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Le SED et les gauches égyptiennes, 1969-1989 : entre idéologie et pragmatisme

Le SED et les gauches égyptiennes, 1969-1989
Entre idéologie et pragmatisme

Amélie REGNAULD

Le 10 juillet 1969, le gouvernement égyptien rend officielle la reconnaissance de la RDA, dans le cadre de la « vague de reconnaissances » dont Berlin-Est fait l’objet par les pays arabes. Un an plus tard, en juillet 1970, est signée la première convention politique entre l’Union socialiste arabe (USA), immense rassemblement des partisans du régime nassérien, et le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), le parti socialiste unifié est-allemand [1]. Cet accord inaugure le début des relations proprement politiques entre Berlin-Est et Le Caire. Pour la RDA, « l’option du Sud [2] » apparaît comme le moyen de fonder l’entreprise de légitimation de sa politique extérieure (face à la RFA notamment), d’affirmer sa visibilité internationale et d’assurer la diffusion du socialisme scientifique au Moyen-Orient. Tout en admettant que « l’écran protecteur [3] » du pacte de Varsovie est indispensable à sa sécurité, cette nouvelle audience permet néanmoins à Berlin-Est de se libérer de l’emprise de l’URSS et de poser les jalons de sa propre souveraineté [4].

La perspective nationale guide donc en partie le développement des relations politiques avec Le Caire, justifiant le passage de l’impératif idéologique au pragmatisme : la décision est-allemande d’accroître les relations avec un pays où le gouvernement lui-même ne se définit pas comme « marxiste-léniniste » et interdit l’existence d’un parti communiste sur son sol n’est en effet pas évidente à justifier d’un strict point de vue idéologique. Le choix d’un interlocuteur légitime est cependant crucial pour maintenir ses positions en Égypte. La stratégie est-allemande consiste à privilégier les relations avec les partis égyptiens légaux, au niveau étatique, afin de ne pas s’aliéner le pouvoir.

Du côté égyptien, de tels liens permettent de s’émanciper à la fois des tutelles héritées et des subordinations nouvelles, nées dans le cadre de la guerre froide. Le SED apparaît comme un partenaire potentiel aussi bien pour le régime en place que pour les mouvements de l’opposition de gauche, légale ou clandestine. L’État égyptien espère profiter du savoir-faire est-allemand en matière technico-scientifique et militaire, contourner ainsi sa dépendance à l’égard de Moscou et, jusqu’en 1979, trouver un allié dans sa lutte contre Israël. Les forces de gauche font face à un véritable dilemme : tout en prônant le développement des liens avec les pays socialistes, elles se divisent quant aux concessions qu’elles sont prêtes à faire pour ne pas heurter de front un régime souvent méfiant à l’égard de l’URSS.

À partir des sources de l’ancienne Allemagne de l’Est, nous retracerons ici la rencontre de circonstance entre le SED et les acteurs de la gauche égyptienne, en s’interrogeant sur la place de l’idéologie dans la mise en œuvre des liens politiques bilatéraux [5]. Cette analyse suppose de prendre en compte la déclinaison des relations politiques à plusieurs échelles : le SED est à la fois un parti politique et un organe de l’État tandis que les gauches égyptiennes peuvent selon les périodes se confondre avec le régime ou agir au contraire en dehors du cadre institutionnel. Selon le statut des acteurs impliqués et les échelons administratifs considérés, les intérêts prioritaires peuvent diverger : les impératifs idéologiques sont donc plus ou moins mis en valeur. Globalement, la coopération bilatérale reste néanmoins l’instrument de politiques nationales réalistes qui font le choix du compromis plutôt que celui de l’idéologie.

La fin de l’ère nassérienne et le choix d’un interlocuteur légitime : le SED entre orthodoxie idéologique et raison d’État

L’institutionnalisation des liens entre le SED et l’USA et l’affirmation de la visibilité internationale de la RDA : la politique étrangère est-allemande au service de la question nationale

À partir du milieu des années 1950, l’ouverture de la politique soviétique aux États en développement offre à Berlin-Est des possibilités d’implantation dans le Tiers Monde [6]. La crise de Suez en 1956 et la guerre israélo-arabe de juin 1967 permettent à l’Union soviétique de consolider sa position de porte-parole des intérêts arabes et de se présenter comme l’allié fiable de l’Égypte contre l’ « impérialisme » et le « sionisme » [7]. En outre, les diplomates est-allemands estiment que depuis son arrivée au pouvoir en octobre 1954, Nasser a engagé l’Égypte sur une « voie de développement non-capitaliste [8] », grâce à la réforme agraire et au grand mouvement d’étatisation. Selon eux, il existe donc un « climat favorable [9] » à la pénétration des idées socialistes dans le pays. Entre 1967 et 1970, les membres du SED nouent alors des contacts avec les dirigeants de l’USA, afin de poser les jalons de la future coopération. À partir de la fin de l’année 1970, les visites mutuelles s’accélèrent et les ministres égyptiens se succèdent en RDA [10].

L’institutionnalisation des relations entre le SED et l’USA permet à Berlin-Est d’accroître sa visibilité internationale, dans le cadre du conflit germano-allemand. En effet, la RDA ne soutient pas uniquement la politique moyen-orientale soviétique par solidarité, par dépendance ou pour des raisons idéologiques : elle a ses propres buts en matière de politique étrangère, et notamment celui d’« imposer les réalités nées du territoire allemand, c’est-à-dire l’existence de deux États allemands souverains [11] ». Même après l’instauration des liens diplomatiques officiels avec l’Égypte, qui met en échec l’exigence de représentation exclusive ouest-allemande formulée dans la doctrine Hallstein en 1955 [12], la « politique de la RDA […] ne peut être séparée de la politique de la RFA [13] » car « la guerre Est-Ouest se poursuit au Caire… avec la concurrence des deux Allemagnes [14] ».

