’adhérents pour faire passer un message d’entente et de coopération européenne, les groupements belges – Union belge pour la SDN (UBSDN), la Section belge de l’Union paneuropéenne, l’Association belge de coopération économique internationale, le Bloc d’Action européenne, l’Union Jeune Europe – se livrent aussi une concurrence qui « aboutit simplement à une dispersion encore un peu plus forte des efforts sollicités d’un même public, très restreint en Belgique en tout cas » [16].
Aussi les résultats engrangés sont-ils relativement inégaux. À la fin de l’année 1927, soit un an après son lancement, la Section belge paneuropéenne ne compte que 200 affiliés. On est loin des 5 000 adhérents qu’Irénée Van der Ghinst semble avoir promis de recruter. Cela dit, dans la mesure où l’Union paneuropéenne ne comptera pas plus de 6 000 à 8 000 membres [17], les effectifs belges représentent tout de même 2,5 % du total des membres paneuropéens. En 1930, le président de l’UBSDN, le catholique Albert-Edouard Janssen, constate, non sans amertume, que l’association, créée en 1922, ne regroupe que 600 membres à Bruxelles – contre 6 000 en Suisse, précise-t-il. En 1932, l’association est pourtant en nette progression. Avec 2 400 membres, l’UBSDN devient « la plus puissante de Belgique parmi les sociétés travaillant au rapprochement des États européens dans le cadre ou dans l’esprit de la Société des Nations » [18]. Les leaders de l’Union Jeune Europe – Lucienne et Edouard Didier – affirment avoir recruté dans le courant 1933 – soit l’année qui suit la formation du mouvement – quelque 6 000 membres et lancé un bulletin à 10 000 exemplaires. L’année suivante, l’UJE accuse un certain recul puisque seuls deux tiers des membres renouvellent leur cotisation et que le bulletin n’est plus tiré qu’à 6 000 exemplaires. Quant aux chiffres avancés par l’avocat bruxellois Georges Gérard, fondateur, en décembre 1931, du Bloc d’Action européenne, ils semblent présomptueux. En 1933, cet ancien paneuropéen affirme avoir recruté plus de 10 000 membres et tiré l’organe de presse du mouvement – L’Action européenne – également à 10 000 exemplaires.
Ces chiffres épars témoignent imparfaitement du degré de pénétration des idées européistes dans une population belge qui, entre 1921 et 1939, passe de 7 478 840 à 8 396 276 habitants [19]. La propagande ne toucherait, en moyenne, qu’un habitant sur 1 000 et l’essentiel des troupes se concentre vraisemblablement à Bruxelles, là où siègent les secrétariats généraux des différents mouvements. Si Anvers abrite dès la seconde moitié des années vingt diverses associations, tels un groupement paneuropéen ou une section de l’Union Jeune Europe, c’est bien dans la capitale du royaume – ville miroir de la Belgique et de l’Europe – que se tiennent la plupart des manifestations européistes. Certes, le BAE et l’UJE se vanteront d’avoir fondé des foyers de propagande en province – à Liège, Bressoux, Charleroi, Chimay, Huy, Namur, Nivelles, Luxembourg, Beloeil, Ostende, Bruges, Gand ou Coxyde –, mais leur importance restera toute relative.
Trois associations – l’Union belge pour la SDN (1922-1940), l’Institut d’économie européenne (1932-1948) et l’Union Jeune Europe (1932-1936) – semblent avoir bénéficié de ressources suffisantes pour développer leur propagande pendant plusieurs années. Pourtant, l’avocat bruxellois Georges Aronstein, secrétaire de l’Union belge pour la SDN – association qui exerce une réelle force d’attraction puisque, en 1930, elle absorbe l’ABCEI et, en 1932, la section belge de Paneuropa –, rappellera « combien il faut dépenser d’efforts et surtout, combien il est difficile pour une association nouvelle de réunir les concours et les ressources nécessaires pour avoir une action effective » [20].
En effet, la liste des membres des comités d’honneurs et celle des collaborateurs de revues européistes se croisent souvent, posant aussi la question du recrutement. Volontairement élitistes, et de l’aveu même de leurs promoteurs, les grandes associations ont surtout recherché une reconnaissance auprès des hommes politiques, des parlementaires, des hommes d’affaires, des écrivains et des journalistes, sans toujours susciter un authentique engagement militant. Ceci étant, plusieurs ténors politiques n’hésitent pas à prêter, ponctuellement, leur nom à différentes associations qui, logique belge oblige, entendent, par le truchement de leur comité de patronage, refléter les trois grandes tendances politiques présentes en Belgique [21]. Mais force est de constater que la plupart de ces soutiens resteront très théoriques – ces personnalités prêtant leur nom autant pour se faire valoir que pour faire valoir la cause défendue, l’unité de l’Europe. Seuls deux groupements nés dans les années vingt – l’Union belge pour la SDN et l’ABCEI – échappent à cette règle. Créées pour propager directement les principes de la SDN, ces deux formations, présidées par des leaders politiques – le catholique Albert-Edouard Janssen et le socialiste Henri Rolin, pour la première, le catholique Georges Theunis, pour la seconde – poursuivent des objectifs analogues à ceux du gouvernement belge. Pourtant, les paneuropéens belges – comme le démontrent les statuts de la section belge parus en décembre 1926 – entendent aussi inscrire leur démarche dans le cadre de l’institution genevoise. Mais, en ce sens, ils s’opposent à Richard Coudenhove-Kalergi qui ambitionne, dès la parution de son livre programmatique Paneuropa (1923), de réformer une institution qui consacre trop certainement la souveraineté nationale.