Dans ce contexte, l’Égypte peut apparaître comme un partenaire susceptible de soutenir les revendications est-allemandes devant la communauté internationale. La RDA « attend […], dans son combat contre l’exclusivité de Bonn, une aide solidaire des États amis, parmi lesquels [on trouve] l’Égypte » [15]. Berlin-Est espère aussi voir Le Caire soutenir ses demandes d’adhésion aux différentes organisations internationales, comme l’UNESCO ou l’ONU [16]. Cette position se heurte toutefois aux réticences de l’Égypte, qui tient à maintenir de bonnes relations avec la RFA, notamment parce qu’elle « souhaite des aides et des crédits ouest-allemands afin de soulager sa capacité de défense [17] ».

L’intensification des relations politiques, par le biais d’une diplomatie active et d’échanges réguliers de délégations, est permise par la posture pragmatique qu’adopte Berlin-Est à l’égard de l’Égypte nassérienne. Dans un souci de cohérence idéologique, la RDA est certes contrainte de veiller à la solidarité internationale avec les forces communistes ou « progressistes » locales. Mais de façon plus réaliste, elle doit prendre garde au maintien de ses bonnes relations avec le régime nassérien, qui fait arrêter aussi bien les communistes que les Frères musulmans [18]. Face à ce dilemme, Berlin-Est se décide à sacrifier la solidarité de classe et à « donner la priorité, conformément au modèle soviétique, à la raison d’État [19] ».

Les justifications du ralliement à l’USA, en RDA et en Égypte : entre « tactique léniniste du front uni [20] » et « marxisation [21] » du nassérisme

Du fait du caractère dérisoire et clandestin du mouvement communiste égyptien, la RDA se concentre, dès le début, sur le soutien apporté à l’USA. Les buts affichés de l’organisation nassérienne coïncident en effet en partie avec ceux des États socialistes : par exemple, le contrôle de l’économie nationale et la mise en place d’un secteur étatique pour soutenir le processus de développement [22]. En encourageant ses relations avec l’Égypte par ce biais, Berlin-Est cherche à étendre son système d’alliance à des pays non-socialistes de la région moyen-orientale. Mais en raison de la faible importance des idées communistes dans le pays, la RDA en vient en fait paradoxalement à soutenir l’idéologie d’un mouvement qu’elle qualifie par ailleurs de « petit bourgeois » [23]. Cette politique ne fait que suivre, en réalité, celle prônée par l’Union soviétique elle-même : afin de maintenir ses positions régionales au Moyen-Orient, celle-ci favorise les relations entre États et ignore plus ou moins les partis communistes locaux [24], malgré les pressions que ces derniers tentent d’exercer sur elle. Cette attitude dérive de la conception léniniste du communisme dans le monde sous-développé [25], selon laquelle le nationalisme est une étape nécessaire vers l’anti-impérialisme, et qui encourage à ce titre les partis communistes locaux à coopérer avec les régimes nationalistes et militaires.

Si l’institutionnalisation politique des relations entre Berlin-Est et Le Caire s’inscrit dans une vision extrêmement pragmatique des contacts bilatéraux, cela ne signifie pas pour autant que l’idéologie n’y joue aucun rôle : du point de vue est-allemand, la coopération entre le SED et l’USA permettra de créer les conditions idéologiques favorables à la transformation de l’USA en un parti révolutionnaire [26]. Quant aux militants des différents mouvements de la gauche égyptienne, ils répondent aux attentes idéologiques des Allemands de l’Est, voire les anticipent, en justifiant leur ralliement au régime de Nasser par le caractère progressiste affiché de ce dernier [27]. En 1965, les deux principales organisations communistes égyptiennes décident leur auto-dissolution pour fusionner au sein de l’USA [28]. L’appropriation des mots d’ordre socialistes par l’USA s’apparente à ce que Sherif Younis nomme la « marxisation » du nassérisme et fonde le soutien des progressistes égyptiens au régime en place.

Néanmoins, si l’Égypte a pu apparaître un temps comme l’« avant-poste du système socialiste européen [29] » au Moyen-Orient, il ne faut pas déduire de l’adoption d’une terminologie socialiste une parenté idéologique entre le régime égyptien et le modèle soviétique. La rhétorique anti-impérialiste fait l’objet d’une instrumentalisation maîtrisée, dans des buts extrêmement pragmatiques : faire pression sur les États-Unis dans le règlement de la question israélo-arabe et encourager les livraisons d’armes de l’URSS. Berlin-Est a d’ailleurs bien conscience des divergences idéologiques qui existent entre le SED et l’USA : en 1970, lors des festivités organisées au Caire à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Lénine, les acteurs est-allemands regrettent notamment que
« sur certains points fondamentaux du léninisme, comme la dictature du prolétariat, le rôle directeur du Parti […] et le rôle de la religion, aucune conception marxiste [ne soit] exprimée [30] ».
Après la mort de Nasser en septembre 1970, l’arrivée de Sadate au pouvoir marque un revirement dans la politique égyptienne à l’égard des États socialistes et dans l’exploitation politique de l’USA. Berlin-Est adopte alors une politique flexible qui consiste à privilégier les relations avec l’opposition gouvernementale de gauche, tout en maintenant des liens discontinus avec les forces extra-parlementaires illégales.

L’émergence du pluralisme politique sous Sadate et le développement d’une « opposition constructive [31] » : les partis gouvernementaux, des acteurs incontournables pour le SED ?

Le « virage à droite [32] » de l’Égypte et l’abandon du « socialisme importé [33] » : l’adaptation de la stratégie est-allemande

Lorsque Sadate parvient à la tête de l’État égyptien le 15 octobre 1970, il doit faire face à de nombreuses oppositions intérieures. En mai 1971, il procède à un remaniement gouvernemental qui lui permet d’éliminer ses adversaires et d’évincer les « vieux amis [34] » de Moscou et de Berlin-Est, comme Ali Sabri, vice-président égyptien [35]. Cette « révolution correctrice [36] » inaugure une période de répression sévère à l’encontre des nassériens et des marxistes en Égypte. Plusieurs facteurs contribuent à détériorer les relations bilatérales entre Berlin-Est et Le Caire : les mesures de libéralisation croissante entreprises par Sadate, dans le cadre de l’Infitâh (ouverture économique), le rapprochement progressif entre l’Égypte et les États occidentaux [37] afin d’influencer la résolution du conflit au Proche-Orient et la réislamisation de l’État égyptien [38].

Pour Berlin-Est, ces transformations s’apparentent véritablement à l’orchestration de l’anticommunisme par le régime égyptien. En juillet 1972, Sadate ordonne l’expulsion des 20 000 techniciens et militaires soviétiques présents en Égypte. Pour justifier sa décision, le président égyptien évoque le mécontentement populaire face à l’aide militaire jugée insuffisante des États socialistes, dans le contexte d’une reprise imminente de la guerre contre Israël, et l’émigration massive de Juifs soviétiques vers Israël [39]. Durant la guerre israélo-arabe d’octobre 1973, l’Union soviétique et la RDA soutiennent militairement les États arabes, ce qui contribue au dégel provisoire des relations avec l’Égypte. Mais la normalisation progressive des relations israélo-égyptiennes, qui aboutit à la paix séparée de Camp David le 26 mars 1979, consacre l’éviction de Moscou du règlement du conflit au Moyen-Orient. Pourtant, malgré l’ « absence [croissante] de contenu politique » des relations bilatérales, Berlin-Est s’efforce d’entreprendre « des efforts intensifs […] afin de restaurer une coopération amicale » [40] avec le gouvernement égyptien. Délaissant les forces extra-parlementaires, la stratégie est-allemande vise plutôt à « gagner le groupe relativement important de centristes à l’intérieur de l’USA […], afin de poursuivre le développement anti-capitaliste de l’Égypte » [41]. Berlin-Est développe ainsi la pratique de l’Adressendiplomatie qui multiplie les compliments aux personnalités et institutions égyptiennes, dans le but de soutenir la politique étrangère est-allemande [42].

Enfin, la coopération culturelle et économique peut apparaître comme une compensation au déclin des relations politiques : globalement, les missions communes prévues dans les domaines de la santé, de la formation populaire et de l’enseignement supérieur se maintiennent tout au long de la décennie 1970. Les dirigeants égyptiens quant à eux ne regrettent guère l’affaiblissement des liens politiques : en décembre 1977, le Secrétaire général de la Ligue arabe, Mahmoud Riad, assure au nouvel ambassadeur est-allemand au Caire, Otto Becker, que « l’étape actuelle des relations entre les deux États ne doit pas être prise tant au tragique. Il existe toujours des relations économiques. Il faut prendre son parti de la limitation actuelle des relations aux domaines culturel, scientifique ou autres [43] ».

La mise en place du multipartisme à partir de 1976 permet en outre à Berlin-Est de trouver de nouveaux biais institutionnels pour développer ses relations politiques avec l’Égypte.

Les débuts du multipartisme en Égypte ou comment l’opposition légale, tenante d’un ordre « bourgeois pluraliste », devient l’interlocuteur privilégié de Berlin-Est

Au milieu des années 1970, l’USA traverse une crise de légitimité qui pousse le régime à envisager la formation progressive de « partis d’opposition » au sein de l’organisation [44]. La mise en place du multipartisme entre 1976 et 1978 permet la constitution d’un parti de gauche autorisé, le parti Tagammu’ [45], qui se distingue du PCE, toujours interdit. Si pour Berlin-Est, cette initiative s’apparente surtout à la volonté de « prouver la stabilité intérieure [de l’Égypte] aux États occidentaux » [46] afin d’attirer le capital étranger, le parti de gauche devient pourtant rapidement son interlocuteur privilégié.

De son côté, le PCE se reconstitue en 1975 et informe Moscou et Berlin-Est qu’il a l’intention d’« instaurer des relations avec les partis communistes frères [47]. » Il ne parvient pas, toutefois, à obtenir de soutien politique équivalent à celui dont bénéficie le Tagammu’. Le maintien du PCE dans l’illégalité amène en effet la RDA à modérer l’appui qu’elle peut lui apporter [48]. En avril 1981, Michel Kamel, le représentant du PCE à l’étranger, écrit à Günter Sieber, membre du Comité central du SED, pour l’informer de son regret de ne pas avoir été invité au 10e congrès du parti du SED, auquel tous les partis communistes arabes sont pourtant conviés [49]. Sieber transmet sa requête à Hermann Axen, Secrétaire du Comité central chargé des questions internationales, et propose, en guise de compensation, de lire un court extrait du message de salutations envoyé par le PCE au SED, lors du congrès du parti. La réponse de H. Axen est sans équivoque : « non, le camarade Honecker est contre » [50]. De façon plus générale, les efforts du PCE pour établir le contact avec les grands partis communistes internationaux restent souvent vains [51]. On voit apparaître ici, néanmoins, un premier décalage dans la perception que les acteurs de la diplomatie est-allemande ont de leurs interlocuteurs progressistes, ne serait-ce que parce que ceux d’entre eux qui sont directement au contact des militants égyptiens sont peut-être plus soucieux de répondre de la position de Berlin-Est à leur égard.