Il n’en va évidemment pas de même pour les membres actifs au sein d’associations véritablement opérantes sur le terrain de la propagande. Les motivations de ces européistes convaincus – le nombre d’avocats attachés au barreau de Bruxelles est surprenant – sont, a fortiori, subjectives et multiples. Pourtant, c’est souvent dans les affres de la Grande Guerre que s’enracinent les convictions européistes. Frédéric Bauthier, Pierre Daye, Louis de Brouckère, Henri De Man, Édouard Didier, Georges Gérard, Jacques Lefrancq, Henri Rolin, Michel Reich, Paul-Henri Spaak, Paul Struye, Irénée Van der Ghinst appartiennent bien à cette « génération sacrifiée » [22] marquée, de manière indélébile, par la violence des tranchées [23]. L’industriel juif d’origine russe, Michel Reich, qui arrive en Belgique dans le courant des années vingt, a traduit avec le plus de force ce mobile. Abonné à la revue Paneuropa, membre du BAE puis de l’UJE, c’est dans le bulletin de cette dernière association – n’en est-il pas l’auteur le plus prolixe ? – qu’il martèle, invectivant « ses frères d’armes », son message : « Ce sera la guerre, ou ce seront les mesures aptes à la faire éviter : création d’un noyau d’États fédérés, unis par une convention d’arbitrage, disposant d’une armée commune » [24].
Il y a, ensuite, les intérêts économiques : grands dans le cas d’un Dannie Heineman qui, par l’intermédiaire de la Sofina, sponsorise Paneuropa et l’Institut d’économie européenne. Les réflexions de ce citoyen américain à propos du développement du secteur électrique influenceront tant les dirigeants du pays que les instances internationales. Plus modestes, dans le cas d’un Charles Pirée qui, à la tête d’une petite entreprise de toile de jute, lance l’UJE à Anvers ; d’un Rodolphe et d’un Lucien Langbank qui, travaillant dans une petite entreprise familiale d’importation de produits chinois et japonais, se lancent dans l’aventure du BAE ; ou d’un Stanislas Corvino-Markowski qui, rodé aux arcanes de la Banque d’Italie, quitte Berlin pour Bruxelles en 1932 et publie, l’année suivante, sous les auspices de Jeune Europe Utopies avant de rejoindre les rangs de l’IEE ; ou enfin d’un Herbert Aronstein qui, négociant en soierie et tissus, profite des tribunes bruxelloises – Paneuropa, Chambre de commerce de Bruxelles, Le Rouge et Le Noir et surtout, l’IEE – pour persuader ses contemporains de la nécessité de promouvoir un libre-échange intégral dans le cadre d’une Europe à fédéraliser. Il y a enfin, et en filigrane, l’expérience de l’émigration, mais aussi de la judaïté. Guy Mansbach, Michel Reich, Lucien et Rodolphe Langbank, Serge Ben Chlepner, Herbert Aronstein, Georges Aronstein, Dannie Heineman, Max Gottschalk, Alice Tolkowsky, David Van Buuren, Max Horn partagent tous la même confession [25]. En ce sens, l’ordre du jour publié par le BAE en avril 1932 – celui-ci s’insurge contre les persécutions dirigées, en Allemagne, contre « la race juive » – illustre, à tout le moins, la convergence entre l’idée d’Europe unie et un certain milieu juif commerçant bruxellois.
Européisme et phénomène de « générations »
Au-delà de sa fonction économique – thème développé par toutes les formations européistes belges –, l’idée d’Europe unie revêt des dimensions très différentes selon les auteurs que l’on consulte et la décennie que l’on aborde. Ce constat nous conduit à relever le dernier élément marquant de cette étude. Si les années vingt, comme les années trente, sont marquées du sceau de la crise, de la révolution et de la rupture, les générations intellectuelles se sont succédé. Alors qu’elles ont toutes en point de mire la Grande Guerre, elles n’en partagent pas la même expérience et leurs visions européennes divergent. À l’aube des années 1930, il ne s’agit plus tant de maintenir l’Allemagne au ban de la société des nations, que de restaurer la Belgique et l’Europe autour de valeurs nouvelles. En ce sens, la Belgique n’échappe pas au phénomène « non-conformiste » puisqu’au tournant des années 1930, de jeunes universitaires développent, au travers de groupements et de revues, souvent éponymes, un argumentaire européiste propre à réformer l’ordre national et européen.
D’accord sur ce diptyque, la jeunesse belge, qui entretient des relations suivies avec les jeunes français d’Esprit, de Plans et d’Ordre nouveau, et bientôt allemands du Solhbergkreis, rejoint aussi les tribunes européistes. Parmi celles-ci, mentionnons Le Rouge et Le Noir – tribune libre non-conformiste de Bruxelles calquée sur le Club du Faubourg parisien –, mais aussi Union Jeune Europe (UJE). Cette association née à Genève dans la foulée du Plan Briand s’implante à Anvers puis à Bruxelles en 1932. Elle publie de janvier 1933 à juin 1936 un bulletin mensuel. Plusieurs auteurs français – Jean Luchaire, Bertrand de Jouvenel ou Francis Delaisi – y publient des articles pour démontrer qu’il est vain de vouloir faire l’Europe sans l’Allemagne, aussi « nouvelle » soit-elle. Partisans d’un dialogue à tout prix, ces publicistes français, bientôt rejoints par de jeunes catholiques belges rassemblés autour de Raymond De Becker (L’Esprit nouveau, puis Communauté), de l’abbé Jacques Leclercq (La Cité chrétienne) ou de Pierre Seigneur (L’Avant-garde), estiment qu’il faut construire, sinon maintenir, des ponts entre les jeunes générations européennes. Mais, ce faisant, les leaders de l’UJE bruxelloise, Lucienne et Edouard Didier, rencontrent fortuitement les objectifs d’une diplomatie parallèle allemande soucieuse, dès l’été 1934, de convaincre des intentions pacifistes du IIIe Reich. Persuadée de travailler à la réconciliation franco-allemande – n’est-ce pas là que réside la mission européenne de la Belgique ? – la jeunesse européiste belge s’expose à une rhétorique nazie qui use abondamment de « l’idée d’Europe unie », soit « une notion passablement floue, variant au gré des événements et des besoins de la propagande » [26]. Et force est de constater que de l’échange d’idées à la propagande directe, il s’opère bien un glissement, un « glissement redoutable ».