La dissolution de l’USA en 1978, après que Sadate a créé un nouveau parti gouvernemental, le Parti national démocratique (PND), scelle en quelque sorte l’abandon par la RDA des anciens espoirs de collaboration idéologique avec le gouvernement égyptien. La politique étrangère est-allemande en Égypte se concentre désormais surtout sur ses priorités économiques.

L’ambivalence de la position du SED face aux gauches égyptiennes sous Moubarak : fin de la « solidarité anti-impérialiste » et priorité aux intérêts économiques

Quelle posture pour le SED face aux divisions internes et au flou doctrinal de la gauche égyptienne ?

Tout en ayant bien conscience des contradictions qui divisent les gauches égyptiennes, Berlin-Est s’accommode du flou idéologique qui les caractérise : le champ d’action restreint et les intérêts économiques de la direction est-allemande la contraignent à agir de façon pragmatique [52].

Plusieurs facteurs contribuent à faire perdre aux courants de gauche le « coefficient oppositionnel [53] » dont ils disposaient dans les années 1960-1970. Le premier est leur choix du légalisme à l’égard du système parlementaire, pourtant discrédité, et les divisions internes qu’une telle stratégie suscite au sein des différentes tendances. Rifaat Saïd, l’un des leaders du parti de gauche autorisé, le Tagammu’, assume aussi la direction du PCE en Égypte, mouvement pourtant clandestin. Il soutient le principe de la double affiliation, estimant que seule l’intégration du PCE au parti de gauche légal lui permettra d’avoir accès à la sphère politique institutionnelle. À l’inverse, le représentant des communistes exilés à l’étranger, Michel Kamel, est partisan d’une ligne idéologique stricte et refuse le principe de la fusion. Il dénonce les « idéologies aventureuses […] étrangères au marxisme-léninisme […] qui se sont infiltrées dans les rangs du mouvement communiste » [54], sans parvenir toutefois à briser le monopole de la représentation des forces progressistes égyptiennes que s’est arrogé le Tagammu’. Certains acteurs est-allemands pointent d’ailleurs les contradictions idéologiques qui conduisent la RDA à privilégier les contacts avec le Tagammu’. En 1984, M. Trappen, représentant du directeur du Département des relations internationales au Comité central du SED, conseille officieusement à Günter Sieber de faire preuve de prudence à l’égard de Rifaat Saïd : ce dernier « n’est pas, à nos yeux, le représentant du PC […]. Le seul représentant du PC pour nous, [est] Michel Kamel […] » [55]. Le parti est-allemand n’est pas complètement indifférent à l’aspect idéologique des relations politiques : en 1985, il s’interroge en interne sur l’ « aide [qui] pourrait être apportée par le SED afin d’obtenir l’unité du PCE [56] ». Ponctuellement, on constate donc un regain d’intérêt de Berlin-Est pour les forces progressistes non-gouvernementales, soit pour compenser le déclin des relations interétatiques, soit par strict souci d’orthodoxie idéologique, même si cette dimension est évidemment difficile à mesurer.

Le second facteur expliquant la perte d’audience des mouvements de gauche est leur manque de clarté politique et idéologique. Le Tagammu’, par exemple, se veut « parti et coalition à la fois [57] » et n’hésite pas à s’approprier, ponctuellement, la terminologie religieuse (islamique ou chrétienne) [58]. Berlin-Est a pourtant conscience du fait que l’institutionnalisation du Tagammu’ contribue à assimiler le parti à l’aile gauche du régime en place et non à une véritable alternative politique [59]. En témoignent un certain nombre de rapports internes centralisés par la Stasi, qui indiquent explicitement que « les partis d’opposition ne disposent d’aucune influence sur les masses susceptible de mettre le régime en danger [60] ».

Berlin-Est insiste en fait sur sa nécessaire adaptation au terrain égyptien :
« il faut que nous acceptions ces faits nouveaux et que nous nous y adaptions : la RDA entretient bien des relations avantageuses avec des États impérialistes, sans avoir [pourtant] l’illusion de pouvoir influencer à court terme les rapports [de forces] internes à ces États [61] ».

La majorité des acteurs est-allemands s’accorde en fait à reconnaître l’importance croissante des impératifs économiques et assume désormais leur caractère prioritaire dans le déploiement de la politique étrangère.

Politique de « l’avantage réciproque » et priorité aux intérêts économiques

Au début des années 1980, la « solidarité anti-impérialiste » (anti-imperialistische Solidarität), principe structurant de l’activité est-allemande dans les pays en développement [62], cède le pas à la politique de l’« avantage réciproque [63] » (gegenseitige Vorteil). Après les accords de Camp David, la dimension idéologique de la politique étrangère est-allemande en Égypte perd de son importance au profit de l’aspect économique. Le commerce extérieur avec Le Caire permet à Berlin-Est de combler sa dépendance à l’égard des importations en matières premières [64] et d’obtenir des devises convertibles sur le marché international [65]. La réalisation de ses missions économiques en Égypte devient pour la RDA le moyen politiquement réaliste de répondre à ses propres exigences de souveraineté, dans la mesure où, ponctuellement, ses intérêts commerciaux priment sur les directives soviétiques. Dans le domaine militaire par exemple, il arrive que Berlin-Est prenne l’initiative de poursuivre ses livraisons d’armes à l’Égypte alors que Moscou a demandé explicitement aux États socialistes de stopper de telles transactions [66]. Comme la culture, l’économie devient l’un des champs privilégiés de l’autonomie est-allemande [67]. L’historiographie récente sur la politique étrangère des démocraties populaires insiste d’ailleurs sur la dimension proprement économique de cette politique : c’est le cas par exemple des travaux de Petr Zidek sur les relations entre la Tchécoslovaquie et le Tiers Monde [68].

Du côté égyptien, la primauté des intérêts économiques et techniques sur les relations de partis ne pose guère de problèmes : comme dans les autres pays du Tiers Monde, on n’éprouve qu’un intérêt relatif pour les aspects proprement politiques de la coopération avec la RDA [69]. En revanche, Le Caire apprécie l’aide est-allemande dans l’agriculture, l’industrie, l’armée et la formation populaire.

Dans les archives, la notion d’« avantage réciproque » remplace progressivement celle de « solidarité anti-impérialiste » pour qualifier la nature des liens bilatéraux [70]. La RDA admet qu’elle possède des « intérêts économiques considérables » en Égypte et que leur garantie à long terme implique une « organisation des relations économiques, visant l’avantage réciproque [71] ». Cette position réaliste conduit à un certain décalage entre d’une part les objectifs affichés et les pratiques concrètes des différents acteurs de la diplomatie est-allemande et d’autre part le discours qu’ils continuent à tenir. Tout en estimant que la sécurité des intérêts économiques est-allemands en Égypte « n’est possible que […] par le renforcement des contacts avec les forces agissant contre le développement capitaliste du pays », l’ambassade de la RDA au Caire prône l’accroissement des relations du SED avec le gouvernement et « les partis bourgeois », c’est-à-dire avec les représentants les plus actifs du capitalisme égyptien. En 1989, cette politique mène le SED à envisager sérieusement la mise en place de relations officielles avec le parti gouvernemental, le Parti national démocratique, après que le Dr. Sabri Taha, membre du secrétariat du PND, a relayé le souhait du président Hosni Moubarak de voir se développer les liens officiels entre les deux organisations politiques [72].

De sa reconnaissance en droit par le Caire en 1969 à l’effondrement de son système politique en 1989, la RDA construit en Égypte les fondements d’une politique étrangère pragmatique et flexible. Les liens bilatéraux se développent notamment sur la base des relations entre partis, qui représentent pour le SED un gain de visibilité significatif à l’échelle internationale.
Berlin-Est encourage d’abord le grand mouvement de rassemblement patriotique sous l’égide de l’USA, voulant croire en la transformation révolutionnaire du nassérisme. Dès cette époque cependant, la diplomatie est-allemande met en œuvre des stratégies relationnelles souples, qu’elles soient intergouvernementales ou infra-étatiques, et qui lui permettent d’entretenir ses liens avec l’Égypte indépendamment des circonvolutions politiques internationales. Après Camp David et la mise en place des « relations spéciales » entre l’Égypte de Moubarak et les États-Unis, cette politique réaliste contribue à maintenir l’Égypte parmi les partenaires culturels et commerciaux de la RDA, même si cette dernière se consacre par ailleurs à de nouveaux alliés, idéologiquement plus proches (ou moins éloignés) d’elle : l’OLP ou certains États d’Afrique Noire et d’Asie du Sud-Est. Pour Le Caire, le développement des relations bilatérales avec Berlin-Est s’inscrit dans une volonté affichée de diversification des alliances.

[1] Ministerium für auswärtige Angelegenheiten (ministère des Affaires extérieures de RDA), ci-après MfAA, « Exposé sur le développement des relations entre la RDA et la RAE », 201/ L 187, C 1641/ 76. L’Union socialiste arabe (USA) est fondée en 1962. Le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands) naît en avril 1946 de la fusion entre le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands) et le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands).

[2] Kai Hafez, „Von der nationalen Frage zur Systempolitik : Perioden der DDR-Nahostpolitik, 1949-1989“, Orient, deutsche Zeitschrift für Politik und Wirtschaft des Orients, 36, 1995, p. 77-95.

[3] Siegfried Kupper, Hans-Siegfried Lamm, DDR und Dritte Welt. Der deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik E.V. Bonn, München ; Wien, R. Oldenbourg Verlag, 1976, p. 40.

[4] À cet égard, l’historiographie privilégie, depuis la seconde moitié des années 1990, la thèse d’une « indépendance » relative de la politique étrangère est-allemande. L’idée défendue par ces travaux est que le respect des buts internationalistes communs à l’ensemble des États socialistes ne contredit pas forcément la recherche de l’intérêt national. Voir Siegfried Kupper, Hans-Siegfried Lamm, DDR und Dritte Welt... op.cit. et Kai Hafez, „Von der nationalen Frage...“, op. cit.

[5] Sur le rôle de l’idéologie marxiste-léniniste dans la politique extérieure de la RDA, voir Benno-Eide Siebs, Die Aussenpolitik der DDR, 1976-1989 : Strategien und Grenzen, Paderborn, Schöningh, 1999, p. 43-48. Voir aussi la publication récente de Fritz Taubert, qui tente de « savoir si un État tel que la RDA se montre fidèle à son idéologie dans sa politique étrangère » en Algérie : Fritz Taubert, La guerre d’Algérie et la République démocratique allemande, le rôle de l’« autre » Allemagne pendant les « événements » (1954 à 1962), Dijon, Éditions universitaires de Dijon, collection Sociétés, 2010, p. 15.

[6] Kai Hafez, „Von der nationalen Frage...“, op.cit., p. 77-95.

[7] Sur les possibilités d’implantation de l’URSS en Égypte, voir Sven Olaf Berggötz, „Nahostpolitik in der Ära Adenauer, Möglichkeiten und Grenzen, 1949-1963“, Forschungen und Quellen zur Zeitgeschichte, Bd 33, Düsseldorf, 1998, p. 421-426 et Bernard von Plate, „Der Nahe und der Mittlere Osten sowie der Maghreb“, in Hans Adolf Jacobsen (hrsg), Drei Jahrzehnte Aussenpolitik der DDR. Bestimmungsfaktoren, Instrumente, Aktionsfelder, München ; Wien, Oldenbourg Verlag, 1979, p. 673-679.