En guise de conclusion… les postérités
L’européisme, à l’instar du pacifisme, transcende les générations [27], mais aussi les clivages idéologiques et sociologiques. Aussi pose-t-il inévitablement la question des postérités. La Seconde Guerre mondiale durant laquelle les tenants de l’idée d’Europe unie emprunteront parfois de bien étranges parcours révèle en effet l’ambivalence d’un projet « venu tard au panthéon des idées politiques » [28]. Dès lors, il nous semble opportun, au moment de conclure, de distinguer trois « types » d’européistes.
Il existe, tout d’abord, une constellation de militants européens – Paul Colin, René Baert, Jacques Crokaert, Pierre Daye, Raymond De Becker, Édouard et Lucienne Didier, Pierre Hubermont, Marcel Laloire, José Streel, Paul Vallot, Pierre Van Ongeval… – qui ont succombé aux mirages d’une Europe unifiée sous l’égide de l’Allemagne nazie. Souvent négligé par les historiens belges [29], cet argument européen est pourtant avancé par les protagonistes eux-mêmes. Il faut, bien entendu, se méfier des discours d’autolégitimation, leurs visions européennes ayant pris forme dans les décennies précédentes, l’historien est bien tenu de les prendre en compte.
D’autres européistes n’ont cessé de remettre en cause la démocratie et d’appeler de leurs vœux la réalisation d’un régime fort et de l’unification du continent, sans toutefois accepter le joug allemand. Plus difficile à cerner, cette deuxième catégorie d’européistes parmi lesquels figurent le socialiste Henri De Man ou l’ancien paneuropéen Irénée Van der Ghinst, invoque généralement la notion de « fédéralisme autoritaire » pour amener à l’unification économique et politique de l’Europe et pour remédier aux défectuosités du régime démocratique.
Enfin, certains intellectuels et hommes politiques estiment que la réalisation d’une Europe unie est une question importante mais qui se subordonne au respect de la démocratie. Issus, pour la plupart de l’appareil d’État, ils seront les principaux artisans de la construction européenne dans le second après-guerre. Sensibilisés de manière précoce à l’idée européenne grâce aux dossiers qu’ils ont été amenés à traiter avant, comme pendant la guerre, les membres de la haute administration, représentés emblématiquement par Fernand Vanlangenhove, Max Suetens ou Jean-Charles Snoy et d’Oppuers, se retrouveront logiquement impliqués dans la politique européenne de la Belgique de l’après-guerre. L’engagement de Paul-Henri Spaak, qui s’écriait en 1931, dans le sillage de Gaston Riou, « Europe, ma patrie », est l’une des plus belles manifestations de ce passage de l’Europe rêvée à l’Europe en action [30].