[8] Pour une définition de la « voie de développement non-capitaliste », voir notamment Siegfried Kupper, Hans-Siegfried Lamm, DDR und Dritte Welt..., op.cit., p. 36-37.

[9] Martin Robbe (geführt von), „Die DDR in Nah- und Mittelost. Eine Begegnung und ihre Spuren. Eine Rundtischgespräch mit Diplomaten“, Asien, Afrika, Lateinamerika, 21, 1994, p. 77-95.

[10] MfAA, 201/L 187, C 1641/76, « Rapport sur les relations entre la République arabe unie et la RDA pour le troisième trimestre 1970 ».

[11] Wolfgang Kiesewetter, „15 Jahre deutsche friedliche Aussenpolitik“, Einheit, Ost-Berlin, Sept.-Oktober 1964, p. 157.

[12] La doctrine Hallstein est la règle de conduite énoncée par le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer le 22 septembre 1955, lors d’un discours prononcé devant le Bundestag. La RFA se considérant comme seule entité habilitée à représenter l’intégralité de l’Allemagne, toute reconnaissance diplomatique de la RDA par les pays tiers crée un précédent pour la rupture des relations diplomatiques avec Bonn.

[13] Siegfried Kupper unter Mitarbeit von Alparslan Yenal und Roswitha Zastrow, Die Tätigkeit der DDR in den nichtkommunistischen Ländern, VI. Arabische Staaten und Israel, Bonn am Rhein, Forschungsinstitut des Deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik, Juli 1971, p. 11.

[14] Cité dans Dominique Trimbur, De la Shoah à la réconciliation, la question des relations RFA/Israël, 1949-1956, Paris, CNRS Éditions, 2000, p. 366.

[15] MfAA, C 602/73, 205/L 167, ZR 3437/73, « Note sur un entretien avec le président de l’Assemblée nationale égyptienne et membre du Haut Comité exécutif du Comité central de l’USA, le Dr. Labib Shukeir, le 28 avril 1970, de 9h30 à 10h30 ».

[16] MfAA, C 602/73, 205/L 167, ZR 3437/73, « Remarques sur un entretien avec le ministre des Affaires étrangères d’Égypte, Mahmoud Riad, le 21 juillet 1970, entre 12h30 et 13h15 ». La RDA devient finalement membre de l’UNESCO en novembre 1972 et entre à l’ONU en même temps que la RFA en septembre 1973.

[17] MfAA, 201/L 187, C 1641/76, « État des relations entre la RDA et l’Égypte », 9 septembre 1970.

[18] Deux organisations subversives aux yeux de Nasser, qui procède à des vagues d’arrestations successives entre 1969 et 1965. Voir Catherine Kaminsky, Simon Kruk, La stratégie soviétique au Moyen-Orient, Paris, PUF, 1988, p. 51.

[19] Siegfried Kupper, Hans Siegfried Lamm, DDR und Dritte Welt..., op.cit., p. 86.

[20] Selon l’expression de Galia Golan dans Soviet Policies in the Middle East, from World War 2 to Gorbatchev, Cambridge University Press, 1990, p. 210.

[21] Selon l’expression de Sherif Younis dans « Marxisme et patriotisme dans les régimes militaires de libération nationale : les officiers libres et les ‘communistes égyptiens’ », in Les Gauches en Égypte, xixe-xxe siècles, Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique, n° 105-106, juillet-décembre 2008, p. 156.

[22] Frank Müller, „Ägypten und DDR : Parallelen einer Entwicklung“, in Wolfgang G. Schwanitz (hrsg), Berlin-Kairo : Damals und Heute. Zur Geschichte der deutsch-ägyptischen Beziehungen, Berlin, DÄG, 1991, p. 20.

[23] Benno-Eide Siebs rappelle ainsi à juste titre qu’en matière de politique étrangère, « la contrainte de l’ajustement aux conditions du cadre existant est bien plus forte qu’en politique intérieure ». Voir Benno-Eide Siebs, Die Aussenpolitik der DDR..., op.cit., p. 44.

[24] Hélène Carrère d’Encausse, La politique soviétique au Moyen-Orient, 1955-1975, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1975, p. 226.

[25] Galia Golan, Soviet Policies in the Middle East…, op.cit., p. 210.

[26] Si l’USA se définit explicitement comme une organisation unifiée devant rassembler toutes les forces nationales d’Égypte, et non comme un « parti » (a fortiori encore moins comme un parti « communiste »), la RDA choisit de considérer que cette dernière « ne se différencie pas essentiellement, dans sa structure, des autres partis socialistes ». Voir MfAA, 205/L 187, C 17/75, ambassade de la RDA en Égypte, Le Caire, 31 mars 1971.

[27] On retrouve le même mécanisme de soutien commun du SED et du Parti communiste syrien au régime de Hafez el-Assad, arrivé au pouvoir en 1970. Massimiliano Trentin montre comment la RDA et la Syrie, conscientes du fait qu’il n’existe pas de base idéologique commune entre le SED et le parti Baas, réalisent néanmoins un « mariage de convenance » susceptible de répondre à des attentes spécifiques : la lutte contre Israël et le désir de reconnaissance internationale. Voir Massimiliano Trentin, « Syria and the two Germanys from 1963 to 1972 : between Cold War and Modernization », 11th Mediterranean Meeting European Universitary Institute, Montecatini-Florence, Italy, 24-27 March 2010, p. 24-25.

[28] Elles légitiment cette initiative en présentant les bouleversements sociaux à l’œuvre en Égypte comme la preuve qu’il n’y a plus de raison de s’opposer au « régime démocratique révolutionnaire de Nasser ». Voir SAPMO-BArch, DY 30/13 668, compte-rendu du livre de Rifaat al Saïd, Histoire du mouvement communiste égyptien (1957-1965), unité, division, dissolution, Le Caire, al Amal, 1986, 360 p.

[29] Hélène Carrère d’Encausse, La politique soviétique…, op.cit., p. 216.

[30] MfAA, C 1111/75-1117/75, C 1111/75 : décembre 1969-juin 1970. Rapport n° 10/70, Le Caire, 1er juin 1970, « À propos des festivités et des activités à l’occasion du 100e anniversaire de Lénine ».

[31] MfAA, 201 L 187/ C 65/13, Rapport annuel de 1978, ambassade de la RDA en RAE, Le Caire, 2 janvier 1979, « Développement politique intérieur de la République arabe d’Égypte en 1978 ».

[32] Une expression qui revient de façon récurrente dans les archives est-allemandes pour qualifier l’évolution de la politique intérieure égyptienne, notamment dans les rapports de l’ambassade de RDA au Caire à partir de 1972.

[33] SAPMO-BArch, DY 30/J IV 2-2/J-7094, janvier 1976, Bureau politique, « Janvier 1976, sur la situation en République arabe d’Égypte ».

[34] C’est ainsi que les diplomates est-allemands désignent par exemple Aziz Sidky, ancien premier ministre égyptien. Voir SAPMO-BArch, DY 30/IV B 2/20/345, Institut pour l’histoire du mouvement des travailleurs, « Ambassade de RDA en RAE, Le Caire, 14 février 1974, Note sur une conversation entre Grüneberg et le Dr. Aziz Sidky, assistant du Président, 14 février 1974 ».

[35] Moscou et Berlin-Est s’appuyaient fortement en effet sur Ali Sabri, qui, suspecté d’avoir tenté de faire chuter le chef du gouvernement, est démis de ses fonctions par Sadate au début du mois de mai 1971. Voir Udo K. Ulfkotte, Interessenspezifische Nahostpolitik der Grossmächte im Nahen Osten, 1948-1979. Sowjetische, amerikanische, französische und britische Waffenexporte an die Nahost-Staaten Israel und Ägypten in den Jahren 1948-1979, im Kontext der Nahostpolitik der Geberländer, unter besonderer Berücksichtigung der damit angestrebten Einflussnahme, Frankfurt a. M., Haag und Herchen, 1984, p. 46.

[36] Pour reprendre la formule de Frank Müller. Voir Frank Müller, « Ägypten und DDR...“, op.cit., p. 24.

[37] Le 8 juin 1972, Le Caire et Bonn renouent par exemple leurs liens diplomatiques, après une rupture de près de sept ans. L’Égypte avait rompu ses relations diplomatiques avec la RFA après avoir pris connaissance des livraisons d’armes ouest-allemandes à Israël en 1965.

[38] La constitution adoptée le 11 septembre 1971 renforce à la fois le caractère musulman du régime et les pouvoirs du président. La sharî’a devient l’une des sources de la législation.

[39] MfAA, 201 L 187/21- L 159, C 1307/76, « Opinions quant à la fin de l’activité du personnel militaire soviétique en République arabe d’Égypte ».

[40] MfAA, 201/L 187, C 1641/76, 15 janvier 1974, « État des relations entre la RDA et la République arabe d’Égypte.

[41] MfAA, C 1304/76, C 1305/76, Lettre de l’ambassadeur de la RDA au Caire, Martin Bierbach, à l’adjoint du ministre des Affaires étrangères de la RDA, Wolfgang Kiesewetter, le 31 mars 1971.

[42] Siegfried Kupper, Hans Siegfried Lamm, DDR und Dritte Welt..., op.cit., p. 67. Les archives de la RDA montrent le maintien des relations protocolaires entre les diplomaties est-allemande et égyptienne durant toute l’ère Sadate.

[43] MfAA, 205/L 187, C 1429/78 « Note sur la visite au secrétaire général de la Ligue arabe, Mahmoud Riad, le 14 décembre 1977 », ambassade de la RDA en RAE, le Caire, 15 décembre 1977.

[44] MfAA, C 282/76, « Note sur des conversations avec deux Égyptiens le 26 septembre 1974 sur la situation générale », section consulaire, Le Caire, le 29 septembre 1974.

[45] « Rassemblement » en arabe, nom usuel du Parti du Rassemblement national progressiste unioniste (PRNPU), parti de gauche laïque et légal, créé en 1976.

[46] MfAA, C 1426/78, « Développement de la politique intérieure de la République arabe d’Égypte en 1976 », Le Caire, 10 janvier 1977.

[47] Stiftung Archiv der Parteien und Massenorganisationen der DDR im Bundesarchiv, ci-après SAPMO-BArch, DY 30/13 911, relations entre le PCUS et l’Égypte, 1971-1978, 1988, 25 août 1975, confidentiel.

[48] Pour des raisons qui sont d’ailleurs évoquées par une partie des communistes égyptiens eux-mêmes : ces derniers redoutent que la publicité faite autour de la reconstitution du parti ne force l’URSS à devoir choisir entre le régime de Sadate et le PCE. Voir Behörde des Bundesbeauftragten (ci-après BStU), Ministeriums für Staatssicherheit der DDR (ci-après MfS), Hauptverwaltung Aufklärung, 4 mars 1974, « Information sur la création d’un parti communiste en Égypte ».

[49] SAPMO-BArch, DY 30/13 667, Congrès du Parti du PCE, relations entre le SED et les partis en Égypte, 1981-1986, Lettre de Michel Kamel, bureau politique du PCE au Comité central du SED, Prague, le 9 avril 1981.

[50] SAPMO, DY 30/13 667, Congrès du Parti du PCE, relations entre le SED et les partis en Égypte, 1981-1986, Information au camarade Axen, 13 avril 1981.