[1] « Manifeste du Bloc d’Action européenne », L’Action européenne, n° 1, octobre 1932, p. 3.

[2] Rossiiskii Gosudartvennyi Voennyi Arkhiv, Moscou (RGVA), Paneuropäische Union, 554 I 33 : Lettre de G. Gérard à R. Coudenhove-Kalergi, Bruxelles, 31 décembre 1931.

[3] Jean-Luc Chabot, L’idée d’Europe unie de 1919 à 1939, thèse de doctorat en sciences politiques, Université des sciences sociales de Grenoble, 1978. Cette thèse a fait l’objet d’une publication récente sans que la teneur en soit changée : Aux origines intellectuelles de l’Union européenne. L’idée d’Europe unie de 1919 à 1939, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, coll. « Libre Cours », 2005.

[4] Michel Dumoulin, « La Belgique dans la construction européenne. Un essai de bilan historiographique », dans Michel Dumoulin, Geneviève Duchenne, Arthe Van Laer (dir.), La Belgique, les petits États et la construction européenne, Actes du colloque de clôture de la VIIe Chaire Glaverbel d’études européennes 2001-2002 (Louvain-la-Neuve, les 24, 25 et 26 avril 2002), Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2003, p. 16-21 (Actes de la Chaire Glaverbel d’études européennes, n° 3).

[5] Geneviève Duchenne, « Esquisses d’une Europe nouvelle. L’européisme dans la Belgique d’entre-deux-guerres », thèse de doctorat en histoire, 2 vol., Université catholique de Louvain, 2006.

[6] Pierre van Zuylen, Les mains libres. Politique extérieure de la Belgique 1914-1940, Paris, Desclée De Brouwer, 1950, p. 217.

[7] Louis de Brouckère, « Après Locarno », L’Avenir social, 2e année, n° 10, 31 octobre 1925, p. 353.

[8] Cf. Laurence van Ypersele, « La mémoire belge francophone de la guerre 14-18 », dans Brigitte Caulier, Luc Courtois (dir.), Québec-Wallonie. Dynamiques des espaces et expériences francophones, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain

  • Academia Bruylant, coll. « Université catholique de Louvain. Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres. Temps et espaces », 6, 2006, p. 220-225.

[9] Robert Frank, « Introduction », dans Robert Frank, avec la collab. de Gérard Bossuat (dir.), Les identités européennes au XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 9.

[10] Paul Dresse, Le Complexe belge, Bruxelles, Charles Dessart éditeur, 1945, p. 105.

[11] Archives du ministère des Affaires étrangères, Bruxelles (AMAEB), Dossier 11 440 II « États-Unis d’Europe » : Lettre de R. Le Ghait à E. Vandervelde, Vienne, 6 octobre 1926.

[12] « Latinité et germanisme », La Cité chrétienne, 5 avril 1935, p. 356-357.

[13] Henri Jaspar, « Paix et sécurité », La Revue belge, 1er novembre 1924, p. 213-214.

[14] Francis Delaisi, « La Belgique “Plaque tournante“ de l’Union économique euro-péenne », La Revue belge, 1er janvier 1928, p. 43-56.

[15] AGR, Archives de la Sofina, Registres comptables, « Sofina. Service financier. Banquiers n° 1, 1928 » ; « Sofina. Service financier. Banquiers n°2, 1928 ». Francis Delaisi reçoit la somme de 16 000 francs belges pour mener à bien les recherches qui donneront lieu à l’ouvrage Les Deux Europe (Paris, Payot, 1929) préfacé par Heineman. Soulignons encore que, ces archives faisant actuellement l’objet d’une inventorisation, seuls les registres comptables de l’année 1928 ont été consultés. Il conviendrait donc de revenir plus largement sur la question de ce financement, y compris dans le cadre de l’Institut d’économie européenne.