[51] Maxime Rodinson, Marxisme et monde musulman, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 430.

[52] Benno-Eide Siebs, Die Aussenpolitik der DDR..., op.cit., p. 47.

[53] François Burgat, « Islam, opposition politique et modernisation sociale en Égypte », in Égypte, dérapage sous contrôle, les Cahiers de l’Orient, 45, 1er trimestre, 1997, p. 66.

[54] SAPMO-BArch, DY 30/13 666, Congrès du Parti du PCE, 1980-1985, relations du SED avec les partis égyptiens, 1981-1989, « Rapport sur la question de l’unité », documents tirés de la première conférence générale du PCE, septembre 1980.

[55] SAPMO-BArch, DY 30/13 671, Échanges d’informations entre l’ambassade de RDA en Égypte et le Département des relations internationales du Comité central du SED, 1981-1989, Bd. 2 1983-1989, 20 septembre 1984, mot isolé de M. Trappen à G. Sieber.

[56] SAPMO-BArch, DY 30/13 666, Congrès du parti du PCE, 1980-1985, relations du SED avec les partis en Égypte, 1981-1989, « 6 septembre 1985, thèses sur la discussion concernant la situation du PCE ».

[57] SAPMO-BArch, DY 30/13 670, Échange d’informations de l’ambassade de RDA en Égypte avec le Département des relations internationales du Comité central du SED, Bd 1, 1981-1982, Ambassade de RDA en RAE, le Caire, 19 janvier 1981, Note sur une conversation avec Mohamed Saïd Ahmed, membre du secrétariat général du PRNPU (« gauche »), le 17 janvier 1981.

[58] Les statuts du parti commencent par les formules religieuses consacrées, « Au nom de Dieu, le miséricordieux, le charitable », voir SAPMO-BArch, DY 30/ 13 670, échange d’informations de l’ambassade de RDA en Égypte avec le Département des relations internationales du Comité central du SED, Bd. 1, 1981-1982, PNRPU, Congrès général, 9-10 avril 1981, statut final.

[59] Samir Amin, Karim Mroue, Communistes dans le monde arabe, Paris, Le Temps des Cerises, 2006 p. 197.

[60] BStU, MfS ZAIG 16 220, strictement confidentiel, Berlin, 3 juillet 1989, information sur les aspects actuels de la politique intérieure et extérieure de l’Égypte.

[61] MfAA, L 187 C 64/89, Lettre de l’ambassadeur de RDA en RAE au département du Proche- et du Moyen-Orient du MfAA, Le Caire, 19 avril 1979.

[62] Wilhelm Bruns, Die Aussenpolitik der DDR, Beiträge zur Zeitgeschichte, Band 16, hrsg. von Peter Haungs und Eckhard Jesse, Berlin, Colloquium Verlag, 1985, p. 42.

[63] Berlin-Est insiste sur la nécessité de fonder les relations internationales sur la réciprocité et l’égalité en droit. Cette notion est l’un des piliers de la politique étrangère est-allemande dans le Tiers Monde, aux côtés de la paix et de la solidarité anti-impérialiste. Voir Benno-Eide Siebs, Die Aussenpolitik der DDR..., op.cit., p. 46.

[64] Et notamment en pétrole, coton et riz.

[65] L’Égypte est un marché important pour la vente des équipements électrotechniques et des biens industriels est-allemands. Voir BStU, Archiv der Zentralstelle, MfS, HA XVIII 21 214, Le Caire, 20 avril 1985, information sur le voyage de Günther Kleiber en RAE du 15 au 20 avril 1985.

[66] BStU, MfS, HA XVIII 7604, Berlin, 23 janvier 1976, « Information sur les relations dans le domaine du commerce extérieur spécial, entre la RDA et la RAE ». Officiellement, Berlin-Est s’aligne donc sur la conduite de Moscou. Voir aussi BStU, MfS, Zentralarchiv, HA XVIII 8673, Berlin, 24 mars 1983, « Rapport RAE ».

[67] Antoine Marès (dir.), Culture et politique étrangère des démocraties populaires, Paris, Institut d’études slaves, 2007, p. 8.

[68] « Il existe beaucoup d’exemples dignes de foi qui démontrent que la Tchécoslovaquie essayait de faire passer ses intérêts économiques avant les intérêts politiques de son camp et qu’elle y est parvenue dans de nombreux cas ». Voir Petr Zidek, « La Tchécoslovaquie et le Tiers monde dans les années 1950 et 1960 », in Antoine Marès, Culture et politique étrangère…, op.cit., p. 136.

[69] Pierre Jardin, « Objectifs et outils de l’action culturelle à l’étranger de la République démocratique allemande (1949-1969) », in Antoine Marès, Culture et politique étrangère…, op.cit., p. 42.

[70] Dès la fin de l’année 1978, à l’occasion de la préparation du 10e anniversaire de la mise en place des relations diplomatiques, l’ambassade de la RDA au Caire propose de publier une brochure intitulée « Les relations RDA/RAE : des relations aux avantages réciproques » et de la transmettre aux partenaires politiques et aux médias de masse égyptiens. Voir MfAA, L 187, C 64/61, « Ambassade de la RDA en RAE, Le Caire, 21 septembre 1978 : idées pour la conception du développement des relations RDA/RAE en 1979/1980 ».

[71] Ibid.

[72] SAPMO-BArch, DY 30/ 13 669, Département des relations internationales, Berlin, 10 avril 1989, « Note sur une conversation avec le Dr. Sabri Taha, membre du secrétariat du PND et du Bureau pour les questions de la jeunesse du Parti, le 7 avril 1989, dans les bâtiments du Comité central du SED ».


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