[16] RGVA, Paneuropäische Union, 554 I 33 : Lettre d’A. Lansel à R. Coudenhove-Kalergi, Vienne, 16 février 1932.

[17] Cf. Anita Ziegerhofer, Botschafter Europas. Richard Nikolaus Coudenhove-Kalergi und die Paneuropa-Bewegung in den zwanziger und dreißiger Jahren, Vienne - Cologne - Weimar, Böhlau, 2004.

[18] RGVA, Paneuropäische Union, 554 I 33 : Lettre d’A. Lansel à R. Coudenhove-Kalergi, Vienne, 16 février 1932.

[19] Emmanuel Gérard, « La démocratie rêvée, bridée et bafouée. 1918-1939 », dans Michel Dumoulin, Emmanuel Gérard, Mark Van den Wijngaert et Vincent Dujardin, Nouvelle histoire de Belgique, vol. 2 : 1905-1950, Bruxelles, Complexe, coll. « Questions à l’histoire », 2006, p. 144.

[20] AGR, Papiers Albert Guislain, n°3592 : Lettre de Georges Aronstein à Albert Guislain, Bruxelles, 15 janvier 1930.

[21] Pour les socialistes : Jules Destrée, Louis Piérard, Louis de Brouckère, Henri Rolin, Henri De Man, Albert Devèze, Camille Huysmans, Arthur Wauters ou Paul-Henri Spaak ; pour les libéraux : Paul Hymans, Paul-Emile Janson, François Bovesse, Pierre Forthomme, Julius Hoste ; pour les catholiques : Frans Van Cauwelaert, Albert-Edouard Janssen, Aloïs van de Vyvere, Georges Theunis, Henry Carton de Wiart, Gustave Sap et Paul van Zeeland.

[22] Jean-François Sirinelli évoque précisément « la génération de 1895 ». Cf. Génération intellectuelle : Khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 1988.

[23] Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, « Tu n’as rien vu dans les années 20 et 30 », dans Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, 14-18. Retrouver la guerre, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèques des Histoires », 2000, p. 259-272.

[24] Jeune Europe, n° 1, janvier 1934, p. 1.

[25] À cet égard, voir les conclusions de Jean-Philippe Schreiber, « Judaïsme et pacifisme », dans Jean-François Füeg, Suzanne Lecocq (dir.), Le Pacifisme est-il une valeur universelle ? Actes du colloque des 25 et 26 novembre 1999, Mons, Éditions du Mundaneum, 2001, p. 11-28 et plus particulièrement, p. 27 : « Le judaïsme ne considère pas le pacifisme individuel comme une valeur supérieure de sa morale. Il est plutôt partisan d’un pacifisme pratique, dont la réponse est d’ordre politique ». Or l’européisme peut apparaître ici comme l’une de ces réponses politiques.

[26] Jean Nurdin, Le rêve européen des penseurs allemands (1700-1950), Lille, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », 2003, p. 222.

[27] Jean-François Sirinelli, « La France de l’entre-deux-guerres : un trend pacifiste ? », dans Maurice Vaïsse (dir.), Le pacifisme en Europe des années 1920 aux années 1950, Bruxelles, Bruylant, 1993, p. 45.

[28] Bernard Bruneteau, « L’Europe nouvelle » de Hitler. Une illusion des intellectuels de la France de Vichy, Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Démocratie ou totalitarisme », 2003, p. 10.

[29] Cécile Vanderpelen-Diagre, José Gotovitch, « Fascisme, autorité, identité. Valeurs des intellectuels francophones et flamands dans la collaboration », dans Albrecht Betz, Stefan Martens, Les intellectuels et l’Occupation (1940-1944). Collaborer, partir, résister, Paris, Autrement, coll. « Mémoires, n°16 », 2005, p. 278-295.

[30] À lire, avec prudence, Jérôme-Emmanuel Bepoix, « La formation de l’idée européenne chez Paul-Henri Spaak », dans Christiane Villain-Gandossi (dir.), L’Europe à la recherche de son identité, Paris, Éditions du CTHS, 2002, p. 145-155. Voir également, Geneviève Duchenne, « Spaak, la France, l’Europe et Le Rouge et le Noir (1930-1933) », dans Paul-Henri Spaak et la France. Actes du Colloque de Louvain-la-Neuve, 15 et 16 mai 2006, Bruxelles, Bruylant, coll. « Bibliothèque de la Fondation Spaak », 2006 et Michel Dumoulin, Spaak, Bruxelles, Éd. Racine, 1999 [2e éd. revue].


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